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Emploi US : la possibilité de 3 hausses supplémentaires des taux de la Fed vient d'augmenter

Référence de l'article : TBF6901
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écrit par Véronique RICHES-FLORES,Présidente,RICHES-FLORES RESEARCH (4 Juin 2018)

 

Après des résultats ambigus le mois dernier, à partir desquels chacun pouvait trouver midi à sa porte, le rapport sur l’emploi américain du mois de mai a le mérite de clarifier la situation. Non seulement les créations d’emplois retrouvent de la vigueur mais la croissance des salaires confirme la tendance à la normalisation de la courbe de Phillips. Dans un tel cas de figure, la FED n’a théoriquement guère le choix ; il lui faudra changer son fusil d’épaule. Une évolution que les prochains chiffres d’inflation, dopés par les effets pétroliers, devraient rendre d’autant plus naturelle dans un contexte, qui plus est, de raffermissement de l’activité.

Dès lors, quoi qu’il en soit des incertitudes et de la prudence suscitées par les tensions commerciales en cours, l’espace pour un possible retranchement de J. Powell semble dorénavant très limité. En d’autres termes le rapport sur l’emploi du mois de mai a toutes les chances de constituer un changement de donne aux conséquences vraisemblablement significatives pour les marchés.

Amélioration généralisée des créations de postes

En mai, l’économie américaine a créé 223 K, après des chiffres révisés à respectivement 159 K en avril et 155 K en mars. Sur trois mois, les créations d’emplois restent donc modérées, de 179 K en moyenne, soit néanmoins une progression annuelle de 1,6 %, la plus soutenue depuis juin 2017.



Au-delà du nombre, la qualité du rapport dans la répartition des postes par secteur offre plusieurs sujets à même de satisfaire la FED. Ainsi, absents sur la quasi-totalité de l’année dernière, les emplois dans le commerce de détail refont surface. En mai, le secteur arrive au deuxième rang des créations de postes, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. Il y a là un symbole d’importance après les inquiétudes suscitées par les purges liées au développement du commerce à distance. Secteur à fort contenu en emplois peu qualifiés, il s’agit également d’un signe plutôt encourageant pour ce qui est du caractère un peu plus inclusif du marché de l’emploi, au même titre que les emplois dans la restauration ou les transports.



Outre ces aspects, il y a dans ces données des indications de meilleure tenue de la demande domestique auxquelles la FED ne sera pas insensible dans un contexte, par ailleurs, de rebond de l’ISM manufacturier et de robustesse des indicateurs de confiance des ménages

Salaires, des résultats encore timorés mais suffisants pour convaincre d’un début de normalisation de la courbe de Phillips

Autre sujet de satisfaction pour la réserve fédérale, la courbe de Phillips semble, enfin, renouer avec une tendance plus conforme à ses attentes. En mai, la croissance annuelle des salaires horaires s’est redressée à 2,7 % après avoir légèrement reflué les deux mois précédents. Plus important cependant, est le fait que les salaires du personnel non-cadre progressent pour la première fois depuis 2014 à un rythme supérieur, de 2,8 %. Le retard de rémunération du personnel peu qualifié a constitué un obstacle auquel Janet Yellen avait, en son temps, attribué la plus grande importance dans son appréciation de la capacité des plus démunis à faire face à un durcissement des conditions monétaires. Il fait peu de doutes que la FED actuelle sera très sensible à ce qui ressemble à une amélioration longtemps escomptée de la situation du marché de l’emploi.



Après des années d’interrogations et de travaux pour tenter d’expliquer les anomalies apparentes d’une courbe de Phillips disloquée, ces tendances, ajoutées à la publication d’un taux de chômage en repli, à 3,8 % de la population active sont à même de convaincre la FED d’une normalisation de la situation par rapport à ses standards, d’autant plus que le taux de participation, lui ne reflue pas.

Notre conclusion ne serait sans doute pas aussi catégorique si l’envolée des cours du pétrole n’agitait pas de son côté le spectre d’une inflation en nette accélération d’ici à l’été, la contribution de l’énergie à l’inflation étant selon toute vraisemblance amenée à bondir de sept à neuf dixièmes d’ici au mois de juillet - pic de l’effet pétrolier sur l’inflation annuelle-, soit un impact d’autant sur le taux d’inflation, susceptible de passer de 2,4 % en avril à plus de 3 % (3,1 % à 3,2 %) d’ici là.



Si fondamentalement, cette tendance est synonyme d’un sérieux coup de frein au pouvoir d’achat, déjà étroit, des ménages dont les conséquences ne tarderont pas à se faire sentir sur la consommation, il est à craindre que ce contrecoup n’intervienne qu’avec retard pour contrer les anticipations de hausse des taux dans un contexte de regain d’enthousiasme et de résultats économiques encore solides à brève échéance.


 
Nous avions conclu le mois dernier en suggérant trois scénarii possibles, assortis de probabilités variables. Le rapport sur l’emploi du mois de mai nous rapproche sans conteste du scénario numéro 3 (cf .ci-dessus), d’un risque d’escalade des anticipations d’inflation qui, malgré la sécurité que s’est offerte la FED à l’égard de celui-ci, suggère une probabilité accrue de remontée des taux d’intérêt.
Un scénario préoccupant pour la croissance à terme de l’économie à terme et, peut-être plus encore, pour les marchés boursiers internationaux.

Pour prendre connaissance du document original, merci de cliquer ci-dessous.

(Mis en ligne le 4 Juin 2018)
 
 

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