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Déficits vertigineux : les USA ne rembourseront pas, vraisemblablement, tout le capital de la dette US…

Référence de l'article : TM7258
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écrit par Matt WELCH,Rédacteur en chef de REASON,(15 Décembre 2018)

 

(Avant-propos de la Rédaction) - La hausse du déficit budgétaire est tellement forte (en dollars et surtout en pourcentage par rapport aux exercices précédents) que ceux qui investissent dans la dette publique générée par ces déficits doivent se poser la seule question qui vaille : les USA ont-ils décidé, de manière implicite, de ne jamais rembourser le capital, mais de régler consciencieusement, rubis sur l’ongle, les intérêts de la dette? Ce genre de stratégie s’arrête, soit quand les taux d’intérêt à servir deviennent prohibitifs, soit lorsque l’on ne trouve plus de volontaires en nombre suffisant pour souscrire aux nouveaux emprunts destinés à rembourser ceux qui arrivent à échéance…. Nous en sommes clairement à la phase 1 de ce scénario : accélération vigoureuse du déficit budgétaire, et augmentation vigoureuse du ratio « Dette publique au sens large » sur PIB : déjà 118% ! (donc, pas loin de celui de l’Italie, sauf que le ratio américain croît actuellement plus vite que le ratio italien) [1].

Derniers chiffres tombés : le 13 décembre 2018, le déficit budgétaire sur les deux mois du nouvel exercice fiscal « 1er octobre 2018/30 septembre 2019 »  a augmenté de 51%  (par temps de paix ET avec le soutien d’une économie soi-disant « florissante ») : 305 milliards$ sur oct-nov.18  vs. 202 milliards$ sur oct-nov.17 !

Comme l’économie américaine  sera moins « florissante » en 2019 qu’en 2018, la probabilité que le déficit budgétaire sur l’exercice fiscal en cours soit plus proche de 1 500 milliards$ que de 1200 milliards$ vient de croître sérieusement. Et dire que la France a déjà un déficit budgétaire considéré – à juste titre – comme excessif avec 80 milliards d’euros, soit environ 400 milliards de USD à population égale !(NDLR)
 
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Si vous admirez l’ostentation avec laquelle Donald Trump pratique sa politique de dépenses publiques décomplexées, réjouissez-vous, car il vient de récidiver de belle façon. Le Daily Beast nous apprend en effet que Trump « a systématiquement écarté avec désinvolture » toute inquiétude sur la dette publique américaine, laquelle est immense et en rapide expansion. « Yep, mais je ne serai plus là » a-t-il répondu lors d’une discussion sur les dangers d’une telle situation dans un futur proche.
 
Cette attitude n’est pas une surprise pour les politiciens de moins en moins nombreux qui s’inquiètent de la fuite en avant des comptes publics américains. Trump a fait campagne avec succès sur la « préservation » de la sécurité sociale et Medicare, sur l’augmentation des moyens de la défense qui sont déjà énormes et sur la baisse des impôts. Rien au monde ne pouvait faire que ce cocktail réduise les déficits et la dette. Bingo ! C’est justement ce qui se passe.
 
Dans cette histoire, la plus grosse surprise reste quand même qu’il se soit trouvé « des consultants et des conseillers » pour « tenter de convaincre [Trump] de l’importance de s’attaquer à la dette US ».
 
 Malgré les larmes de crocodile de Paul Ryan, cette préoccupation est devenue pratiquement introuvable dans les principaux partis politiques. Gary Johnson est le seul politicien connu que j’ai vu tirer la sonnette d’alarme à propos de la dette et des déficits lors des Midterms. « Les jeunes sont en train de se faire baiser » a-t-il martelé, et cela lui a valu 15,4 % des voix dans son État du Nouveau Mexique, soit la moitié de ce qu’a récolté son opposant républicain, un parfait inconnu, dans la course pour le Sénat. Quant aux Démocrates, ils n’ont pas retrouvé la majorité au Congrès des États-Unis en promettant de la rigueur budgétaire.
 
Les Républicains qui prétendaient à une époque se préoccuper de cette affaire ont quatre options :

  • Abandonner la politique (RyanJeff Flake)
  • Faire cavalier seul (Justin AmashRand Paul)
  • Ne plus aborder le sujet (la majorité des Républicains du Parlement américain)
  • Se mettre opportunément à croire à la « magie de la croissance », et faire l’expérience concrète du plaisir d’accroître le pouvoir de l’État tout en prétendant faire le contraire.

 
Ce dernier point est la tactique préférée de Mick Mulvaney, ancien faucon anti-déficit du Congrès devenu aujourd’hui Directeur du budget de la Maison-Blanche. Il a aussi les faveurs de Stephen Moore. Longtemps connu comme le « monsieur marché libre » de Washington, il fut aussi le conseiller économique de Trump lors de sa campagne présidentielle de 2016. Moore confia au Daily Beast que selon lui « lorsque [Trump] fut confronté à ces scénarios de cauchemar sur la dette, il les rejeta parce que si vous faites croître l’économie… vous n’avez pas de problème de dette ».
 
Dans le monde tel qu’il existe, non seulement la croissance de court terme (plus les réductions d’impôts) n’efface pas la dette comme par magie, mais elle ajoute au fardeau, avec pour effet de contribuer au risque très réel de voir l’accumulation de la dette et le service qui en découle affaiblir… la croissance économique. Et gardez à l’esprit que nous en sommes à la neuvième année de double croissance dans l’économie et à Wall Street ; quand ces bulles vont éclater, les recettes fiscales vont s’effondrer, tandis que le recours à l’endettement va augmenter.
 
Donc, yep, le Président Trump se fiche pas mal de la dette, si ce n’est qu’il faut payer des intérêts, ce qui l’irrite beaucoup (raison pour laquelle il met la pression sur la Réserve fédérale). Si George W. Bush a pu doubler la dette US, si Barack Obama a pu la doubler à nouveau, et si Trump a pu gagner sur un programme dont on estimait qu’il la doublerait une nouvelle fois, vous voyez la bulle de pensée qui se forme au-dessus de sa tête : « La responsabilité budgétaire, c’est un truc de losers ».
 
Il fut une époque pas si lointaine où l’expression de tels sentiments était considérée comme irresponsable, voire téméraire. Mais ce tabou a sauté vers la fin de 2014 et ne semble pas près de revenir. Les politiciens élus au niveau fédéral ont appris que les électeurs préfèrent les candidats qui ne facturent jamais aux contribuables le coût véritable des politiques menées. Il faudra au moins un désastre économique ou des coupes récurrentes dans les prestations sociales pour enrayer cette dynamique dangereuse.
 
Traduction Nathalie MP pour Contrepoints.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :
https://www.contrepoints.org/2018/12/11/332214-dette-us-trump-sen-fiche-il-ne-sera-plus-la 
 
[1] : sur le calcul, au sens Maastrichien, du ratio "Dette publique au sens large / PIB", merci de cliquer sur le lien ci-dessous :

http://www.lasyntheseonline.fr/macro/cameroun/etats-unis_d_amerique/le_piege_de_la_dette_publique_se_referme_lentement_sur_les_etats-unis_deja_118_du_pib,31,7206.html

(Mis en ligne le 15 décembre 2018)
 

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