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Pourquoi certains pays vivent très bien avec une dette publique très élevée, et d'autres NON...

Référence de l'article : TM7398
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écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et de la prévision,XERFI (2 Mars 2019)

Certains pays semblent vivre dans un monde parallèle tant ils s’affranchissent des règles budgétaires qui s’imposent à tout un chacun. L’endettement public ne doit pas, par exemple, dépasser 60% du PIB pour un pays membre de la zone euro et la France vit actuellement comme un psychodrame son passage au-delà des 100%.



Pourtant, cela n’est rien à côté du fardeau du Japon, 238%, record du monde, ou même des Etats-Unis qui planent au-dessus de 106% [1]. Mais quels sont les ressorts pour vivre heureux avec une grosse dette publique ? Dans le cas des Etats-Unis, c’est bien connu, c’est de pouvoir émettre la principale devise de réserve et de transaction au monde, avec tous les avantages que cela procure. Ce « privilège exorbitant », dénoncé en son temps par le Général de Gaulle, de pouvoir « financer sans pleurs » ses déficits, n’est pas prêt de faiblir.



Le dollar règne toujours en maître sur la planète, solidement accroché au-dessus de 60% des réserves de changes des Banques Centrales, loin devant l’euro, à peine plus de 20%, le yen et la livre sterling. Et la vraie problématique des États-Unis est de subvenir à toute la demande de dollars du reste du monde, face à des émergents dont la demande ne cesse d’augmenter, et des pays développés vieillissant en quête d’actifs sans risque.

A tel point que l’on peut se demander jusqu’à quand les Etats-Unis pourront continuer à assumer seul ce rôle. En dehors de ce privilège, encore peu ou mal partagé, trois conditions doivent être réunies pour être un endetté heureux.

Il faut d’abord que la dette publique soit détenue par les résidents ce qui permet d’éviter le risque de crise de liquidité. C’est le cas au Japon où plus de 90% de l’endettement est détenue par les résidents (banques centrale, ménages, institutions financières). En Europe, c’est le grand écart.



C’est en Suède où la part des résidents est la plus importante avec près de 80%, mais l’endettement public est faible. En revanche, parmi les grandes économies européennes endettées, le Royaume-Uni et l’Italie se distinguent avec une dette brute des administrations publiques très majoritairement détenues par les résidents. Ce n’est pas le cas pour la France et la Belgique où l’endettement public approche, voire dépasse les 100%. En d’autres termes, ces deux économies seraient plus sensibles aux attaques des marchés et des investisseurs étrangers, pris de panique face au risque de ne pas être remboursés.

Deuxième condition, considérer la situation patrimoniale globale du pays vis-à-vis de l’extérieur, avec cette question : quelle est la qualité et la valeur des actifs sur lesquels est adossée la dette ? C’est dans le jargon économique, la position extérieure nette, qui correspond à la différence entre le stock d’actifs qu’un pays détient à l’étranger et l’ensemble du passif détenus par les étrangers. Un pays peut certes être très endetté. Mais si c’est le levier par lequel il investit et se déploie à l’international sur des actifs qui se valorisent parfois plus vite que la dette, cela participe au renforcement de sa puissance.



Le Japon coche la case, une fois de plus. Avec plus de 2 500 milliards d’euros, il arrive même en première position et devance l’Allemagne et la Chine.
A l’autre bout du spectre, les Etats-Unis avec une dette de près de 6 000 milliards d’euros. C’est près de 40% du PIB, même si en face de l’endettement, il y a des multinationales en position de leadership.
L’Espagne, avec près de 1 000 milliards d’euros est dans une position très délicate, car cela correspond à près de 85% de son PIB.  
Quant à la France, son passif net représente près de 20% du PIB, ce qui est médiocre, mais modère le seul focus sur l’endettement brut.
Comme les États-Unis, la France a de la dette, mais aussi une politique active d’investissements à l’étranger.

Ultime condition avoir une banque centrale comme préteur en dernier ressort. Le contrôle de la banque centrale change radicalement le rapport à la dette publique des Etats et ne pas appartenir à une union monétaire autorise une marge de manœuvre beaucoup plus importante. Une fois de plus, le Japon répond à cette exigence. Quand on ne s’appelle pas Etats-Unis, pour être heureux avec une dette publique élevée, il faut :

  • que cette dette soit détenue par les résidents,
  • avoir une position nette extérieure favorable,
  • une banque centrale politisée.

 
Trois conditions que ne remplit pas, ou médiocrement, la France.

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Cet article est également disponible sous format Vidéo :
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Ces-pays-qui-vivent-tres-bien-avec-une-dette-publique-elevee_3746936.html 
 
[1] : et même plus de 118% du PIB en intégrant la dette des Etats fédéraux et celle des organismes publics américains, pour être à même de comparer de manière adéquate avec les Etats de la Zone Euro ou avec tous les autres Pays qui suivent cette règle appropriée de comptabilisation  (NDLR) :

http://www.lasyntheseonline.fr/macro/cameroun/etats-unis_d_amerique/le_piege_de_la_dette_publique_se_referme_lentement_sur_les_etats-unis_deja_118_du_pib,31,7206.html

(Mis en ligne le 2 Mars 2019)

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