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La production de pétrole américaine baisse, celle de l'OPEP croît...

Référence de l'article : MP4848
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écrit par Aymeric de VILLARET,(18 Septembre 2015)

Que d’évolutions depuis notre dernière note de la mi-juillet ! Alors que les estimations de la demande de pétrole étaient revues à la hausse, le baril a rechuté fin août pour atteindre les plus bas niveaux depuis janvier 2009…  Que s’est-il passé ? A quoi pouvons-nous nous attendre ?

Faire des prévisions sur les cours du baril a toujours été un exercice périlleux. Il y a (et il y aura) toujours des éléments plaidant pour une hausse et d’autres pour une baisse : les fondamentaux, le sentiment de marché, sans oublier les flux financiers.

Cours du baril : où en est-on ? Le rebond semble n’avoir été qu’un feu de paille

Alors que la guerre des prix enclenchée par l’Arabie Saoudite semblait porter des fruits avec un remarquable rebond (+33%) du baril de janvier (le 13, Brent à 45,13$/b) à avril 2015 (66,69$, le 29), force est de constater que depuis le baril a reperdu, et même davantage, que son rebond :

Evolution des cours du Brent (en $/b) depuis janvier 2008 et depuis janvier 2015




Fin août (du 24 au 26), le baril de Brent a même approché la limite des 40$, passant sous la barre des  42$, ce qui n’était pas arrivé depuis janvier 2009, lors de la précédente chute du baril.

La guerre des prix continue

Production OPEP aux plus hauts
En effet, l’OPEP, malgré la nouvelle chute des cours du brut, persiste dans sa volonté de maintenir ses parts de marché, et les dernières données de l’AIE et de l’OPEP montrent clairement, surtout de la part de l’Arabie Saoudite, une production aux plus hauts :


Source : rapport OPEP septembre 2015

Ainsi l’Arabie Saoudite en août 2015 a produit 10,36 Mb/j, un niveau que le royaume n’avait pas atteint depuis plus de 7 ans.

Et comme le montre le tableau ci-dessous, la part de marché de l’OPEP progresse, car (nous le verrons plus loin dans ce rapport) la production américaine commence à reculer :


Source : rapport OPEP septembre 2015

En effet, selon le rapport de l’OPEP, l’offre globale de pétrole mondiale en août aurait baissé de 0,53 Mb/j à 94,62 Mb/j par rapport à Juillet, alors que la production OPEP a augmenté.

Après leur forte chute, vers une stabilité des forages aux Etats-Unis ?

Depuis ce début d’année, les investisseurs, tant industriels que financiers, ont eu les yeux fixés sur l’évolution des forages aux Etats-Unis, puisque ces derniers réagissent extrêmement rapidement à celle des cours du baril et sont censés être un signe avancé de la production future de l’huile de schiste américaine.
On l’a bien vu d’ailleurs avec la chute du nombre de rigs de gaz en 2008-2009 et de ceux du pétrole à partir du moment du déclenchement de la guerre des prix de la part de l’Arabie Saoudite.

Evolution du nombre de rigs de forage aux Etats-Unis de 1987 au 11/09 et depuis octobre 2015 juste de ceux de pétrole


Source : Baker Hughes

Le graphe ci-après montre bien que la baisse du nombre de rigs s’est arrêtée mi-juin avant une petite progression et de nouveau un déclin :

Evolution du nombre de rigs de forage aux Etats-Unis depuis le 24/04/2015



Cela incite à penser qu’aux niveaux de baril actuels, seuls des puits « profitables » sont mis en forage et que la formidable hausse de production américaine ne sera plus celle qu’elle avait été ces dernières années.

Production américaine en recul …

Evolution de la production de pétrole américaine depuis 2010 jusqu’au 4 septembre 2015 et variation annuelle (en kb/j)


Source : EIA


La baisse des forages aux Etats-Unis entraîne depuis le milieu de l’été une baisse de la production américaine.
Ainsi la résistance à la chute du baril est certaine avec certes une baisse dans la croissance moyenne annuelle, mais une croissance restant non négligeable.
 

 
Poursuite des révisions à la hausse de la demande pour 2015 – interrogations pour 2016

Comme nous l’avons déjà souligné à plusieurs reprises, la corrélation à la baisse entre les révisions de la demande et l’évolution du prix du baril a été très forte.
En revanche, à la hausse, il semble y avoir beaucoup de retard, et la baisse en moyenne des cours du Brent sur les mois de juin et juillet, creuse ce retard.
Evolution de juillet 2014 à juillet 2015 pour 2015 de la hausse de la demande mondiale de pétrole (Mb/j) et du Brent ($/b)


Source : rapports mensuels de l’AIE (Agence Internationale de l’Energie)

L’OPEP, dans son bulletin daté de la mi-septembre, confirme ces révisions à la hausse en août pour 2015 alors que le cours du Brent aura été de 46,5 $/b (10 $ de moins qu’en juillet !).





Quid de la Chine ? Plus pour 2016 que pour 2015…

Il est vrai aussi que de nombreux observateurs s’interrogent sur le ralentissement de la croissance chinoise impactant toutes les matières premières.
Mais si la croissance de la demande chinoise ralentit, cette croissance est toujours là et la Chine ne représente que 11,6 % de la demande mondiale, alors qu’en même temps les Etats-Unis en représentent 20,6%.
Il n’en demeure pas moins vrai que du coup pour 2016, l’OPEP a, dans son bulletin de septembre, révisé la croissance de la Chine à 0,30 Mb/j (elle est estimée à 0,37 Mb/j pour 2015). C’est ainsi que si la demande mondiale 2015 a été revue (toujours dans le bulletin de l’OPEP) à la hausse de 84 kb/j, celle de 2016 a été révisée à la baisse de 50 kb/j, du fait d’un « momentum » économique moins fort en Amérique Latine et en Chine.

Conclusion

Le baril de pétrole est revenu à ses plus bas : cela est vrai également pour de nombreuses matières premières. Les craintes de moindre croissance sur la Chine ne sont pas là pour améliorer le sentiment morose quant aux perspectives de retour à la hausse des prix.

Cependant, nous notons que :

1)      La demande mondiale de pétrole est forte, alors que celle-ci est dopée par la chute des prix de ce même pétrole

2)      Que la production américaine se met à baisser alors que celle de l’OPEP croît augmentant la part de marché de l’organisation.
Bataille éternelle entre offre et demande…

Et si les prix continuent à rester aussi bas, entraînant comme cela est le cas depuis le début de l’année une baisse des investissements, alors il est difficile de ne pas craindre un manque de production le jour où les interrogations sur la demande auront disparu…

(Achevé de rédiger le 16 septembre 2015)

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