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La hausse prévisible des actions allemandes, françaises, espagnoles et portugaises en 2015-2016

Référence de l'article : TBB4290
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écrit par Alexis VARCAZ,(25 Janvier 2015)


Jusqu’à la date historique du 22 janvier 2015, il existait deux grandes familles de pensée dans la sphère économique : les tenants du soutien  de l’offre naissante, parfois appelés l’école classique, et les tenants du soutien de la demande finale, appelée l’école keynésienne. Nous voyons en direct s’émanciper de l’école keynésienne, dont elle se pare des habits,  une école de soutien, non pas de la demande finale, mais de soutien aux « actifs uniques » : principalement, les actions des sociétés cotées et l’immobilier haut de gamme, dont le fondateur et grand maître est Ben Bernanke, l’illustre ancien Président de la Fed.

A tout seigneur, tout honneur, commençons par l’école de l’offre naissante [1], à savoir l’école classique. Elle démarre avec le premier titulaire d’une chaire économique en France, à savoir Jean-Baptiste SAY (1767-1832).Pour cette école de pensée, c’est l’offre qui crée la demande. Plus on favorise l’offre, plus on favorise l’innovation et la concurrence, et plus la demande finale sera élevée, car davantage d’offre et de concurrence aboutissent à une baisse des prix des biens et des services, et la disparition à terme des situations de rente, qui augmentent artificiellement les prix, et cela au détriment des consommateurs finaux. C’est, avant la lettre, l’école du soutien aux entrepreneurs et aux initiatives privées qui permettent l’essor économique et l’élévation générale  du niveau de vie. Sont venus se greffer sur cette école, beaucoup plus tard, les partisans de la nécessité de l’offre d’ « équivalent national » [2], de la nécessité de création d’industries nationales, parfois ex-nihilo, notamment dans les domaines inaccessibles aux petits entrepreneurs individuels ou aux petites entreprises : le spatial, le nucléaire, les TGV, ou même aujourd’hui l’aéronautique ou l’automobile, qui ne sont plus de nos jours accessibles à des PME, sauf à devenir sous-traitants de grands donneurs d’ordres, ce qui reste très positif : c’est l’irrigation du tissu économique, qui fait d’une pierre deux coups. Elle favorise la demande via la baisse des prix, et même, dans sa version gaullo-pompidolienne, accentue le degré de souveraineté nationale. A l’Etat d’initier l’offre industrielle et économique dans des secteurs classés, à juste titre, comme stratégiques, pour créer, par capillarité, une multitude d’offres des composants ou des modules nécessaires à la fabrication des produits finis ou des grands ensembles, dont la conception et la maitrise d’œuvre est hors de portée des PME.

A l’autre extrême de cette école de pensée, se situe l’école keynésienne : il faut soutenir la demande, car c'est la demande qui crée l'offre. Augmentons les salaires et distribuons des aides complémentaires, tendance Beveridge ou tendance "France post années 1980" : la consommation s’en trouvera accélérée, et l’offre suivra, ce qui bénéficiera à l’économie toute entière et favorisera l’élévation générale du niveau de vie.

Or, le 22 janvier 2015, la BCE, dernière des grandes Banques Centrales à ne jamais avoir entrepris de QE authentique,  a annoncé son alignement sur cette troisième école de pensée, qui s’en trouve ainsi renforcée : c’est le soutien aux « actifs uniques ». Les actifs uniques sont les actifs financiers, les biens immobiliers haut de gamme, etc. et, plus généralement, tout ce qui n’est reproductible ni à l’infini, ni à la chaîne, ni même à de nombreux exemplaires identiques.

En effet, les règles actuelles de l’OMC font que, inexorablement, les prix des biens et de services standardisés ne peuvent que BAISSER. Mettre en compétition ouverte 6,5 milliards d’êtres humains dans les Pays émergents et 1 milliard d’humains dans les pays avancés, aboutit inexorablement à la baisse continue des biens et des services standards, car, produisibles ou exécutables à distance, via Internet, n’importe où dans le Monde.

