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Construction navale européenne : et si Fincantieri et Naval Group créaient un « Airbus » maritime ?

Référence de l'article : MIS7487
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écrit par Charles JULIEN,(12 Avril 2019)

 

Les Européens connaissent bien l’identité de leurs concurrents. Ils sont principalement chinois et russes. Mais aussi indiens, japonais, turcs… Année après année, ils arrivent toujours plus nombreux sur le marché de l’industrie navale, civile comme militaire. Face à ces nouveaux concurrents, les principales entreprises européennes réfléchissent à leur modèle de développement. Et constituer des alliances semble être une très bonne option, si ce n’est la seule…

LA CHINE FAIT LE FORCING

Face aux Européens en train de s’organiser, des géants grandissent et s’imposent un peu plus chaque année sur le marché de la construction navale de la défense. Il y a le concurrent historique, la Russie – à travers son histoire soviétique – mais surtout les nouveaux tigres du secteur, menés par la Chine et son appétit gargantuesque. « Si, il y a 30 ans, il n’y avait que des Européens sur le marché mondial, les conditions ont complètement changé aujourd’hui, constate Hervé Guillou, PDG de Naval Group, ex-DCNS. Nous avons maintenant des acteurs nouveaux – la Chine, la Russie, la Corée, Singapour, l’Ukraine, l’Australie, l’Inde ou encore la Turquie – qui changent complètement les conditions du marché, qui nous poussent à consolider nos positions en tant qu’Européens afin de maintenir nos parts de marché dans le monde ».
 
Selon l’Association de l’industrie navale nationale de Chine, la Chine est devenue en 2017 le nº1 mondial en termes de développement et de capacités navales, avec 45,5% des commandes enregistrées cette année-là. Selon Guo Dacheng, responsable de l’Association de l’industrie navale nationale de Chine, l’Empire du milieu a gagné des parts de marché grâce à des produits de haute valeur ajoutée et au fort degré de personnalisation proposée aux clients. Car non, les Chinois ne font pas dans le cheap.

EN EUROPE, LA RÉSISTANCE S’ORGANISE

Retour en Europe. Dans la famille du Vieux continent, je voudrais la France et l’Italie ! Ces deux pays sont les locomotives du secteur naval européen. À la fois chacun de son côté, mais aussi à travers des alliances déjà tissées. Le Français Naval Group sait y faire en navires de guerre et en sous-marins nucléaires, l’Italien Fincantieri est bien placé niveau frégates militaires, mais aussi en bateaux de croisière civils.
 
Complémentaires en termes de catalogue, les deux entreprises et les deux pays sont déjà des histoires communes : les frégates de Classe Horizon mais aussi les FREgates Multi-Missions (FREMM). Fincantieri et Naval Group se croisent aussi sur le dossier des chantiers navals de Saint-Nazaire, dont Naval Group détient toujours 11,7%, et dont l’achat par Fincantieri n’est pas finalisé.

En octobre dernier, les deux entreprises – Naval Group et Fincantieri – ont finalement annoncé la première étape d’un nouveau partenariat, à travers la création d’une entreprise commune. « Je reprends les mots de Florence Parly, la ministre française des Armées : l’avenir de l’Europe se joue en mer, lance Giuseppe Bono, PDG de Fincantieri. L’alliance que nous proposons est destinée à envoyer un signal fort à l’EuropeSi deux industries comme les nôtres ont entamé un tel rapprochement, il faut que les politiques nous suivent, car un tel rapprochement constitue de grandes opportunités de croissance, surtout si l’Europe se dote d’une politique de défense commune. » Le décor – européen – est planté.

CONSIDÉRATIONS FRANCO-EUROPÉENNES

Et les destins de l’Europe et de la France sont liés. En matière de défense comme dans d’autres domaines. Le désir de pérennité affiché par l’alliance Naval Group / Fincantieri – au-delà des ambitions continentales de l’Italie et de la France – rassure aussi les partenaires des deux pays : l’emploi sera préservé.

À Lorient par exemple, l’industrie navale fait vivre une grande partie de la population active. La nouvelle de l’alliance franco-italienne a donc été accueillie avec le sourire, les 2000 emplois seront préservés. Laurent Moser, directeur du site lorientais de Naval Group, voit là la meilleure façon de se protéger en tant qu’Européens : « La concurrence internationale est brutale et très agressive, constate l’entrepreneur. Sur le dernier marché brésilien, on dénombrait 21 concurrents ! L’enjeu de cette nouvelle alliance franco-italienne est aussi d’arrêter de se livrer une guerre commerciale entre Européens. C’est l’ambition de cette joint-venture qui sera contrôlée à parts égales par les deux chantiers navals. C’est une bonne nouvelle pour Lorient ».
 
À cela s’ajoute le soutien des deux États pour regrouper des programmes à venir comme la refonte des frégates Horizon ou les futures frégates légères, mais aussi une volonté de soutenir de façon bilatérale ou avec l’UE de nouvelles propositions de R&D. C’est aussi de ce soutien que vient la meilleure assurance pour préserver les emplois.

Hervé Guillou, le PDG de Naval Group, observe le marché depuis trois décennies. Selon lui, « le marché export s’est modifié avec l’arrivée d’États-puissances et de leurs groupes géants tels que le Chinois CSSCC ou le Russe OSK, qui pèsent entre 8 et 10 milliards de chiffre d’affaires. Ces groupes bousculent la hiérarchie mondiale ».
 
Pour contrer cette expansion, les entreprises européennes misent elles aussi sur l’international. Naval Group affiche ses ambitions : 50% de son chiffre d’affaires devront être réalisés à l’international d’ici dix ans. L’entreprise française surfe sur les ventes de frégates Gowind à l’Egypte, des sous-marins Scorpène au Brésil, en Inde, en Australie… C’est bien connu : la meilleure défense, c’est encore l’attaque.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :
https://www.contrepoints.org/2019/04/12/341448-construction-navale-de-la-defense-leurope-sur-la-defensive 
 
(Mis en ligne le12 Avril  2019)