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Entretien avec Nicolas DUBAN, Président de Convictions Asset Management

Référence de l'article : OO6189
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Entretien avec Nicolas DUBAN sur l'état des marchés Actions mondiaux,réalisé par Xavier LACAZE le 22 Juin 2017

Ancien gérant et dirigeant dans plusieurs sociétés de gestion, Nicolas Duban dirige depuis plus de deux ans Convictions Asset Management dont il a pris le contrôle et qu’il a fortement réorienté.Nous avions publié, en mars 2017, un extrait de l’analyse très optimiste que ses équipes, ainsi que lui-même, faisaient de l’évolution possible des marchés Actions [1].
Trois mois plus tard, La Synthèse l’interroge pour savoir si cette vision optimiste est maintenue.
 
Xavier LACAZE : l’horizon politique s’est éclairci en Europe, s’est un peu assombri aux USA en raison du risque Trump, et s’est aggravé au Moyen-Orient, en raison de la crise, plus forte que les précédentes, entre l’Arabie saoudite et le Qatar, ainsi qu’en Corée du Nord.Quel impact, au final, sur la santé future des marchés Actions ? Par ailleurs, d’où pourraient surgir d’autres bonnes ou mauvaises nouvelles ?
 
Nicolas DUBAN : La situation géopolitique est effectivement toujours tendue. Elle impacte finalement assez peu les marchés qui montrent une grande solidité. Ce qui frappe le plus, c’est le contexte de grandes incertitudes qui entoure la capacité à faire des prévisions. Ce sera d’ailleurs le thème de l’Université d’été de l’Asset Management qui se tient à l’Université Dauphine, le 31 août prochain. L’incertitude est sans doute moins politique désormais que géopolitique et économique. Elle nourrit aussi de nombreux espoirs pour renforcer notamment l’Europe, qui a pris du retard : le Brexit, le repli américain,… autant d’enjeux qui sont des opportunités.

En matière économique, on constate un retour à la réalité aux Etats-Unis, après une période d’euphorie liée aux plans de Donald Trump qu’il peine à mettre en œuvre et un regain d’optimisme en Europe. Une philosophie « pro-business » en Europe constituerait un grand pas en avant, à confirmer. L’inquiétude économique vient plutôt des Etats-Unis qui se stabilisent à un rythme de croissance modeste et délivrent peu de hausses des salaires, alors que le pays connait presque le plein emploi. La situation de la Chine n’inquiète pas à ce stade. Les pays émergents se comportent plutôt favorablement.
 
XL : si les nouvelles sont plutôt satisfaisantes du côté politique, comment avez-vous perçu l’évolution de l’alignement des planètes : pour un investisseur basé en euros, une seule planète pourrait avoir connu récemment un comportement décevant, à savoir l’euro-dollar. Est-ce que les 8 figures de remontée par rapport aux 1,04 de décembre 2016  ou les 12 figures perdues par rapport aux espoirs de parité de début 2017 pour la fin de l’année 2017 vont finir par avoir un effet négatif à terme sur les performances des entreprises de la zone euro et donc, en termes de croissance économique ?
 

ND : Je soulignerais trois thèmes majeurs récents, qui ont des interactions : la baisse du dollar et la question de son orientation à moyen terme, le thème traité lors de notre dernière réunion publique, le 22 juin, par Jacques Ninet, conseiller de Convictions AM ; l’évolution erratique et décevante des prix du pétrole ; et la baisse des taux obligataires, alors que les politiques monétaires sont en voie de future normalisation des deux côtés de l’Atlantique. Le contexte rend toute prévision sur le dollar particulièrement incertaine. Nous tablons plutôt pour une stabilisation.

Quant à l’alignement des planètes, je n’y ai jamais vraiment cru. Ce qui est bon pour l’un est mauvais pour l’autre et nous sommes interdépendants. La juste parité qui permettrait à chacun de répondre à ses propres enjeux est sans doute atteinte. Les entreprises sont parfaitement capables de répondre aux attentes avec la parité des changes actuelle.  Pour le pétrole, l’équation est aussi compliquée. Il semble que les grands équilibres ont changé et le cartel de l’Opep a perdu son influence. Cela va jouer sur l’inflation et le pouvoir d’achat. Quant aux taux d’intérêt, il me semble que le risque reste une normalisation vers le haut, mais qui devrait rester suffisamment limitée pour ne pas enrayer la croissance dans les différentes parties du monde.
 
XL : que pensez-vous de la hausse récente des taux directeurs décidée par Janet Yellen  et de ses propres commentaires d’accompagnement ? Ne la trouvez-vous pas un peu trop optimiste sur les performances économiques réelles des USA, ou y-a-t-il  de sa part un peu de méthode Coué ? Quelle probabilité donneriez-vous à une troisième hausse des Fed funds au deuxième semestre ?
 
ND : La troisième hausse est inscrite dans les faits. La Fed s’inscrit dans un objectif de normalisation des taux d’intérêt afin de reconstituer ses marges de manœuvre, ses munitions pour répondre à la prochaine récession qui arrivera bien un jour ou l’autre. Très important aussi est le plan de réduction de la taille de son bilan. La Fed va commencer à ne plus réinvestir les remboursements des dettes qu’elle a acquises en nouveaux titres.