La progression de la puissance déflationniste, ainsi créée de toutes pièces par les règles de l’OMC, est mesurée très régulièrement par les indices de taux d’inflation : ceux-ci suivent une pente déclinante depuis l’essor d’Internet et surtout l’entrée dans l’OMC d’un nombre toujours croissant de pays, dont la Chine en 2001. Ces taux d’inflation sont récemment passés en territoire négatif pour déjà 9 Pays. De fait, on peut estimer aujourd’hui à environ 97% la part des biens et services, produits (biens) ou exécutés (services) depuis les Pays membres de l’OMC. Les Pays non membres de l’OMC ne produisent pas, ou très peu,  des « biens et des services », ils produisent du pétrole ou d’autres matières premières, minières ou agricoles essentiellement. Or, les « actifs uniques » ne font partie, à juste titre, des éléments composant la mesure de l’évolution de l’indice des prix. Un indice mondial qui aurait été composé des actions des 200 plus grandes sociétés cotées mondiales, de 200 biens immobiliers haut de gamme, et de 200 autres « actifs uniques », répartis sur la Planète, aurait certainement augmenté de plus de 100% depuis mars 2009.[3]

Les indices des prix des « biens et de services » et l’indice mondial, à créer, des « actifs uniques », mèneront des vies diamétralement opposées tant que les QE s’enchaîneront.

La raison est très simple : le nombre de ceux qui produisent des biens et services standardisés s’accroit chaque jour, et leur prix ne peut donc que baisser, tandis que le nombre de ceux qui peuvent, financièrement, acquérir des « actifs uniques », par définition non reproductibles, croît, lui,  chaque jour, en provenance du monde entier : l’écart entre ces deux courbes s’accroît continûment.

Car, dans un monde où la finance est globalisée, les QE sont fongibles.

Les USA ont lancé le premier, bientôt suivi du Royaume-Uni, puis du Japon, puis, à l’issue du troisième, ont décidé d’arrêter : « pas toujours les mêmes », se sont-ils plaints, vigoureusement, et à plusieurs reprises, auprès des dirigeants de la BCE. A partir du moment où les 4 plus grandes Banques Centrales du monde à devises convertibles [4] souscrivent à la même politique, on peut affirmer qu’une nouvelle école de pensée économique est en marche : le nombre de QE (déjà 3 aux USA), 1 au RU, plusieurs au Japon, et plusieurs en Zone Euro (des « petits-pseudos » qui n’en étaient pas d’authentiques, auquel vient de s’ajouter le 22 janvier un « grand-véritable » de 1 140 milliards d’euros, soit 1 300 milliards de dollars, i.e. un QE de taille nettement plus grande que chacun des 3 QE américains pris isolément).
A partir du moment où, dès qu’une Banque Centrale arrête un QE, une autre prend le relais, on peut prévoir une appréciation continue des prix des « actifs uniques ». Ceci est excellent pour le marché des actions. Si vous n’y êtes pas présent, entrez-y, même aujourd’hui, même avec un CAC à 4640, même avec un DAX à 10 650.La BCE vient de vous offrir 19 mois de visibilité, au minimum [5] ! Car les QE constituent une drogue douce, euphorisante pour les Banques Centrales et les Gouvernements des Pays où sont implantées des Banques centrales non indépendantes du pouvoir politique. Lorsqu’on y a goûté, on y revient : après la fin du QE de la BCE fin 2016, il est tout-à-fait possible qu’un QE n°4 soit lancé aux USA.

En effet, quelle est la situation économique des USA après 3 QE ?

Elle est jugée excellente par de nombreux observateurs. En tout cas, c’est, et de loin, l’économie qui marche le mieux actuellement au sein du G 10. Elle est même considérée, par certains, comme le modèle à suivre. Examinons quelques chiffres, qui sont tirés de la Base de données du Bureau of Labor Statistics, séries annuelles historiques, Tableau A-1 :

1.      Population US des plus de 16 ans en 2007 : 231, 9 millions
2.    Population US des plus de 16 ans en 2014 : 247,9 millions, soit + 16 Millions
3.    Population au travail [6] en 2007 : 146, 0 millions
4.    Population au travail en 2014 : 146,3 millions, soit + 0,3 million
5.     Taux d’emploi : tombé de 66,0% en 2007 à 62,9% en 2014
6.    Nombre d’emplois à temps complet en 2007 : 108,2 millions (Table 1, annexe au communiqué        du 21 janvier 2015)
7.     Nombre d’emplois à temps complet en 2014 : 107, 3millions (Table 1, annexe au communiqué         du 21 janvier 2015)
8.   Salaire hebdomadaire moyen du 4ème trimestre 2007 pour ceux qui travaillent à temps           complet : 700 dollars (current$) ou 332 dollars (in constant dollars (1982-1984)
9.   Salaire hebdomadaire moyen du 4ème trimestre 2014 pour ceux qui travaillent à temps    complet : 796 dollars (current$) ou 336 dollars (in constant dollars (1982-1984)
10.  Nombre d’Américains éligibles au Food stamps (Bons d’alimentation) : 31,5 millions en septembre 2008 versus 46,5 millions en septembre 2014, dernier chiffre publié par le Food Research and Action Center, soit une augmentation de 48% en 6 ans. Aujourd’hui, un Américain sur 7 est de fait considéré comme « très pauvre ».

