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USA, Japon, et Royaume-Uni: les keynésiens de retour ?

Référence de l'article : OE5644
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écrit par Didier LE MENESTREL,Président,La Financière de l'Echiquier (21 Oct. 2016)

Les opposants aux politiques keynésiennes de soutien à l’économie aiment à vilipender les coûteux projets ineptes, les ponts qui ne mènent nulle part. S’ils sont français, ils dénoncent les ronds-points inutilement posés à l’entrée des bourgs et, depuis peu, les TGV destinés aux lignes Intercités. Les plus caustiques évoquent le sapeur Camember, héros de bande dessinée du XIXe siècle, qui, sous l’œil du sergent Bitur, creuse un trou pour en remplir un autre. Pourtant, du Japon au Royaume-Uni en passant par les Etats-Unis, on va se mettre à creuser… à beaucoup creuser.
 
Ces trois grandes économies, imitant le plan Juncker européen de 315 milliards d’euros, ont dévoilé des projets d’infrastructures de très grande ampleur. Sur 5 ans on parle de 210 milliards de dollars au Japon et de 133 milliards au Royaume-Uni*. Quant aux Etats-Unis, Hillary Clinton promet 250 milliards sur la même période et la création concomitante d’une banque nationale d’infrastructure susceptible de financer, par l’emprunt, 250 milliards de travaux supplémentaires. Donald Trump, jamais en mal de surenchère, a annoncé vouloir faire deux fois plus… Tant de dépenses à un moment où les niveaux d’endettement sont très élevés, est-ce bien raisonnable ?

Vieillissement brutal des infrastructures

C’est en tout cas nécessaire : les trois pays ont en commun le vieillissement brutal de leurs équipements. Aux Etats-Unis, on estime que leur âge moyen est passé de 20 à 27 ans entre les années 1990 et aujourd’hui.

Les ponts et les autoroutes sont un peu moins âgés au Japon mais la tendance est la même : depuis les années 2000 et la hausse du ratio dette / PIB, les autorités japonaises ont coupé les investissements. Au rythme actuel, plus de la moitié des ponts auront dépassé 50 ans en 2030. Le plan de relance « revitalisation du Japon 2016 » correspond à un besoin réel.

Reste à savoir comment financer tout cela. Les taux sont à zéro et la réponse est immédiate : avec de la dette. Une réponse qui amène une autre question : est-ce une bonne allocation du capital ? N’en déplaise aux inconditionnels du sapeur Camember, il semblerait bien que la réponse soit positive.

Une étude du FMI publiée en 2014 montre en effet qu’une politique de grands travaux menée aujourd’hui bénéficierait de conditions « anormalement favorables ».

1) La première condition, déjà évoquée, est liée aux taux quasiment nuls : le financement indolore permet une meilleure rentabilité des infrastructures nouvellement bâties. L’effet multiplicateur, cher aux économistes, s’en trouve accru. Dans cet univers de « taux zéro », 1% de PIB investi conduit à 3 points de croissance supplémentaires au bout de 4 ans. Un effet vertueux qui permet le remboursement rapide de la dette contractée.

2) La deuxième condition favorable tient au fait que la plupart des économies développées se trouvent désormais en « output gap » négatif, c’est-à-dire que le PIB réel est très en-dessous de la production potentielle. Là encore l’étude du FMI montre que dans un tel environnement l’effet multiplicateur d’une politique d’investissement dans les infrastructures est amplifié.

Tous ces milliards évoqués ne seront pas injectés immédiatement dans l’économie. Les étapes à franchir (le vote du Congrès américain par exemple) sont nombreuses. Mais ne doutons pas que ces initiatives multiples finiront par relancer la croissance mondiale. Un objectif que nous souhaitons tous sans aucune réserve.

(Ecrit avec la complicité de Marc Craquelin)

* Sources: Goldman Sachs (Fortnightly, septembre 2016), Exane.

(Mis en ligne le 21 Octobre 2016)

 
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