Se connecterS'abonner en ligne

Pourquoi la baisse du pétrole fait pschittt pour la croissance

Référence de l'article : MP4828
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et des prévisions,XERFI (11 septembre 15)

Cela fait maintenant près de 18 mois que les cours du pétrole ont commencé à dégringoler et dans leur sillage celui des principales matières premières, et rien absolument rien

ne se passe au niveau de la croissance mondiale : le compteur reste bloqué autour de 2%, et aucun signe d’accélération n’est perceptible. Pourtant, un contre-choc sur les matières premières notamment un contre-choc pétrolier correspond à une réduction de la rente des pays exportateurs dont on sait qu’elle est mal recyclée. Pour faire simple, il s’agit d’une redistribution des revenus pétroliers, détenus par un petit nombre de personnes ayant un fort taux d’épargne, aux consommateurs des classes moyennes du monde entier, qui ont une forte propension à dépenser. C’est donc un stimulant de la croissance mondiale. Alors pourquoi fait-il pschitt cette fois-ci ? Evacuons tout de suite les fausses pistes.

Ce n’est pas une question d’ampleur, la baisse des cours du pétrole est désormais comparable à celle du milieu des années 80. Quant aux causes de la chute c’est comme en 1986, c’est d’abord du côté de l’offre qu’il faut aller chercher la réponse avec la révolution des pétroles et gaz de schiste. Alors pourquoi l’impact de ce contre choc est émoussé ? Je vois quatre éléments de réponse.

D’abord, parce une la baisse généralisée des matières premières déclenche un effet revenu négatif sur des pays producteurs dont le poids dans l’économie mondial s’est considérablement accru.

Ensuite, parce qu’une part plus importante des revenus issus de la baisse du prix du pétrole est épargnée et non pas consommée.  Les pays avancés ne sont pas les seuls à importer du pétrole. Il y aussi et de plus en plus de pays émergents. C’est normal. Leur croissance est plus forte mais également plus intense en énergie. Bilan, la consommation de pétrole s’est déplacée vers ces pays :

le Cinq formé par la Chine, l’Inde, le Brésil, la Turquie et l’Afrique du Sud représentait à peine plus de 6% de la demande mondiale de pétrole au début des années 80 ; aujourd’hui c’est plus de 20%. Mais c’est aussi 22% des importations mondiales de brut contre moins de 6% au milieu des années 80. Ce déplacement du centre de gravité n’est pas neutre car le taux d’épargne dans ces pays est traditionnellement plus élevé que dans les pays avancés. En d’autres termes, la propension à dépenser les revenus de la baisse du prix du pétrole est plus faible. Le contexte d’austérité en Europe joue dans le même sens car une partie de la cagnotte pétrolière part au désendettement. Troisième élément d’explication, le rôle des Etats-Unis.

Leurs choix radicaux en matière d’exploitation des pétroles et gaz de schiste ont en fait de nouveau un grand producteur. Une baisse du cours du brut est certes profitable aux consommateurs mais elle déprime l’activité de la filière pétrolière qui a été l’un des fers de la croissance ces dernières années. Quatrième élément d’explication, enfin, le contexte financier dans les pays avancés.

Au milieu des années 80, l’inflation est forte la chute des prix du pétrole entraine celle des prix, les banques centrales abaissent leurs taux directeurs et les taux nominaux diminuent. Un véritable appel d’air pour la croissance. Aujourd’hui l’inflation est à un plancher historique et les taux proche de zéro, ne peuvent baisser davantage.

Hausse du poids des pays producteur de matières premières dans le PIB mondial, baisse du prix du pétrole plus épargnée aujourd’hui qu’hier, retour des Etats-Unis comme grand producteur de brut, contexte financier défavorable expliquent pourquoi la baisse du prix du pétrole ne soutien plus la croissance mondiale. 

Cet article est également disponible sous format Video :
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Pourquoi-la-baisse-du-petrole-fait-pschitt-pour-la-croissance_2822.html   

 
(Mis en ligne le 11 Septembre 2015)            

Articles similaires
Les USA font tout pour que le prix du pétrole...Et si les taxes sur les importations de l'UE...Il s'échange 35 barils virtuels pour un...La facture pétrolière mondiale franchit sa...La fin du pétrole, ce n'est pas pour demain...An in depth analysis of the global Oil and Gas...Hors risques géopolitiques, la rechute du prix du...Qui est le nouveau Secrétaire d'Etat...Ne plus dépendre des hydrocarbures des Monarchies...L'Allemagne s'arrime de plus en plus au...Une hausse du prix du pétrole est-elle crédible...Nouveau président pour Petrobras, dont la dette...Pays pétroliers : une reconversion nécessairePetroChina: bénéfice net au plus bas depuis 16...L'ex-patron de Chesapeake décède au...L'Arabie confirme sa stratégie et son...Pourquoi les USA font délibérément chuter le prix...Chevron : première perte depuis 2002Ce que dit l’effondrement des cours du pétrole de...Quelques aspects très positifs de la baisse du...Pétrole : très peu d'acteurs sont viables...Pétrole: la baisse de la production américaine...Prix futur du baril : à la recherche du nombre...Pétrole: et si l'Arabie finissait par gagner...La production de pétrole américaine baisse, celle...Oil and gas Groups : a two-speed marketCours du baril : un problème d'offre ou de...Levée prochaine de l’embargo sur l’Iran… Faut-il...Pétrole : non, décidément, la pénurie n’est pas...Le prix du pétrole va rechuterLa demande de pétrole repartOPEP 5 juin : une réunion pour rien?Pétrole et Gaz : la guerre des prix n'est...L'Arabie Saoudite veut freiner la production...Baril au plus haut depuis Janvier: la stratégie...Huile et gaz de schiste : une révolution durable...OPA dans le secteur pétrolier : à qui le tour ?Le pétrole aurait-il perdu sa dimension...Baisse des forages aux USA, mais hausse en...Essence et gazole: l'Etat ne perd rien...Et si la demande de pétrole repartait?Baril de Brent à 60 $ : une position d’attenteLibye: 1,2 million de barils par jour en moins au...Russie : conséquences de la chute des prix des...Rebond du baril : les USA vont-ils remplacer...Arabie Saoudite: on ne change pas de chef en...Résultats 4ème T 2014 : Pétrolières intégrées,...Production pétrolière: on est loin du peak...Les yeux rivés sur les résultats des Majors...USA : rigs en baisse, la hausse de production...Le Baril WTI en dessous de 47 dollars: les...Importateurs de carburants: comment couvrir votre...