Ces résultats ont été obtenus après 3 QE, pour un montant total supérieur à 3 500 milliards de USD, et dans le Pays du G 10 qui marche le mieux. On peut donc légitimement supposer que si le taux de croissance se stabilise au-dessus des 3,5% prévus pour 2015 et pour 2016,  les USA pourront attendre la fin du QE de la BCE pour lancer leur QE4. Mais, si pour une raison ou pour une autre, la croissance du PIB américain venait à repasser en-dessous des 2,5%, alors il est vraisemblable qu’ils lanceraient un QE4 fin 2015 ou début 2016. Le problème des QE, c’est en effet qu’ils créent une forte addiction et que si les Banques Centrales arrêtaient toutes en même temps leurs généreuses distributions de liquidités, le monde connaitrait un krach boursier de la même ampleur que celui de 2008-2009, ou, pire, que celui de 2001-2003 (moins 82% sur le Nasdaq par exemple…).

Les conclusions post QE de la BCE : ruée prévisible sur les Actions de la Zone Euro

Que conclure après le lancement d’un QE d’un minimum 1 140 milliards d’euros par la BCE (60 milliards€ par mois au moins jusqu’à septembre 2016) ? Jetons-nous à l’eau, mais avec précaution : toutes les conclusions ci-dessous sont émises hors aggravation des risques géopolitiques existants (Russie-Ukraine, terrorisme islamique, implosion de Pays musulmans en Afrique ou au Moyen-Orient) ou hors réapparition de risques géopolitiques ou financiers ailleurs (Grèce, Asie, etc.). A conditions  géopolitiques et à risques sanitaires « non aggravés », on peut se risquer à énoncer :

1.      C’est une super nouvelle, on peut même dire une fantastique nouvelle, pour les marchés Actions de la Zone Euro, mais surtout pour la France, l’Espagne et le Portugal [7] : ce sont les marchés d’actions qui, à notre avis, vont le plus bénéficier du retard accumulé par leurs indices boursiers nationaux, ainsi que les Pays qui vont le plus profiter de la baisse de l’euro et de celle du prix du baril de pétrole. 

2.    C’est une nouvelle qui va vraisemblablement ramener l’euro là où il était en 2002, i.e. entre 0,95 (moyenne du mois de Juin 2002) et 1 (moyenne du mois de Novembre 2002) [8]. Tant mieux pour les sociétés exportatrices de la Zone Euro Sud, même si les Pays de la ZE Nord en bénéficieront aussi, mais de manière moindre.

3.    L’école économique de soutien aux « actifs uniques » pousse à la constitution généralisée d’un plus grand nombre de monopoles : jamais dans l’Histoire économique, on a pu observer autant de monopoles ou de duopoles : Google, Apple, Facebook, Amazon, sont déjà, ou deviennent progressivement, des monopoles de fait. Les schémas d’évasion fiscale ou d’optimisation fiscale accélèrent encore plus l’avantage, de type « concurrence déloyale », que ces groupes détiennent. Il faut être déjà « gros » ou « très gros » pour pouvoir bénéficier de ces montages qui éliminent peu à peu l’offre naissante chère à Jean-Baptiste SAY et à ses disciples. Si certaines start up géniales arrivent à percer, ce qui arrive même en France, elles sont rapidement rachetées ensuite par les duopoles ou les monopoles, existant ou en construction,  seul moyen pour elles de passer des quelques 50 à 100 millions d’euros de CA à quelques milliards d’euros à l’échelle mondiale. Le cash des QE ne dégouline pas aussi bas !

4.    En effet, dans un monde où une entreprise d’un Pays avancé se doit d’éviter toute production de produit  bas de gamme, ou standardisable, il FAUT être unique, il FAUT devenir le premier sur une cible même étroite : dès que cette niche sera repérée par un gros, il faut accepter l’offre, ou végéter, ou périr ! Pas d’avenir à terme pour les seconds ou les troisièmes !

