Se connecterS'abonner en ligne

Bilan et perspectives sur les marchés obligataires mondiaux

Référence de l'article : TM3232
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Didier PRUVOST,

En début d’année 2013, nous annoncions une normalisation progressive des marchés avec, comme fil rouge, un retour à une juste rémunération du risque. De ce point de vue, l’année 2013 a été le prolongement de l’année 2012 avec des indices actions généralement plus performants que leurs homologues obligataires qu’ils soient représentatifs des dettes d’Etat ou des dettes Corporates. Cela dit, force est de constater que les performances des supports obligataires ont été très disparates au cours de l’année écoulée, avec un comportement plutôt  conforme à nos attentes en Europe quel que soit le secteur (souverains, Corporate IG et HY), une volatilité plus forte que prévue aux US et de grosses déceptions sur certains pays émergents victimes de flux négatifs.

Le tableau ci-dessous indique également très clairement que la courbe des taux a accentué sa pente beaucoup plus significativement aux US qu’en Europe par un mouvement de hausse des taux longs qui devrait se poursuivre tout au long de l’année 2014.

Il y a eu donc eu quelques pièges à éviter comme tous les ans, le principal ayant été celui tendu involontairement par Ben Bernanke lors de sa communication du 22 mai dans laquelle il annonçait une probable inflexion de sa politique monétaire, avant de se raviser après un été particulièrement chaud pour les dettes et devises émergentes. Il est intéressant de revenir sur cet épisode majeur de l’année et d’essayer d’en tirer les principaux enseignements pour l’année 2014 à venir. Le premier enseignement, c’est que la FED pilote non seulement les taux courts mais également dans la mesure du possible, les taux longs. En effet, les brutales hausses de taux constatées d’abord sur la courbe américaine, puis généralisées dans la plupart des pays développés et émergents ont eu pour effet de fragiliser la reprise économique et la recovery immobilière, ce qui n’était pas prévu par l’autorité monétaire. Fort de ce constat, le président de la FED a préféré repousser le « tapering » pour ne pas compromettre la reprise économique. Il n’en demeure pas moins que plus la reprise se confirme aux US, plus les taux longs se tendent et qu’il sera très délicat pour la nouvelle responsable de la FED, Mme Yellen, de mettre au point le pilotage adapté à la vitesse de recovery de l’économie US.

Le deuxième enseignement c’est que le reste du monde et les pays émergents en particulier, souffriront encore plus que les US eux-mêmes de la fin la politique non conventionnelle. 

Au total, on peut donc raisonnablement penser que tout sera mis en œuvre pour éviter toute hausse massive des taux longs (ou krach obligataire) sous peine de remettre gravement en cause le déjà pénible redressement du PIB mondial. Toutefois, plus on avance dans le cycle de reprise, moins le contrôle des taux longs sera aisé de la part d’une FED qui, à ce stade, a programmé une sortie en douceur de sa politique monétaire non conventionnelle.

Dans ce contexte, il faudra continuer de traquer les primes obligataires en évitant de s’exposer au risque de duration tant que le niveau d’équilibre du taux 10 ans US n’est pas atteint. Si l’on retient une hypothèse de croissance pour l’économie US d’environ 3% pour l’année 2014 (nous retenons une hypothèse au dessus du consensus), le niveau d’équilibre du taux 10 ans US devrait se situer entre 4,2% et 4,5%. En revanche, le niveau de croissance pourrait selon nous être encore très modeste en zone euro, impliquant une politique monétaire de la BCE la plus souple possible. Du coup, les taux 10 ans allemands devraient se tendre dans des proportions bien moindres que leurs homologues US passant de 1,7% à un intervalle allant de 2,5% à 2,8%.

Que dire des primes de risques obligataires ? Concernant les primes entres les Etats de la zone euro, la stratégie consistant à jouer un resserrement des spreads entre les pays du sud et l’Allemagne a fonctionné au delà de nos espérances. A ce stade, il parait raisonnable d’alléger ce type de positions dont le « risk reward » devient beaucoup moins attractif.

En suivant la même logique, il convient maintenant d’être beaucoup plus sélectif sur le secteur « High Yield » qui a également connu une performance tout à fait honorable porté par des flux toujours très soutenus.

L’idée n’est pas forcément d’alléger toutes ces positions mais plutôt d’éviter de les « recharger » en évitant notamment le marché primaire dont le programme d’émissions continuera inévitablement à baisser notoirement en termes de qualité d’émetteur ! En clair, il nous semble judicieux de garder son papier jusqu’à l’échéance afin de continuer de bénéficier de portage élevé et d’une diminution progressive de la duration.

Ensuite, il faudra être particulièrement imaginatif en 2014 sur la classe d’actifs obligataires pour ne pas subir la hausse des taux (modérée) programmée. Plusieurs options pourront être développées dans ces colonnes, comme la mise en place de stratégies d’arbitrages, et le choix de privilégier la prise de « risque relatif » en général, en optant pour des stratégies de performance absolue.

(Mis en ligne le 18 Janvier 2014)

Articles similaires
Les germes des pressions déflationnistes sont...Anne, ma sœur Anne, vois-tu venir les forces...Fed : au maximum UNE hausse de taux...Le matelas des plus-values obligataires est...18 courbes de taux négatives! Vous avez dit...Le point sur les moins-values obligataires...L’OAT 10 ans tombe à 0,08%, et le spectre de la...L'OAT 10 ans en territoire négatif avant fin...Bientôt le taux du 10 ans américain inférieur à...Toujours 17 courbes de taux négatives, et une...L’Irlande, 13ème Pays à connaître des taux...La Banque du Japon, cinquième banque centrale à...Des taux à 5 ans de plus en plus négatifsTaux d’intérêt : bilan 2015 et perspectives...Des Marchés trop gourmands...BCE : bientôt un taux de financement négatif ?Effet Draghi n° 2 : le taux allemand à 10 ans...Marchés obligataires : les taux longs montent...Marché obligataire : de mini krach à medium...Les 3 raisons du retour au calme sur les marchés...Que penser du minikrach obligataire de ces...Match Bernanke-Summers : c’est Summers qui a...Léger écartement des spreads, en défaveur de...Faut-il avoir peur des marchés obligataires?...Le bas niveau des taux oblige à une vigilance...OAT à 0,89%, Bund à 0,62% et 10 ans Suisse à...OAT à 0,97%, et nouveaux records historiques pour...OAT à 1,11%, nouveau record historique…OAT à 1,14% et Bund à 0,78% : les taux souverains...OAT à 1,11% et Bund à 0,72% : les marchés...L’OAT 10 ans a touché 1,207%, nouveau record...Fort écartement des spreads, en faveur des Pays...Quelles stratégies obligataires dans un...Forte remontée des taux souverains des Pays OCDEL'OAT 10 ans bientôt à 1% l'anFort écartement des spreads, en faveur de la Zone...L’OAT à 1,499 %, nouveau record historique...And the winner is : Europe !L’OAT à 1,57 % : faut-il rire ou pleurer?L’OAT retombée à 1,65% ce jeudi 19 !Les marchés obligataires de la ZE Sud sous...L’OAT 10 ans à 1,92% !Le magistral contrepied des marchés obligataires...Quel message nous renvoient les marchés...Faut-il craindre une « annus horribilis » sur les...Taux américain et britannique en légère baisse,...Le Taux souverain italien 10 ans en dessous du 10...Matteo Renzi dope la Bourse et le marché...Espagne, Italie, et Portugal : poursuite de...Le re-écartement des spreads entre BRICS et OCDE...Fort re-écartement des spreadsBaisse des taux longs : les deux raisons se...