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Comment organiser l'éducation financière à l'heure du digital ?

Référence de l'article : OE5512
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écrit par Frédéric BOMPAIRE,(23 Juillet 2016)

« L’éducation financière à l’ère du digital : quels enjeux pour l’épargne ? », tel était le thème du colloque du conseil scientifique de l’AMF qui eut lieu le 20 juin 2016.
 
Dans son introduction, François Villeroy de Galhau a salué l’engagement de l’AMF depuis la création de l’IEFP, plus connu pour son site « La Finance pour tous », et a annoncé que la Banque de France avait été désignée comme chef de file de l’éducation financière du public en France.
 
La première table ronde a porté sur les concepts de base. En anglais, c’est le concept de financial literacy qui est retenu. On le traduit, tantôt par éducation, tantôt par culture financière. L’OCDE a rappelé le cercle vertueux recherché :
1.       Améliorer ses connaissances et son expertise,
2.       Mieux appréhender les risques financiers et les opportunités,
3.       Prendre des décisions éclairées et savoir où bénéficier de conseils,
4.       Améliorer sa compréhension des produits et concepts financiers par l’expérience.
 
« Mais comment mesurer l’éducation financière ? »  s’est interrogé Gianni Nicolini. Il a présenté des questionnaires usuels s’appliquant à 5 domaines (intérêts composés, inflation, cotation des obligations, emprunt immobilier et diversification des investissements) pour conclure que ces tests étaient très insuffisants. Ensuite, il a montré que les résultats d’une enquête conduite au Royaume-Uni, en Espagne, en Suède et en Italie ont fait apparaître une grande différence sur la qualité des réponses en fonction du sexe, du fait d’être investisseur ou non, et du type d’investissements réalisés.
 
Enfin, Luc Arrondel (CNRS) a resitué le rôle de l’Etat dans l’éducation financière. Dans une vision libérale classique, la rationalité conduit l’acteur à s’informer et se former pour gagner en efficacité dans ses investissements financiers. Il n’y a pas à développer de programme d’éducation. A contrario, dans une approche comportementale de l’économie, il y a place pour l’émotion et il faut donc encourager à la formation financière des personnes qui n’en éprouvent pas spontanément le besoin. D’ailleurs, en France, 40% des personnes interrogées ne cherchent pas à se former, alors que plus des ¾ de la population reconnait avoir un niveau de formation faible, très faible ou inexistant. La question posée en conclusion est peut être la bonne : « Pouvons-nous affirmer que l’éducation financière prédispose au bonheur ? ».
 
La deuxième table ronde a abordé la question de la technologie dans la finance. Premièrement, avec l’exemple du crowdfunding, présenté par J. Glachant. Il a souligné les éléments sociaux des nouveaux médias et du crowdfunding : sentiment d’appartenance, proximité, recherche de nouveaux circuits d’information… qui sont autant de défis pour le régulateur. On est dans la finance sociétale et l’on voit apparaître des comportements moutonniers derrière des leaders d’opinion, une propension à l’optimisme, un excès de confiance créés par le sentiment d’action en communauté.
 
Ensuite, MH. Broihanne a présenté un panorama de la recherche sur le développement du conseil automatisé, le « robot advising ». Partant de la capacité du robot à créer un climat de confiance en montrant sa compétence et sa bienveillance dans la relation, elle a insisté sur les possibilités de manipulation liés par exemple à l’impact de la présentation des résultats : la première option dans une liste sera favorisée, la solution par défaut sera souvent choisie, un QCM aidera à mieux définir le profil…
 
Finalement, B Pineau, Fondateur de Harvest, est revenu au réel en rappelant le positionnement des CIF et CGIP. Ils courtisent les clients aisés (près de 10% de la population), ceux qui ont entre 100 000€ et 1 million€ d’actifs financiers et plus particulièrement le segment de ceux qui possèdent entre 100 et 500K€. Harvest leur propose des outils d’agrégation des avoirs pour les clients multi bancarisés ou assurés. Il a plaidé pour un protocole unique interbanques et assurances au lieu de demander au client de fournir coordonnées et mots de passe. Le conseil nécessite cette vision globale et nous vivons « l’introduction de la technologie dans la relation  client, alors qu’elle s’était concentrée jusqu’à présent sur l’usine middle et back office ».
 
La troisième table ronde, animée par B. de Juvigny (AMF), redonnait la parole aux régulateurs avec P. Pellé (Commission européenne), AC. Tomas-Lacoste (INC) et F. Guiader (AMF). Dans la relation avec les consommateurs, en finance notamment, la valeur première est la confiance. Elle passe par une information de qualité adaptée au public visé. C’est le cadre rappelé par l’INC. Franck Guiader a montré que la digitalisation conduisait à placer à nouveau l’expérience client au centre, facilitait la traçabilité et l’accès à distance et donc transfrontière. P. Pellé a reconnu le besoin d’une supervision harmonisée en Europe tout en respectant la diversité des consommateurs européens qui rend difficile une politique d’éducation uniforme en matière financière. Il a donné quelques indications sur le dépouillement des réponses à la consultation du livre vert de la COM sur les services financiers de détail et la digitalisation. Parmi les thèmes cités en faveur du digital : l’accès à l’information, les coûts limités, la facilité à comparer (sous réserve de standardiser). Un échange vif a eu lieu entre la Commission européenne et l’AMF qui attaquait la position de la FCA anglaise de laisser se développer, au nom de la proportionnalité, certaines Fintech sans grande réglementation avant de déterminer le cadre adapté et défendait la vision française de ne développer l’activité qu’après l’avoir analysée et déterminé le cadre réglementaire approprié. L’accord s’est finalement fait sur l’affirmation que toutes les activités des Fintech, qui doivent être réglementées, le seront…
 
Dans sa conclusion, G. Rameix a fait un focus sur la génération Y qui nous oblige à faire évoluer notre offre pour satisfaire les attentes de cette population qui vit au rythme de l’internet, de l’abondance de choix, et des comparateurs. Les biais du robot en matière d’investissement sont un point de surveillance pour l’AMF qui souhaite vérifier algorithmes et hypothèses régulièrement.

 
(Mis en ligne le 22 Juillet 2016)
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