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Match Bernanke-Summers : c’est Summers qui a raison

Référence de l'article : TM4503
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écrit par Marc-Antoine ROCHET,(12 avril 2015)

Nous republions aujourd'hui un article publié en avril 2015 sous ce même titre car le symposium de Jackson Hole 2016, et les commentaires qui ont suivi, remettent brillamment en pleine lumière nos commentaires ...d'il y a 18 mois.

Apès lecture de cet article, nos lecteurs peuvent également lire ou re-lire un article du même auteur qui rappelait le 4 septembre 2014, il y a 2 ans exactement, que " l'état stationnaire" a été conceptualisé bien avant Larry Summers, qui semble s'être inspiré, lors de sa célèbre Conférence de Février 2014, des travaux de Robert SOLOW, Prix Nobel d'économie en 1987, le véritable concepteur de la"stagnation séculaire", nouveau nom de baptême de "l'état stationnaire",
 car laissant sourdre un timide espoir (NDLR).

Début de l'article du 12 avril 2015 ci-dessous:

Les réseaux sociaux des dirigeants se sont enflammés ces dernières semaines lorsque Ben Bernanke, l’illustre ancien Gouverneur de la Fed, a ouvert, le 30 mars 2015, un compte Twitter pour tenter, selon certaines sources, de « contrer » la thèse  propagée par Larry Summers, ancien Secrétaire d'Etat au Trésor [1], ainsi que par d’autres économistes américains, selon laquelle le Monde serait entré dans une ère de « stagnation séculaire ». Ben Bernanke défendrait une thèse opposée selon laquelle la faible croissance actuelle pourrait être contrée par des investissements industriels et commerciaux financés par les immenses capacités d’épargne actuelle.

Malheureusement, lorsqu’un « pessimiste lucide » rencontre un « doux rêveur », c’est la plupart du temps le « pessimiste lucide » qui emporte le match, selon le proverbe bien connu « Le meilleur n’est jamais sûr ».

Bien sûr, tout le monde, y compris l’auteur de ces lignes, aimerait, adorerait, que Ben Bernanke [2] ait raison. Et qu’une partie des 200 000 milliards de dollars d’épargne mondiale investie dans les placements obligataires (monétaires inclus [3]) ou immobiliers ou actions de sociétés matures s’investisse dans des projets industriels ou commerciaux ou de services innovants, donc dans des investissements en actions de sociétés à créer.

Mais pourquoi l’épargne investie depuis plusieurs années dans des placements qui rapportent 10% par an sans effort (l’immobilier à Londres, à New York, ainsi que dans des capitales asiatiques), ou des placements obligataires qui ont rapporté 15 à 35% l’an dernier, ou dans des placements actions de sociétés matures telles que celles du S&P 500, placement qui a rapporté 200% depuis mars 2009, irait-elle risquer sa peau dans des projets « innovants », où les épargnants-investisseurs commencent par perdre de l’argent pendant les 3 à 5 premières années, pour ensuite, de temps en temps, mettre sur orbite une superbe pépite ? Trop de risques, trop de stress, dans un monde où, par ailleurs, les risques géopolitiques se sont trop considérablement accru à leurs yeux.

En effet, lorsque le risque géopolitique s’accroît, la prise du risque entrepreneurial décroît, car, en cas de crises graves, les gros résistent ou maigrissent, et les petits ou les jeunes pousses meurent.

Déjà 9 Pays aux taux négatifs jusqu'à 5 ans !

Bref, nous aimerions tous que Ben Bernanke ait raison, mais le réalisme et le pragmatisme obligent à conclure : c’est Larry Summers qui aura raison, c’est horrible, mais c’est inévitable. Dans un monde libéral, il n’existe pas de moyens de forcer les épargnants à investir dans des « projets innovants », donc risqués. L’attrait des magnifiques rendements annuels, allant de 10% à 35%, sur les placements immobiliers, obligataires et « actions matures » suffit largement au bonheur actuel des gros épargnants/investisseurs mondiaux. Merci aux inventeurs des Quantitative easings. Et qui est l'inventeur du Quantitative Easing? Je vous le donne en mille...L'ouverture du compte Twitter ressemble, sinon à du remords, au moins à une tentative d'expiation...