Pour la Fed, l’équilibre économique modéré est idéal. Il permet une normalisation progressive, non brutal et sans urgence. La vraie question est l’absence actuelle de véritable hausse des salaires et la fragilité de l’inflation. N’oublions pas que nous sommes encore dans une stratégie mondiale de lutte contre la déflation, risque mortel. La poursuite de la baisse du taux de chômage, selon la courbe de Philipps, devrait engendrer des tensions, logiquement, d’autant que le rythme des gains de productivité est faible. Finalement, les Etats-Unis ont besoin d’une partie du plan de relance de Donald Trump, mais modéré lui aussi, sans dégradation excessive à terme de la situation budgétaire.
 
XL : compte tenu des déboires politiques de Trump aux Etats-Unis, que va-t-il rester des « reflation trades », et quelles promesses électorales, parmi celles proposées dans le domaine économique, connaissent encore quelques chances raisonnables de mise en œuvre ? Pensez-vous que l’aplatissement en cours de la courbe des taux américains signifie que les marchés financiers ont, dans leur ensemble, perdu espoir ?
 
ND : Nous avons assisté au dégonflement des « reflation trades », mais D. Trump garde encore la main pour des projets plus raisonnables dont l’Amérique a besoin pour redynamiser son économie. L’aplatissement de la courbe des taux est le reflet de moindres perspectives d’inflation, d’une politique monétaire plus rigoureuse, d’une croissance modérée et d’un dollar plus attractif pour les investisseurs internationaux. Nous assistons à des arbitrages d’écarts de taux pour la rémunération de l’épargne mondiale en faveur des obligations américaines et une diversification du risque actions.Il ne nous semble pas que ce soit le signe d’une récession à venir.
 
XL : Compte tenu de tout ce que vous venez de nous dire, modifieriez-vous le scénario central de la slide synthétique incluse dans votre présentation de Mars 2017 ? [2]
 
ND : Nous avons fait évoluer à la marge positivement les probabilités des scénarios envisagés, comme suit, avec un biais favorable à l’Europe (Cliquer pour agrandir) :



XL : En début d’année, et par comparaison avec d’autres situations des marchés Actions dans le passé, une remarquable slide incluse dans votre point trimestriel de mars 2017 évaluait à seulement 3 facteurs négatifs présents sur les 18 théoriques qu’un investisseur professionnel analyse, au minimum,  avant de décider de son allocation d’actifs. Rajouteriez-vous, ou retireriez-vous, des facteurs de risque [3] pour les mois à venir ?
 
ND : Non, cette slide issue des travaux trimestriels de CitiResearch n’a pas fortement évolué. L’environnement parait plus modéré, mais les risques ne sont pas plus élevés. Nous restons favorables aux actions, comme l’indique notre approche « multifactorielle modélisée » et notre analyse fondamentale, ainsi que l’allocation d’actifs que nous venons de présenter (PMC du 22 juin 2017, cf. le document sous format PDF mis en annexe en bas de cette page (NDLR).
 
XL : L’actualité, c’est en France, entre autres réformes nécessaires, la refonte du contrat de travail : quelles modifications souhaiteriez-vous voir instaurées pour redynamiser le marché du travail ? A quel type de flexisécurité croyez-vous ?
 
ND : Mon penchant naturel est de considérer que la seule protection valable pour un salarié est celle de sa contribution à la réussite de l’entreprise qui l’emploie, à quelque niveau que ce soit. Il n’existe donc pas de protection absolue de l’emploi. Les protections instaurées jouent le plus souvent contre les recrutements. Ce qui me parait primordial est donc d’assurer, de favoriser et d’organiser la mobilité entre les postes et les entreprises ; de telle sorte qu’un salarié ne mette pas deux ans à retrouver un travail. Si la flexibilité est renforcée, les recrutements seront facilités et nous favoriserons la mobilité et donc l’emploi en général. C’est un changement de philosophie et d’approche.
 
XL : L’actualité, c’est aussi, en Europe, le début des négociations avec le Royaume-Uni. A votre avis, quels sont les points sur lesquels la Place de Paris d’une part, mais également les autres places financières d’Europe continentale d’autre part, doivent se montrer intransigeantes ?
 
ND : Elles le sont véritablement. Il a été dit qu’il ne serait pas possible d’installer des succursales de gestion sans moyens effectifs dans un pays de la zone. En outre, la BCE a déclaré qu’une chambre de compensation devait se situer sur le continent. L’attractivité de Londres va donc se réduire notablement, en particulier comme centre de contournement. Londres conservera certains marchés compte tenu de la communauté financière installée, mais les choses peuvent bouger rapidement.

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Renvoi des Notes :
 
[1] :http://www.lasyntheseonline.fr/opcvm/opcvm_et_gestion_d_actifs/marches_actions_une_tentative_de_synthese_pour_expliquer_l_optimisme_actuel,31,5982.html
 
[2]:   voir ci-dessous les 3 scénarios 2017 probabilisés début 2017 (Cliquer pour agrandir)
 
 

 
 
[3]:   voir ci-dessous les 3 facteurs de risques (sur les 18 suivis par CitiResearch) recensés début 2017 et rappelés en Mars (Cliquer pour agrandir) :


 
(Mis en ligne le 23 juin 2017)

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