Se connecterS'abonner en ligne

Les Etats-Unis sont devenus les nouveaux "price makers" du pétrole, compliquant la tâche de la BCE

Référence de l'article : MP7488
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et de la prévision,XERFI (12 Avril 2019)

Les Etats-Unis, nouveaux rois de l’or noir grâce à leur pétrole de schiste ! C’est un séisme dont l’onde de choc est encore mal mesurée.



Deux choses fondamentales ont changé :
1/ Les Etats-Unis dominent le marché. Ils ont pris l’ascendant en inondant le marché mondial de leur pétrole de schiste. Mais pour éviter le risque d’une chute brutale des cours incompatible avec la rentabilité du secteur, l’offre américaine a chassé dans le même temps une partie de l’offre mondiale. C’est déjà chose faite avec le Venezuela, l’Iran, et finalement avec la mise en place de quotas de production par l’OPEP et la Russie. Résultat :



les Etats-Unis, c’est aujourd’hui avec 12 millions de barils/jour produits, soit plus de 13% de l’offre mondiale.



2/ C’est une vélocité de réponse de ses capacités, qui lui permet de contrôler l’offre marginale. Cette mainmise fait que là où le cycle conventionnel était de trois-quatre ans environ, il est ultra-raccourci dans le cas du pétrole de schiste (de l’ordre de trois ou quatre trimestres). Et de fait, les États-Unis sont devenus les price-makers du prix du pétrole et le grand maître des horloges. Ce nouvel état de fait entraîne trois conséquences majeures.



1.Cela bouleverse le cycle d’inflation, le temporisant et le raccourcissant. En redevenant un géant pétrolier, les Etats-Unis pilotent le marché autour d’un prix cible déterminé en fonction de leurs intérêts. Un prix bas du baril n'est plus totalement dans l'intérêt de l'économie américaine compte tenu des effets d'entrainement du secteur pétrolier sur celui de l'énergie, ses retombées sur l'investissement, l'emploi.

A l’inverse, un prix trop élevé menace de gripper sa demande intérieure. Les prix du pétrole oscillent dès lors à l’intérieur d’un couloir décidé par les États-Unis, dont les embardées sont moins violentes que par le passé. Mais dans un contexte où les pressions déflationnistes sont encore extrêmement virulentes,



où l’inflation sous-jacente est très faible comme dans la zone euro, où elle reste bloquée autour de 1% depuis des années, ce sont les oscillations, même contenues, du prix de l’énergie qui font la variabilité de l’inflation. La hausse des cours du pétrole entraine ainsi quasi-instantanément une hausse de l’inflation et mord sur le pouvoir d’achat de l’ensemble des pays européens. Ceci freine la consommation et la croissance. A l’inverse une chute des cours redonne immédiatement du pouvoir d’achat et donne un coup de fouet à la croissance.



Cela complique donc sérieusement la tâche de la BCE. Les cycles de l’inflation sont à la fois moins amples mais surtout moins longs, alors que les délais de réaction à la politique monétaire demeurent au minimum d’un an.

2. Compte tenu de la plus grande réactivité de l’industrie pétrolière américaine, les périodes de croissance de plus forte et de plus faible inflation et les périodes de croissance faible et forte inflation s’enchainent de plus en plus rapidement. Et il y a régulièrement conflit d’objectifs pour les Banques centrales, entre croissance et inflation, et l’on comprend mieux pourquoi la BCE ne cesse de remettre aux calendes grecques la hausse de ses taux.



3. Finalement, la domination américaine a pour troisième conséquence un plus grand décalage des cycles des deux côtés de l’Atlantique : le tempo de la croissance américaine tend à se régler sur celui du secteur énergétique. Mais la prospérité énergétique américaine pénalise la croissance européenne.



Par exemple, la hausse du prix du pétrole de l’été 2017 à l’automne 2018 a fait plier la croissance en Europe, alors qu’elle a dopé celle des Etats-Unis.

Bref, les Etats-Unis dominaient déjà le monde de la planète finance avec le dollar. Il domine désormais le monde de l’or noir avec leur pétrole de schiste et consolide les bases de l’America first.

_____________________________________________________________________________
Cet article est également disponible sous format Vidéo :
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Les-Etats-Unis-leaders-du-petrole-les-consequences_3747123.html
 
(Mis en ligne le 12 Avril 2019)            
 

Articles similaires
Les réserves mondiales de pétrole : un pic sans...Les USA font tout pour que le prix du pétrole...Et si les taxes sur les importations de l'UE...Il s'échange 35 barils virtuels pour un...La facture pétrolière mondiale franchit sa...La fin du pétrole, ce n'est pas pour demain...An in depth analysis of the global Oil and Gas...Hors risques géopolitiques, la rechute du prix du...Qui est le nouveau Secrétaire d'Etat...Ne plus dépendre des hydrocarbures des Monarchies...L'Allemagne s'arrime de plus en plus au...Une hausse du prix du pétrole est-elle crédible...Nouveau président pour Petrobras, dont la dette...Pays pétroliers : une reconversion nécessairePetroChina: bénéfice net au plus bas depuis 16...L'ex-patron de Chesapeake décède au...L'Arabie confirme sa stratégie et son...Pourquoi les USA font délibérément chuter le prix...Chevron : première perte depuis 2002Ce que dit l’effondrement des cours du pétrole de...Quelques aspects très positifs de la baisse du...Pétrole : très peu d'acteurs sont viables...Pétrole: la baisse de la production américaine...Prix futur du baril : à la recherche du nombre...Pétrole: et si l'Arabie finissait par gagner...La production de pétrole américaine baisse, celle...Pourquoi la baisse du pétrole fait pschittt pour...Oil and gas Groups : a two-speed marketCours du baril : un problème d'offre ou de...Levée prochaine de l’embargo sur l’Iran… Faut-il...Pétrole : non, décidément, la pénurie n’est pas...Le prix du pétrole va rechuterLa demande de pétrole repartOPEP 5 juin : une réunion pour rien?Pétrole et Gaz : la guerre des prix n'est...L'Arabie Saoudite veut freiner la production...Baril au plus haut depuis Janvier: la stratégie...Huile et gaz de schiste : une révolution durable...OPA dans le secteur pétrolier : à qui le tour ?Le pétrole aurait-il perdu sa dimension...Baisse des forages aux USA, mais hausse en...Essence et gazole: l'Etat ne perd rien...Et si la demande de pétrole repartait?Baril de Brent à 60 $ : une position d’attenteLibye: 1,2 million de barils par jour en moins au...Russie : conséquences de la chute des prix des...Rebond du baril : les USA vont-ils remplacer...Arabie Saoudite: on ne change pas de chef en...Résultats 4ème T 2014 : Pétrolières intégrées,...Production pétrolière: on est loin du peak...Les yeux rivés sur les résultats des Majors...USA : rigs en baisse, la hausse de production...