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Venezuela : tourisme cambiaire

Référence de l'article : MPV3274
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écrit par Jacques de CORINTE,

Le différentiel entre les trois taux de change observés au Venezuela est devenu considérable et, à ce titre, génère des comportements très rentables pour certains.

En effet, dans le cadre du contrôle des changes en vigueur depuis près de 11 ans, il existe :

  • un taux officiel fixe : 6,30 Bolivars/US Dollar pour les devises octroyées par CADIVI (organisme qui gère le contrôle des changes) à certaines catégories d’importateurs et aux voyageurs;
  • Il existe un autre taux légal qui est celui qui résulte des ventes aux enchères de devises que la banque centrale (BCV) organise chaque semaine dans le cadre du SICAD (Système Complémentaire d’Administration des Devises): environ 100 millions de dollars sont proposés aux entreprises et aux particuliers. Curieusement, les mieux offrants et les moins offrants sont écartés des adjudications. En fait, le BCV choisit un taux moyen qui s’applique aux adjudicataires, quelles que soient les enchères enregistrées : le dernier taux observé (et non indiqué officiellement) est proche de 11,30 Bs/USD ;
  • Il est un 3e taux de change mais illégal, celui du marché noir, que les médias n’ont pas le droit de révéler : il y a 15 mois, ce taux équivalait à 2 fois le taux officiel de l’époque et, depuis, il n’a cessé de dériver pour atteindre le niveau exceptionnel de 10 fois le taux officiel ! C’est un marché marginal avec une offre très limitée par rapport à la demande, d’où cette dérive constante.

Ce différentiel a donné naissance à un « tourisme cambiaire » insolite : tous les billets sur tous les vols aériens vers toutes les destinations internationales disponibles sont réservés pour les prochains mois !

Pourquoi ce soudain engouement de la population pour le voyage hors des frontières ? Parce que c’est un moyen rapide et facile de gagner, sans risque et sans effort, l’équivalent d’environ 35 salaires mensuels minimums.

En effet, dans le cadre du contrôle des changes, chaque voyageur a droit à 3000 USD par an pour ses dépenses à l’étranger par carte de crédit et 500 USD en liquide. Ces 3500 USD lui sont vendus par CADIVI au taux officiel : ils lui coûtent donc 22.050 Bs. Un billet d’avion coûte, selon la destination entre 15.000 Bs et 40.000 Bs. Par conséquent, un voyage requiert pour chaque voyageur un « investissement » compris entre 37.000 et 62.000 Bs.

Dans certains pays, des commerçants se sont organisés pour recevoir les « touristes » vénézuéliens : nombreux sont ceux qui utilisent leur carte de crédit, sans rien acheter ou presque, pour se faire remettre en liquide les dollars moyennant une commission de 15% ou 20% perçue par le commerçant.

Comme le « touriste cambiaire » vénézuélien ne reste pas plus de quelques jours dans le pays visité, ses frais de séjours sont insignifiants. Il revient donc au Venezuela avec 2500 USD environ en liquide. Sur le marché parallèle, ces 2500 USD valent environ 150.000 Bs.

Le voyage permet ainsi de dégager un bénéfice de 88.000 Bs à 113.000 Bs, autrement dit de 30 à 37 salaires minimums, équivalents au salaire annuel d’un cadre moyen. Comment ne pas être tenté par un tel profit, facile et rapide ?!

En attendant, les compagnies aériennes internationales sont débordées …

Mais comme CADIVI leur doit plus de 2,6 milliards de dollars au titre des billets vendus en Bolivars au cours de 2013, certaines d’entre elles viennent de décider de ne plus vendre de billets jusqu’à nouvel ordre…

(Mis en ligne le 31 Janvier 2014)
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