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Les évolutions inquiétantes du déficit budgétaire et de la dette publique américaines

Référence de l'article : TM7215
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écrit par Véronique RICHES-FLORES,Présidente,RICHES-FLORES RESEARCH (24 Novembre 2018)






Perdant ou victorieux ? Le résultat des élections de mi-mandat aux États-Unis est assez discutable. Généralement perçu comme une demi-défaite pour le président D. Trump, on peut aussi y voir une configuration plutôt à son avantage dans la perspective des élections présidentielles de 2020. On aurait tort, alors, de considérer que la majorité démocrate à la chambre des représentants constitue de facto une limite à la dérive des finances publiques et par conséquent à celle des taux d’intérêt récemment enclenchée…

Les victoires de Donald Trump

Défaite en demi-teinte ou victoire de Donald Trump ? La réponse à cette question n’est pas simple après les élections de cette semaine. Elle sera pourtant déterminante pour l’avenir des Etats-Unis et du reste du monde.

La perte de la majorité républicaine à la chambre des représentants est, certes, une défaite immédiate. Pas sûr néanmoins que les démocrates soient suffisamment armés pour significativement réduire les marges de manœuvre du président américain et transformer cet essai en victoire, c’est-à-dire en une mise à l’écart du futur candidat président à sa réélection en 2020. Ceci pour bon nombre de raisons.
 
Le renforcement des Républicains au Sénat confère encore au président D. Trump de précieux pouvoirs, notamment celui de nommer ou de destituer d’importantes figures de l’administration fédérale, comme il en a fait la démonstration dès le lendemain des élections avec la destitution
du ministre de la justice. D. Trump conserve également une grande latitude sur le front de la politique étrangère, y compris commerciale, et pourrait être tenter d’en user davantage pour continuer à imprimer sa marque s’il se voyait bridé sur le front domestique. Mais, surtout, cette
majorité renforcée des républicains au Sénat constitue une solide protection contre le risque qu’aboutisse une éventuelle procédure d’empêchement, malgré la multiplication vraisemblable des enquêtes parlementaires qu’initieront les démocrates à la Chambre, que ce soit sur les finances personnelles du président, les interférences avec la Russie pendant la campagne de 2016 ou autres conflits d’intérêts. S’agissant du risque suprême que représente celui d’un empêchement, les résultats des élections de mi-mandat sont donc une victoire de première
importance pour Donald Trump.

 
Les points marqués par le président américain avec les élections de mi-mandat ne s’arrêtent probablement pas là. Les démocrates qui lui font dorénavant face constituent un groupe d’une rare hétérogénéité pour les Etats-Unis, dont une bonne part est, qui plus est, représentée par des
personnalités nouvelles, pas forcément les mieux armées pour le jeu politique qui les attend. D. Trump n’a pas tardé à mettre à jour les difficultés que pourrait rencontrer cette opposition à s’accorder sur une une ligne directrice en tendant la perche d’une « collaboration bipartisane »
qui, dès le lendemain des élections faisait s’exprimer de profonds désaccords au sein de cette nouvelle opposition. Défait, le parti démocrate aura vraisemblablement du mal à se reconstruire dans les délais qui sont ceux du tempo électoral pour représenter un groupe suffisamment solide et organisé susceptible de barrer efficacement la route au président américain sur les sujets sur lesquels il est généralement attendu.


 
C’est le cas notamment sur le plan budgétaire, à propos duquel le succès des démocrates à la Chambre a généralement été perçu comme un garde-fou face au risque de poursuite des dérapages auxquels s’est livré le président depuis son investiture. Or, il faudrait, pour être certain que tel soit le cas, que les démocrates soient bien plus homogènes qu’il n’y paraît aujourd’hui et que leur soutien auprès de la population soit également beaucoup plus fort. Car s’opposer à la politique budgétaire et fiscale de D. Trump les désignerait comme responsables du coût économique que représenterait, le cas échéant, ce changement de cap. On peut, légitimement douter de l’efficacité d’une telle stratégie pour les démocrates dans la perspective des élections de 2020. L’attitude la plus cohérente d’un point de vue stratégique viserait à négocier sur le contenu des dépenses et baisses d’impôts plutôt que d’y faire barrage. Or, D. Trump a potentiellement tout à gagner à se prêter à un tel jeu, comme il semble déjà l’avoir compris, à en juger par les signes d’ouverture émis à destination de ses opposants ces derniers jours. La stratégie qui consiste à rassembler, quitte à exiger quelques concessions dont il est assez coutumier, serait a priori, la plus prometteuse dans son combat pour un second mandat, tout en constituant une sérieuse limite à la capacité de nuisance des démocrates.
 
Au total, s’il est à peu près impossible de prévoir de quoi seront faites les discussions budgétaires dans un proche avenir, l’idée d’une rupture éventuelle sur le front de l’évolution des finances publiques est loin de s’imposer comme le scénario le plus évident, surtout dans la perspective qui se dessine, d’un ralentissement spontané de la croissance économique en 2019.

Fuite en avant persistante sur le front des finances publiques

D’un strict point de vue politique, le scénario de fuite en avant sur le front des déficits publics est donc bien le plus probable, même avec le retour de la majorité démocrate à la Chambre, tout au moins en 2019. De fait, la croissance américaine est éminemment dépendante de la politique économique du gouvernement : la réforme fiscale a donné un élan supplémentaire aux effets richesse déjà très importants et la forte croissance des dépenses publiques au cours de l’année écoulée a stimulé l’emploi et le réveil de l’activité et des emplois privés. Démocrates comme républicains n’auraient aucun intérêt politique à casser cette dynamique.
 

 
À brève échéance, cette lecture des évènements politiques suggère incontestablement plus de risques de hausse des taux d’intérêt que l’inverse. La FED pourra difficilement s’affranchir, en effet, des conséquences de l’orientation budgétaire sur les risques inflationnistes tandis que la dérive des déficits et de la dette ont tout lieu d’exercer des tensions additionnelles sur les taux futurs et les primes qui leur sont liées.

Le risque d’embardée des taux longs américains dans les tout prochains mois est donc réel et il faudrait un regain de volatilité beaucoup plus préoccupant sur les marchés boursiers pour contrer ces tendances, même dans le cas d’un net repli des cours du pétrole, in fine, favorable au pouvoir d’achat des Américains.


 

Véronique Riches-Flores
contact@richesflores.com

(Mis en ligne le 24 Novembre 2018)
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