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CAC 40 : les très grandes sociétés parient aussi sur la France

Référence de l'article : MS3175
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écrit par Johann CORRIC,

Les grands groupes gardent un fort ancrage dans l'Hexagone. Le Revenu a recensé ceux qui continuent à y investir, à embaucher, à y payer des impôts…

À première vue, les chiffres sont implacables. Les entreprises du CAC 40 réalisent 70% de leurs ventes hors de France. Elles emploient 69% de leurs salariés à l'étranger. L'indice parisien est même détenu à près de 50% par des non-résidents. Qu'il s'agisse de critiquer le manque d'implication de ces groupes dans l'économie nationale ou, au contraire, de se féliciter de leur formidable capacité à se projeter hors de nos frontières, le constat est le même : le CAC 40, baromètre de la Bourse parisienne, n'aurait plus grand-chose de français. Sauf que la réalité est plus complexe.

55% d'étrangers dans le Dax

Certes, parmi les français leaders mondiaux de leur secteur, beaucoup sont très internationalisés. Le géant du pétrole, Total, réalise 20% de ses ventes en France. La proportion se limite à 11% pour LVMH. Elle tombe sous 10% pour le champion de la santé Sanofi ou chez le numéro un européen des services pétroliers, Technip. Mais la forte présence à l'étranger de nos fleurons nationaux ne doit pas surprendre. L'inverse serait même inquiétant dans un contexte de hausse des échanges commerciaux et d'émergence de nouvelles zones de croissance. De même, l'importante détention du capital par des investisseurs étrangers témoigne de l'attrait de nos grands groupes. Elle n'a d'ailleurs rien d'exceptionnel. En Allemagne, le taux de non-résidents au sein du Dax 30 était de 55% en 2012 selon Ernst & Young. D'autres entreprises, pour des raisons historiques ou liées à leur secteur d'activité, rayonnent à l'international tout en gardant une forte assise nationale. C'est le cas de mastodontes comme EDF, Orange, Veolia Environnement et GDF Suez.

R&D en France : entre incitation fiscale et haut niveau de compétence

Seules douze entreprises sur quarante indiquent la part de recherche et développement (R&D) qu'elles réalisent en France. Sur cet échantillon, la tendance est claire.

Le CAC 40 dépense une forte proportion de sa R&D dans l'Hexagone. Legrand atteint 42%, Total 50%, L'Oréal 66%, Renault 80%, Safran 89%. Même Solvay, de nationalité belge, investit 40% de sa R&D en France, soit 100 millions d'euros environ. La raison en est historique, liée au rachat de Rhodia. Mais pas seulement : « Il y a beaucoup de compétences en France et nous sommes en partenariat avec de nombreuses institutions publiques », explique Louis Neltner, directeur de la recherche et de l'innovation du chimiste. Le mécanisme du crédit impôt recherche (CIR) est aussi très incitatif. « Sans le CIR, la concurrence de certains pays émergents nous aurait probablement poussés à réduire la R&D en France », estime Louis Neltner. Chez Total, le directeur scientifique, Jean-François Minster, approuve : « Aucun pays ne propose un système aussi simple et dynamique que le CIR français ».

Il nuance toutefois son importance. La décision d'investir en R&D dépend d'abord du niveau d'efficacité. « Et il est élevé en France où la recherche académique est d'excellente qualité ». Enfin, les dépenses de recherche peuvent représenter un outil de politique d'entreprise. Certains pays poussent les sociétés à ouvrir des centres de recherche locaux. « Pour faire du business au Brésil, c'est même obligatoire », remarque François Minster.

1,4 million de salariés français

Mais quel que soit leur profil, les sociétés du CAC 40 gardent un tropisme français. Technip emploie 12% de ses salariés dans l'Hexagone alors qu'il n'y réalise que 2% de ses ventes. LVMH dépense 100% de son budget de R&D dans notre pays et Total 50%. « Cette proportion est stable depuis 2004 alors que nos efforts de recherche ont progressé de 7% par an sur la période », indique Jean-François Minster, directeur scientifique du pétrolier (lire l'encadré). Loin d'être une désertion du marché domestique, le développement à l'international permet bien souvent aux sociétés du CAC 40 de prendre de l'envergure… y compris en France. Pour preuve, leurs effectifs dans l'Hexagone (1,4 million de personnes l'an dernier) sont en nette croissance. Entre 2002 et 2012, ils ont augmenté de 15%. Sur la même période, les embauches des autres entreprises privées ont progressé de moins de 3% (voir ci-dessous).

Les sociétés du CAC 40 ont une gestion plus dynamique de leurs effectifs que l'ensemble des entreprises. Mais, au total, elles embauchent plus.

Profits réinvestis

Lacroissance des grandes sociétés françaises est, certes, bien plus rapide à l'international. Entre 2009 et 2011, leur chiffre d'affaires y a bondi de 18% selon Ernst & Young, contre 6% dans l'Hexagone. L'idée d'une déconnexion entre le CAC 40 et l'économie française est surtout alimentée par la part des profits réalisés hors de France : elle serait, selon les estimations, comprise entre 60% et 80%. Sauf que ces bénéfices ne sont pas totalement « perdus » pour notre pays. Ils sont pour partie rapatriés « des filiales implantées à l'étranger », indique la Banque de France, et peuvent ensuite contribuer à l'activité nationale s'ils sont réinvestis dans l'Hexagone ou redistribués à des actionnaires résidents. L'État se rémunère même sur le paiement de dividendes versés à des investisseurs étrangers. À ce titre, le groupe Total a par exemple déboursé 350 millions d'euros d'impôts l'an dernier.

Pas assez internationaux ?

Si le centre opérationnel du CAC 40, à travers ses activités et ses salariés, occupe encore une place significative dans l'économie de notre pays, sa tête juridique et dirigeante y est encore mieux implantée. Sur les 40 sociétés de l'indice, 35 ont leur siège social en France. Leurs conseils d'administration (ou de surveillance) sont composés en moyenne à 70% de Français. C'est même un véritable handicap aux yeux de certains investisseurs internationaux, qui préféreraient voir les sociétés du CAC 40 adopter une gouvernance moins… franco-française.

Pour lire le classement des sociétés du CAC 40 selon le chiffre d'affaires réalisé en France, par ordre croissant, merci de cliquer sur le premier lien ci-dessous.
 
Pour prendre connaissance de l'enquête intégrale de Johan Corric et de la rédaction du Revenu, merci de cliquer sur le deuxième lien ci-dessous.

(Mis en ligne le 20 Décembre 2013)
Micro-éco
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