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Des Marchés trop gourmands...

Référence de l'article : TM5012
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écrit par Marc-Antoine ROCHET,(6 Décembre 2015)

 

La chute simultanée, jeudi 3 décembre, des marchés actions, obligataires et des devises corrélées au dollar, a souligné que des marchés dopés par les banques centrales devenaient très exigeants quand les doses promises paraissaient moins généreuses qu’anticipé.
 
Et pourtant ! Le Président Draghi et son équipe avaient beaucoup travaillé et étaient arrivés à la Conférence de Jeudi dernier avec beaucoup d’outils dans leur profonde besace, dont deux anciens instruments augmentés en puissance,  et deux nouveaux instruments, puissants dès le départ. Quatre mesures prises, et les marchés furent…« déçus ». Il faut se pincer pour le croire.

Résumons la longue liste des décisions annoncées :
 
1. Outil « achat de titres obligataires » : le QE1 s’arrêtait, avant la réunion, en septembre 2016 (sauf si) et, après la réunion, en Mars 2017 (sauf si) : 60 milliards d’euros x 6 mois = 360 milliards€ d’achats supplémentaires

2.  Outil «  pénalisation des dépôts à la BCE » : passé de moins 0,20% à moins 0,30%.

3. Nouvel outil : le champ des titres éligibles est étendu : il comprendra dorénavant les titres obligataires émis par les collectivités locales et par les administrations régionales de l’eurozone : voilà un gisement nouveau de, potentiellement,  plusieurs centaines de milliards d’euros, mais que seules les Banques Centrales Nationales pourront acquérir....(Les Allemands pensent à la gestion du risque de signature, OK, ils ont raison,... mais il n' y a pas que les collectivités grecques ou portugaises dont il faut se méfier, demain il y aura aussi des régions ici ou là, y compris certains Lander en Allemagne: et si Volkswagen avait été domiciliée dans un Land petit et pauvre ?).

4. Nouvel outil : la durée de détention des titres achetés est allongée : avant, l’esprit du QE1 laissait entendre, mais ce n’était pas un engagement ferme, que les titres acquis pendant les 19 mois se terminant en septembre 2016, « pouvaient/devaient » être revendus à partir de Octobre 2016, le QE étant terminé, le bilan de la BCE reprenant sa taille, et son contenu, initiaux. Mais là, depuis le QE2 du 3 décembre, il est laissé entendre, mais ce n’est pas un engagement juridique contraignant, que des titres acquis, par exemple, le 30 mars 2017, pourraient parfaitement être conservés au bilan de la BCE jusqu’à leur terme. Or, pour une obligation à 30 ans, cela fait jusqu’à 2047 ! Le Bilan de la BCE dégonflera très très lentement, nous sommes prévenus…. Visiblement, à écouter Mario Draghi pendant la séance des questions/ réponses, on ne reverra pas les titres acquis sur le marché tant que l’inflation ne sera pas revenue à 2%. Eh Bien ! on risque d’attendre longtemps…
 
Bref, 4 mesures, c’est déjà bien, pourquoi la BCE aurait elle fait davantage en une seule fois ? Il faut bien garder des munitions pour l’année 2016 ! Les prévisions économiques de croissance du PIB pour l’année prochaine placent la Zone Euro, pas loin des USA, et à égalité avec le Royaume-Uni, avec presque 2%. Pas de quoi dérouler la panoplie de tous les outils supplémentaires : un taux de dépôt à moins 0,50%, ou un taux de financement négatif à moins 0,10%,  peuvent rester dans la besace si le besoin s’en fait sentir « quand la bise fut venue »…
 
Bref, même l’auteur de ces lignes, qui avoue sans difficulté aucune être en faveur d’un affaiblissement de l’euro, pour que le Sud de l’Europe redevienne très rapidement plus attrayant (pour les investisseurs étrangers hors Zone Euro) et plus compétitif, puisque les dévaluations internes ont déjà eu lieu en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Italie, et qu’il ne reste plus que l’arme de la dévaluation externe, a dû constater qu’il était moins gourmand que les marchés ! (cf. mon article précédent du 25 octobre où je parlais de l’année 2016 pour des mesures volontaristes).
 
Voici un petit inventaire de ce que la « déception » des marchés a engendré :
 
1.     Marché Actions : par exemple, le CAC 40 : le 3 décembre plus haut de 4976 avant la réunion de la BCE, et clôture vendredi 4 à 4714, soit un recul de 5,3% (Eurostoxx 50 : moins  5,2%), et DAX moins 5,0%).

2.   Marchés des devises corrélées au dollar US : 1,0536 au plus bas jeudi matin, et 1,0982 au plus haut jeudi après-midi, soit 4,2% d’écart ! Les écarts furent à peu près les mêmes, pour les devises « suivant » plus ou moins le dollar.

3.   Marchés obligataires : nous ne parlons ici que des marchés de dettes souveraines, et il faut noter que le calme était partiellement revenu en fin de journée vendredi, car il y eut des écarts parfois de 5 à 10 points de base supplémentaires à ceux listés ci-dessous, entre la réunion et vendredi soir (Nos commentaires figurent en-dessous du tableau) :
 

 


Que conclure, au-delà de la greediness des marchés?

Au moins 3 choses:

1. Les phases de déception représentent d'excellents points d'entrée sur les marchés: à 0,71%, qu' a coté le Bund jeudi après midi, certains redeviennent acheteurs, car une fois le calme revenu, le taux allemand à 10 ans retombera nettement en-dessous de 0,50% (en dehors de tout risque géopolitique, bien sûr).

2. La BCE ayant laissé entendre qu'elle garderait les titres obligataires acquis jusqu'à leur terme, le message subliminal, c'est, peu ou prou : "Nous sommes en train de transformer le marché monétaire d'hier : demain, c'est le segment le plus sûr du marché obligataire qui en tiendra lieu ".

Pour ceux qui croient que l'inflation très basse va durer longtemps, les obligs souveraines notées AA ou AAA vont remplacer les placements monétaires; vaut mieux + 0,40% ou + 0,70% que moins 0,30%. Et ceux qui ont peur des promesses qui n'engagent que ceux qui les écoutent, eh bien ! , il leur faudra changer de devise.....

3. ... et là, on revient à l'objectif premier du taux négatif sur les dépôts en monnaie centrale: si l'on quitte le marché monétaire pour ne pas être taxé des moins 0,30% et que l'on ne veut pas prendre le risque obligataire à 10 ans sur le Bund, alors il faudra vendre ses euros pour placer en devises non taxées: vous en connaissez beaucoup des "sérieuses" non taxées? Il ne vous reste plus que le dollar américain....

Finalement, il est assez sexy, ce QE 2....



(Source: Bloomberg)

Pour ceux qui veulent lire le texte complet, en français, de la déclaration introductive de Mario DRAGHI , merci de cliquer sur le document n°1 ci-dessous.

Pour ceux qui veulent lire les Questions-Réponses du débat (en anglais) qui a suivi la déclaration introductive, 
merci de cliquer sur le document n°2 ci-dessous.

(Mis en ligne le 6 décembre 2015)
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