A cet égard, l’extension géographique d’une part, et en durée d’autre part, des taux négatifs s’accélère. Nous avions écrit ici-même, après le lancement du QE de la BCE du 22 janvier, que le nombre de Pays connaissant des taux négatifs à 5 ans passerait de un (= la Suisse) à dix avant fin avril 2015. Nous sommes en passe d’avoir gagné notre pari : au vendredi 10 avril, neuf Pays connaissent des taux négatifs jusqu’à 5 ans. A la Suisse, se sont rajoutés, depuis début Février, le Danemark, l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas, la Finlande, la Suède, la Belgique, et même la France, dont le taux souverain à 5 ans  a tourné autour du zéro tout au long de vendredi dernier, passant à certains moments en territoire négatif. Voici le tableau mis à jour au vendredi 10 avril à la clôture :
 

RangPays en %Taux
3 mois
Taux
1 an
Taux
5 ans 
Taux 10 ans

(plus bas du 10 avril)
Plus bas historique du 10 ans Taux
30 ans 
Taux
50 ans
1Suisse-1,10-0,89-0,45-0,12 0,29 
2Danemark-0,78-0,30-0,150,27 0,63 
3Allemagne-0,27-0,25-0,130,140,14% le 10 avril 150,61 
4Autriche -0,13-0,060,28 0,70 (25 ans)0,91
5Pays-Bas-0,23 -0,060,220,22% le 10 avril 150,74 
6Finlande  -0,050,26   
7Suède-0,25 -0,020,360,36% le 10 avril 150,86 
8Belgique-0,16-0,19-0,040,41   
9France-0,18-0,170*0,430,39% le 12 mars 151,101,26
10Tchéquie0,010,040,060,43   
11Japon0,020,010,100,34 1,37 
12Irlande 0,080,190,700,70% le 10 avril 15  
 * : négatif à certains moments de la journée    

 

A 30 ans : le taux Suisse à 0,29%, les taux rhénans entre 0,60 et 0,70%

Pour ceux qui douteraient de l’inexorable stagnation séculaire en marche, prière de se reporter à la colonne « 30 ans ». Si le grand public ne conçoit pas que l’on puisse placer de l’argent à 30 ans qui ne rapporte que 0,29% ou 0,60% l’an, les marchés, eux, le conçoivent : dans le match Bernanke-Summers, ils ont voté « Summers », car, pour décider de placer à un terme aussi lointain, en étant rémunéré aussi peu, trois calculs seuls sont possibles :

a)     Ils estiment que le taux d’inflation moyen de ces 30 prochaines années sera moindre, car il faut bien que l’investisseur-épargnant dégage un taux d’intérêt réel positif.

b)     Ils estiment que les taux longs à 30 ans vont encore baisser d’ici les prochains mois, ou d’ici les deux ou trois prochaines années, afin de pouvoir ressortir avec un gain en capital sur leurs placements.

c)     Ils estiment que le franc suisse ou l’euro ne pourront que s’apprécier à long terme face aux autres devises mondiales, dollar compris, et que la moindre rémunération en taux par rapport à d’autres devises sera plus que compensée par le gain sur la devise (Raisonnement pour les investisseurs hors « Zone Euro-Suisse »).

