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Pénurie de beurre, ou pénurie d’un prix réajusté du beurre?

Référence de l'article : MPB6417
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écrit par Henri SAINT-AMAND,Consultant,(29 Octobre 2017)


Ainsi donc, certaines grandes surfaces seraient en pénurie de beurre. Ce serait la faute aux Chinois qui ont tout acheté ! Ce serait aussi la faute aux industriels, à de mauvaises récoltes et à une mauvaise politique de stockage. Et tout ça, on le savait depuis longtemps parce que les « experts » nous avaient alertés, mais personne n’a bougé.

Voilà quelques-unes des informations que tout un chacun a pu entendre ou lire ces derniers jours. Alors, info ou intox ? Un peu des deux, serait-on tenté de répondre, tant la situation est plus compliquée qu’il n’y paraît.

Oui, certains étals de grandes surfaces sont vides de plaquettes de beurre doux et demi-sel. Mais c’est plus un défaut d’approvisionnement qu’une pénurie de matière première car, dans le même temps, les rayons de lait ont été remplis et aucune pénurie de lait n’a été constatée. D’ailleurs, avec quoi fait-on du beurre ? En fait, dès que la rumeur sur le manque de beurre s’est propagée, les Français se sont rués sur les étals, surprenant les distributeurs, les industriels et les producteurs.

On veut aussi nous faire croire que les Chinois ont « piqué » tout le beurre destiné aux Européens, en particulier aux Français, premiers consommateurs de beurre (8 kg/an) devant l’Allemagne (6,2 kg) et les Tchèques (5 kg). Il est vrai que le marché asiatique a augmenté sa consommation car l’empire du Milieu s’est pris de passion pour nos viennoiseries. De même, les États-Uniens ont redécouvert les vertus du beurre, riche en vitamine A et en antioxydants. Les exportations de matière première s’en sont trouvées accrues et la production peine, aujourd’hui, à satisfaire la demande. Mais pas au point de désorganiser la production.

Bras de fer, rendu public, entre producteurs, transformateurs et distributeurs…

C’est pourquoi certains agriculteurs dénoncent aujourd’hui l’intox de la pénurie de beurre. Il n’y a pas péril en la demeure. Le 26 octobre, dans l’Ille-et-Vilaine et dans la Sarthe, les paysans ont distribué aux clients des supermarchés des tracts « Intox, la pénurie de beurre n’existe pas » dans lesquels est écrit, entre autres choses : « Si ce rayon est vide, c’est que ce magasin ne veut pas payer le beurre à son juste prix ». Ce qui est en partie vrai.

En effet, l’année 2017 est une année difficile pour l’agriculture française et mondiale, en raison de conditions climatiques capricieuses. La production de céréales fourragères, notamment à destination du bétail laitier, s’en est trouvée réduite, entraînant une baisse de la production laitière. En France, on enregistre une baisse de 3 % de la production de beurre, car il y eut 700.000 tonnes de litres de lait collectés en moins, selon FranceAgriMer. Le prix du lait aurait dû grimper à la production.

Or, il n’en a rien été. En tout cas, les agriculteurs n’ont pas touché un centime de plus : le litre de lait se négocie toujours autour de 30 centimes et il arrive même que certaines coopératives agricoles, à la tête desquelles sont des agriculteurs, emploient des méthodes dignes des industriels privés…

En fait, depuis la fin des quotas laitiers, rien ne tourne plus vraiment rond sur le marché français. Et le lait tourné, ce n’est jamais bon à avaler. Les producteurs le savent mieux que n’importe qui.

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Article reproduit en licence CC BY NC SA avec l'autorisation de l'éditeur :
http://www.bvoltaire.fr/penurie-de-beurre-savoir-demeler-vrai-faux/

Nota: le titre et l'intertitre sont de la rédaction
Remarque : il faut environ 22 litres de lait pour produire 1 kg de beurre. En effet, le beurre se fabrique avec la crême, et il n'y a que 4 à 5% de crême dans un litre de lait, qui devient ensuite du "lait écrémé" (donc bien moins cher) après l'extraction de sa crême.


Pour ceux de nos lecteurs qui souhaiteraient en savoir davantage, voici quelques tableaux sur la production, la consommation et les prix du beurre, non seulement sur la situation au 22 octobre 2017, mais même, pour ce qui est des prix, l’évolution des prix mondiaux depuis janvier 2006….. . Tous ces tableaux sont extraits d’une Note hebdomadaire disponible (en accès libre) sur le site de FranceAgriMer :




















L'ensemble de ces tableaux démontre amplement que l'on ne distingue à ce jour aucune pénurie, ni en production de lait, ni en production de beurre, et que en ce qui concerne les prix, cela fait au moins onze années qu'ils évoluent entre 2000 USD la tonne et 6000 USD la tonne, avec cependant une accélération des prix supérieure courant 2017, dont on ne sait à ce jour si elle persistera dans les mois qui viennent. Dans le cas de la France, il semblerait que la campagne médiatique sur la "pénurie" correspondrait plutôt à une période de négociations sur les prix du beurre 2018 qui sont fixés au début de chaque année par le biais de contrats annuels, contrairement à la majorité des pays (comme l'Allemagne par exemple) où les prix fluctuent en permanence.

Pour accéder au site de FranceAgriMer, cliquer sur le lien ci-dessous:

http://www.franceagrimer.fr/index.php/filiere-lait

Référence supplémentaire :
Pour en savoir davantage sur les conséquences ( sur la santé ) des 
différences entre lait entier, lait demi-écrémé, et lait écrémé, lire ou relire l'excellent article d'un biologiste docteur es sciences, publié récemment dans La Synthèse:

http://www.lasyntheseonline.fr/developpt_durable/sante/tout_ce_que_l_on_vous_cache_sur_le_lait_entier_ou_ecreme,31,5813.html

(Mis en ligne le 29 Octobre 2017, enrichi le 30 octobre matin et une référence supplémentaire ajoutée le 12 Novembre 2017)