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Jérôme Powell et la Fed redeviennent dovish....

Référence de l'article : TBF7340
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écrit par Véronique RICHES-FLORES,Présidente,RICHES-FLORES RESEARCH (2 Février 2019)


Nous attendions de la FED qu’elle infléchisse son discours et prépare les marchés à un statu quo lors de son prochain FOMC de mars mais qu’elle garde, néanmoins, la main en vue d’éventuelles remontées de ses taux directeurs plus tard, courant 2019, quand bien même notre scénario n’envisage pas qu’elle en ait l’occasion avant, peut-être, la toute fin d’année. La FED est allée plus loin encore. Par ses commentaires sur le fait que le niveau des fed funds était approprié, globalement neutre, et en l’absence de référence à un quelconque risque inflationniste futur, le message envoyé par Jérôme Powell apparaît incontestablement conciliant. Un tel revirement est pour le moins troublant à ce stade du cycle et compte-tenu de la confiance, par ailleurs, affichée sur les perspectives macroéconomiques américaines.

Jérôme Powell ravale son chapeau et davantage

La FED a donc pris peur depuis son dernier FOMC. Malgré sa confiance à l’égard des perspectives sur la croissance américaine, les dissonances dans les indicateurs récents, la détérioration du contexte économique en Europe et en Asie et l’instabilité des marchés financiers semblent avoir eu raison de ses convictions sur la nécessité de remonter le niveau des taux d’intérêt en mars.

Ceci n’est pas surprenant au vu des incertitudes en place et de la violente correction des marchés financiers du dernier trimestre 2018 et nous n’en attendions pas moins dans un contexte de fort repli de l’inflation que la FED semble également avoir intégré (voir notre preview). Plus surprenant est, néanmoins, le caractère radical des changements opérés. Au-delà de la patience, maintes fois évoquée dans son communiqué, qui valide l’idée qu’elle n’a pas l’intention de procéder à une nouvelle remontée imminente de ses taux directeurs, la FED semble s’engager sur la voie d’un arrêt pur et simple de son resserrement monétaire. Elle ne fait, en l’occurrence, aucune référence à l’éventualité de futures hausses de ses taux, une fois la visibilité rétablie, mais souligne, au contraire, le caractère approprié de sa politique monétaire et la neutralité des fed funds à leur niveau présent.
 
Par ailleurs, la FED continue de voir dans les modifications de la fourchette cible du taux des fonds fédéraux le principal moyen d’ajuster l’orientation de la politique monétaire, écartant par là-même l’éventualité de changements au niveau de son bilan mais juge opportun de rappeler qu’elle serait prête à utiliser toute sa gamme d’outils, notamment pour modifier la taille et la composition de son bilan, si la conjoncture économique future devait justifier une politique monétaire plus accommodante qu’une réduction du taux des fonds fédéraux.

La FED est donc incontestablement « dovish », et sa posture radicalement opposée à celle adoptée en décembre.

Une position risquée

Que les économistes que nous sommes prévoient un statu quo durable de la politique de la FED est une chose. Que la FED renonce dès maintenant à poursuivre la voie d’un ajustement de ses taux directeurs en est une autre, dans un contexte éminemment incertain en matière, notamment, d’évolution des sous-jacents inflationnistes.



La dynamique du marché de l’emploi encore en place aujourd’hui suggèrerait en effet, un peu plus de prudence en la matière. En allant trop vite en besogne, la FED s’expose à un risque de perte de crédibilité et de remontée des taux réels contre lequel elle devrait normalement se prémunir en gardant ouverte l’option de futures remontées de ses taux d’intérêt ouverte.



A court terme, néanmoins, les marchés ont acté ce changement de posture par une forte baisse des taux futurs, particulièrement marquée pour ce qui est des deux ans retombés à 2,51 %, mais également très significative pour les échéances à dix ans, à 2,68 %.
 
Le dollar a également marqué le coup, l’indice ICE refluant de 0,4 %, un plus bas depuis septembre, propulsant l’euro au-delà de 1,148 USD.Les indices boursiers ont également salué ce revirement et clôturé la séance avec une embardée de 1,8 % du Dow Jones et de 2,2 % du Nasdaq.
 
Signe, néanmoins, d’un certain doute, l’or s’est également adjugé une belle performance, à plus de 1319$, à deux doigts de ses plus hauts de ces cinq dernières années…

(Mis en ligne le 2 Février 2019)

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