Gains sur capital en 14 mois:

Placements en taux souverains à 10 ans depuis fin Janvier 2014
 

Taux 10 ans31-janv.-1410-avr.-15Variation du taux en %Variation des Prix en %
Suisse1,03-0,12-111,7% 
Slovénie4,891,01-79,3%36,7%
Portugal5,091,60-68,6%32,0%
Irlande3,360,70-79,2%25,6%
Hongrie6,293,35-46,7%24,6%
Italie3,821,22-68,1%24,3%
Espagne3,701,21-67,3%23,3%
Pakistan12,839,40-26,7%21,6%
Roumanie5,703,19-44,0%21,2%
Pologne4,592,26-50,7%20,6%
Israël3,651,48-59,4%20,0%
Suède2,260,36-84,0%18,6%
Tchèquie2,320,42-81,9%18,6%
Croatie5,293,12-41,0%18,4%
France2,290,43-81,2%18,1%
Belgique2,210,41-81,4%17,6%
Pays-Bas1,920,22-88,5%16,8%
Viêtnam8,856,52-26,3%16,7%
Autriche1,960,28-85,7%16,5%
Finlande1,820,26-85,7%15,4%
Allemagne1,690,14-91,7%15,4%
Australie4,022,37-41,0%14,5%
Danemark1,710,27-84,2%14,2%
Corée du Sud3,622,05-43,4%14,1%
Turquie10,118,19-19,0%12,8%
Norvège2,781,42-48,9%12,6%
Indonésie8,897,21-18,9%11,7%
Nouvelle Zélande4,573,21-29,8%11,5%
Thaïlande3,992,67-33,1%11,5%
Grande Bretagne2,731,57-42,5%10,6%
Canada2,371,33-43,9%9,7%
Bulgarie3,512,60-25,8%7,9%
Hongkong2,301,48-35,6%7,5%
Inde8,857,79-12,0%7,2%
Etats-Unis2,681,92-28,5%6,9%
Afrique du Sud8,727,71-11,6%6,9%
Chine4,553,72-18,2%6,8%
Mexique6,665,75-13,7%6,8%
Brésil13,3412,52-6,1%4,5%
Singapour2,462,06-16,4%3,6%
Chili4,964,55-8,3%3,2%
Malaisie4,253,87-8,9%3,1%
Japon0,630,34-45,7%2,8%
Colombie7,086,78-4,2%2,1%
Philippines4,284,15-3,0%1,0%
Taïwan1,651,54-6,7%1,0%
Kenya12,1212,785,4%-3,6%
Grèce8,6610,9926,9%-13,7%
Russie 8,4410,9229,4%-14,7%

 

[1] : Larry Summers a été Secrétaire d'Etat au Trésor lorsque Bill Clinton était Président des USA, puis il a été Conseiller économique du président Obama, en dirigeant le NEC (National Economic Council) de début 2009 à fin 2010. Entre les deux, il fut le Président de la Harvard University, de 2000 à 2006.

[2] : Ben Bernanke fut le Président de la Fed pendant 8 années (2006 à 2014) et est le concepteur du Quantitative Easing, dont il a assuré le lancement et le suivi des 3 premiers: celui de Novembre 2008, celui de Novembre 2010, et celui de Septembre 2012. Nous écrivons les 3 premiers, car nous pensons qu'en Novembre 2016, après la fin du QE actuel de la BCE, un quatrième QE ( qui sera appelé QE4) sera lancé par la Fed pour prendre le relais. En effet, nous faisons partie de ceux qui pensent que se lancer dans des QE crée des situations irréversibles, dont on ne peut pas sortir, sauf via un krach géant des Marchés obligataires et actions.

[3] : deux mots ajoutés postérieurement à la publication de l'article.

[4] : voici le lien vers l'article du 4 septembre 2014:

http://www.lasyntheseonline.fr/taux/marches_obligataires/l_oat_10_ans_bientot_a_1_l_an,31,3870.html

__________________________________________________________

(Mis en ligne le 12 Avril 2015 en mode payant et republié en accès libre le 3 septembre 2016 (i.e. après le symposium de Jackson Hole d'Août 2016), en raison de nombreux articles identiques qui paraissent actuellement, aux USA, au UK et en France, et qui font "comme si" ce genre d'analyses était une découverte du jour....).

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