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Pays pétroliers : une reconversion nécessaire

Référence de l'article : MP5337
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écrit par Christopher DEMBIK,Economiste,SAXO Bank ( 6 Mai 2016)

Sans surprise, le sommet de Doha n’a pas débouché sur un accord permettant un gel de la production pétrolière. Le fait que l'Iran n'ait pas voulu se joindre à cette démarche a joué un rôle déterminant dans l'issue des négociations. On voyait mal comment un accord sans l'Iran aurait pu être signé. Cela aurait consisté pour l'Arabie Saoudite à donner un blanc-seing à Téhéran afin de regagner des parts de marché à son détriment. Clairement, un prix d’équilibre du baril de pétrole n’est pas pour aujourd’hui. Nous sommes entrés dans une ère durable du pétrole bas mais…prenons un peu de recul historique.

C’est très utile car on se rend compte rapidement que le prix du baril de pétrole n’est pas aussi bas que cela, en dépit de la lourde chute entamée en juin 2014. Le prix du baril est encore légèrement supérieur à sa moyenne de longue durée. En effet, de 1861 à nos jours, le prix réel moyen du baril se situe à 33,90 dollars. L’anomalie n’est donc en rien la période actuelle mais bien celle de 2011-2014 au cours de laquelle le prix du baril était au-dessus de 100 dollars. On aurait tort de croire que la rente pétrolière soit un fait constant depuis la première révolution industrielle.

Tous les pays membres de l’OPEP ne sont pas égaux face au prix bas du baril. Deux pays sont particulièrement en difficulté : le Venezuela et l’Algérie. Dans les deux cas, l’appareil productif n’a pas pu s’adapter à la chute des cours. Résultat : la production pétrolière mensuelle a chuté de 0,3% au Venezuela et de 6,7% en Algérie par rapport à juin 2014. Ces deux pays sont sur le fil du rasoir. Ils sont les plus susceptibles de recourir à des mesures économiques exceptionnelles à moyen terme (dévaluation monétaire, gel des prix, durcissement des règles concernant les transferts financiers internationaux) et à une aide internationale sur le plus long terme.

Aujourd’hui, l’urgence est double pour les pays producteurs. Premièrement, il faut un prix du baril qui puisse couvrir le prix de production, ce qui est actuellement le cas, y compris pour le Venezuela où il est parmi les plus élevés, à 23,50 dollars le baril. Deuxièmement, il faut un prix du baril qui puisse permettre à ces pays d’effectuer leur transition économique dans les moins mauvaises circonstances possibles. Le processus est déjà entamé. Les membres de l’OPEP ont intégré la nécessité de diversifier leurs sources de revenus, de vendre des actifs pour ceux qui le peuvent, ou de recourir à des prêts internationaux dans un contexte favorable de taux bas.

L’OPEP ne sera pas en mesure d’endiguer l’essor inexorable des deux menaces que constituent la production irakienne et le pétrole de schiste dont le coût d’exploitation chute rapidement grâce aux innovations technologiques. Les membres de l’OPEP ont conscience qu’ils ne peuvent que gagner du temps et qu’ils doivent le mettre à profit pour diversifier leur économie et, parfois, réformer leur système social inadapté à l’ère du pétrole bas.

 
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Cet article est également disponible sous format Video :
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Christopher-Dembik-Pays-petroliers-la-reconversion-forcee_3431.html

(Mis en ligne le 6 Mai 2016)
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