Se connecterS'abonner en ligne

Les entreprises dans la tourmente des baisses de prix

Référence de l'article : MG4054
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et de la prévision,XERFI

La déflation ce n’est pas simplement une baisse ponctuelle des prix confinée à une poignée de produits ou de services. En économie, la déflation : c’est une baisse durable et généralisée des prix alimentée par des anticipations auto-réalisatrices. C’est donc une inflation négative. C’est bien pourquoi, la majorité des analyses ne concluent pas encore sur une situation déflationniste en France,

car les prix à la consommation progressent encore même si c’est au ralenti (+0,3% en septembre dernier). Ils ne baissent pas. Mais il faut affiner le diagnostic et se concentrer sur l’indice sous-jacent car c’est lui qui donne la tendance de fond. Or cet indice est tombé à zéro, soit le niveau le plus bas de la série calculée à partir de 1990. Si ce n’est pas encore de la déflation cela commence à y ressemble de plus en plus. Mais il faut aller plus loin et se plonger dans la réalité des entreprises.

Dans l’industrie, par exemple, même en ôtant le secteur de l’énergie car trop accroché aux cours du pétrole, même en ôtant, la filière agro-alimentaire car trop dépendante de la volatilité des prix agricoles, les prix reculent depuis près d’un an et demi. De quoi attribuer à la baisse un caractère durable. Le mouvement est ample ce qui lui donne une dimension générale. Reste les anticipations. Pour ce faire, l’INSEE interroge tous les mois les industriels et parmi les questions posées figure celle sur la perspective de l’évolution de leurs prix :

le solde d’opinion correspondant campe sous sa moyenne de long terme et indique bien qu’aucun changement de trajectoire n’est à attendre à court terme. La situation déflationniste est donc très clairement établie dans l’industrie. Dans le commerce, plus particulièrement dans la grande distribution le diagnostic est le même :

les prix des produits de grande consommation baissent depuis 1 an maintenant. Le recul atteint 0,8%, soit la baisse la plus élevée depuis 2006, début du calcul de la série. Quant aux anticipations elles sont très noires :

non seulement les prix sont écrasés, mais de plus en plus de commerçants anticipent de nouvelles baisses. Avec l’industrie, le commerce est bel et bien lui aussi piégé. Les services ne sont plus épargnés dès lors que le champ analysé se resserre autour des seuls services aux entreprises :

les tarifs sont là aussi en baisse depuis plus d’un an, signe que les devis sont de plus en plus âprement disputés, que les appels d’offres se généralisent. Et là comme, pour l’industrie, comme pour le commerce,

les chefs d’entreprise des services n’anticipent aucune amélioration dans les mois avenir. Bien au contraire, ils sont toujours aussi nombreux à prévoir des prix sous pression. Mais finalement, cela fait plus de deux ans, qu’enquêtes après enquêtes, tous, ou quasiment, témoignent de cette pression. Industrie, commerce, services BtoB… reste un autre gros morceau le bâtiment :

inutile rappeler toute la chronique d’une lente descente aux enfers, cela va faire 5 ans que les entrepreneurs sont pris à la gorge et qu’ils anticipent de futurs tours de vis sur leurs prix. Alors non, la France n’est toujours pas officiellement en déflation. En revanche, les entreprises françaises oui.

Nota : cet article est également disponible en version video :
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Les-entreprises-dans-la-tourmente-des-baisses-de-prix_1968.html

(Mis en ligne le 31 octobre 2014)
Articles similaires
Avantages et inconvénients des différentes formes...Les MOOC font-ils vraiment pschitt ? Ou est-ce...Innovations de rupture : ne vous laissez pas...Stratégie d'entreprise: les enseignements du...Performance = Monde x ( QE + CX+ IA)Uber : un business model simplet, qui mènera..."Moyennator" : Le Monde fait son beurre...Pourquoi apprendre à expliquer son travail de...La productivité est-elle vouée à la...Savoir pour agir, ou bien agir pour savoir : le...M&A : évolution mondiale à fin 2016, et française...Dans certains cas, le protectionnisme...Le mirage de l’intégration verticaleOffres publiques (OPA, OPE, etc) : les...Le vrai stratège est avant tout... un politiqueComment éviter le piège du benchmarking classique...Comment améliorer le suivi du respect intégral...Sauriez-vous résister, vous, au jeu stratégique...Comprendre les gains de productivité :...Certains indicateurs de performance peuvent...Etre intelligent et prendre des décisions...Enseignement supérieur : la France en-dessous de...Management : la solution se trouve parfois dans...Le numérique va-t-il vraiment détruire 47% des...Les salariés passent un mois par an à surfer au...L'Italie et l’Espagne sont devenues...Attention aux fables stratégiques: le cas des...Comment Socrate et Xenophon ont inventé le...Cette 6ème force répudiée par Michael PorterL'efficacité dans l'incertitudeVous êtes gardien de but. Penalty. Vous plongez...La stratégie, est-ce creux, est-ce du bla-bla ?Comment être sûr de mener une entreprise dans le...Comment résumer une stratégie en 3 points?Comment faire bouger l'Ecole Polytechnique ?Payer plus cher ses salariés, c'est rentable...Programmes scolaires : le problème n’est pas...Une fausse bonne nouvelle pour les startups ?Comprendre l'analyse SWOTComment être compétitif dans les chaînes de...Suivi de la couverture du risque du prix des...Le big bang des écoles de commerce: la synthèseGrandes Ecoles : comment former au Management ?Le compte pénibilité: meilleur ennemi de la...Malaise dans le conseil et les services aux...Pourquoi les marges des entreprises continuent de...Faire du retard de l'entreprise un avantage...Détecter les véritables créateurs d'emplois...Peugeot, Alstom : la France a-t-elle trouvé la...Le rôle de l'entrepreneur est de créer de...L’innovation de ruptureRachat de groupes français : pourquoi ce...