5.     La conjonction des paragraphes ci-dessus devrait vous inciter à rencontrer au plus vite votre société de gestion d’actifs préférée (Société de Gestion de Portefeuilles ou Conseil en gestion patrimoniale) : quelles sont les sociétés cotées françaises qui avaient le plus perdu de chiffre d’affaires à l’exportation ces deux dernières années ? Si l’outil industriel, et les compétences humaines sont toujours là, le regain de commandes étrangères va doper les résultats. Et tout cela avec un coût énergétique beaucoup plus bas et un CICE qui va commencer à générer du cash !
En outre, à bientôt un euro pour un dollar, le nombre d’offres d’acquisition de tout ou partie du capital risque d’affluer très rapidement sur le bureau des dirigeants de ces sociétés : en 8 mois, le coût d’achat des actions a déjà baissé de 21%, pour un investisseur basé en dollars. A 0,95, cela représentera un discount de 33%  par rapport aux 1, 3993 atteint mi-mai 2014…
 
Bref, l’année 2015, hors risques géopolitiques, s’annonce sous de très beaux auspices : les marchés monétaires et obligataires ayant été mis « hors du circuit des rendements », la visibilité offerte par la  décision de la BCE [9] ne manquera d’entrainer une ruée sur les marchés Actions, au moins allemandes, françaises, espagnoles et portugaises.

(Mis en ligne le 25 Janvier 2015 et une note de bas de page ajoutée le 26 à 9h08)

 


[1] Par opposition à l’offre mûre, celle émanant des grandes sociétés cotées en Bourse
 
[2] URSS : années 1950, France : années 1960, Brésil ; années 1970, Chine : années 1990
 
[3] Evolution de quelques indices de mars 2009 à vendredi 23 janvier 2015 : Indice SP 500 :de 666 à 2 052= +208%, Indice DAX : de 3 589 à 10 650 = + 197%, Nikkei : de 7 021 à 17 512 = +149%, et CAC 40 : de 2 465 à 4 640 = + 88%
 
[4] La Banque Centrale de Chine (PBOC) est une très grande Banque Centrale, mais le yuan n’est pas totalement convertible. Le jour où il le deviendra, la PBOC deviendra la Banque Centrale la plus puissante au Monde.
 
[5] Si l’on met de côté les anticipations de marché, qui précédent toujours l’arrêt effectif d’une mesure. Mais les dirigeants de la BCE peuvent très bien laisser prospérer une date de terminaison « floue »…
 
[6]  = "employed civilian labor force"
 
[7] De mars 2009 au 23 Janvier 2015 : SP 500 : + 208 % , DAX : + 197%, CAC 40 : + 88%, IBEX : + 58% ( de 6 702 à 10 582) et PSI 20 : moins 7% (de 5 696 plus bas de Mars 2009 à 5 300 clôture du 23 Janvier 2015).
 
[8] Rappelons au passage que les 2 derniers QE américains ont « accompagné », pour éviter d’écrire « généré », une dévaluation du dollar de 15% par rapport à l’euro, passé de 1,22 mi 2010 à 1,40 en mai 2014.

[9] Nous avons attribué le nom de cette nouvelle école de pensée économique à Ben Bernanke, Ancien Président de la Fed, pour la raison suivante: la Fed n'est pas une Banque Centrale indépendante, elle travaille en bonne intelligence avec le Pouvoir politique. Or, depuis Novembre 2008, sous l'ère du Président Bernanke, jusqu'au 29 Octobre 2014, fin du QE3 sous l'ère de Janet Yellen, son successeur, rien de significatif ou de novateur n'a été tenté par le Pouvoir politique dans les deux autres domaines faisant partie de la politique économique, à savoir la politique budgétaire et la politique fiscale. Tout se passe comme si le Pouvoir politique avait abandonné toute prérogative motrice et ne comptait plus QUE sur la politique monétaire pour améliorer la situation économique du Pays. Bref, par défaut, et sans avoir tous les leviers du pouvoir économique à leur disposition, les Présidents ou les Gouverneurs des Banques Centrales sont de fait les seuls, de nos jours, à innover et à tenter quelque chose. Larry Summers, Ancien Secrétaire d'Etat au Trésor des USA, n' a-t-il pas affirmé, dans son célèbre discours de Février 2014, que le monde était entré dans une ère de "stagnation séculaire"? C'est lui-même qui a lancé cette expression...
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