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Venezuela : rien compris, rien appris !

Référence de l'article : MPV3558
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écrit par Jean-Yves NAUDET,


Ce qui se passe au Venezuela, où l’économie est en pleine dérive, s’est déjà produit chaque fois que le socialisme marxiste a été mis en œuvre. Partout, la nationalisation des entreprises, la planification, le contrôle des prix, puis la prise en mains de toute l’économie par l’État, ont conduit à l’échec économique.

L’expérience désastreuse des pays communistes ayant servi d’exemple, on croyait en avoir fini avec ces régimes. Hélas tout prouve qu’au Venezuela, mais aussi dans d’autres pays, les dirigeants n’ont rien compris, ni rien appris de l’histoire du XX° siècle.

« L’erreur du socialisme est de caractère anthropologique »

La première leçon de l’histoire, c’est que l’échec du socialisme n’est ni technique ni économique. Plusieurs théoriciens de la planification ont essayé de démontrer que les échecs successifs étaient contingents. Tantôt ils ont incriminé des erreurs de calcul, tantôt des conjonctures exceptionnelles. Quelques courageux ont même évoqué la dictature des « méchants » comme Staline, Pol Pot ou Ceausescu. Ils en ont inféré que dans des conditions « optimales », celles d’un « socialisme à visage humain » par exemple, le succès serait acquis, la justice sociale et la croissance économique seraient assurées.

En fait, ces naïfs ou ces cyniques n’ont pas su ou pas voulu parler de la seule et unique cause des échecs : comme disait Jean-Paul II, « l’erreur fondamentale du socialisme est de caractère anthropologique » (Centesimus annus § 13). Ainsi, l’inefficacité du système économique socialiste n’est-elle qu’« une conséquence de la violation des droits humains à l’initiative, à la propriété et à la liberté dans le domaine économique » (CA §24).

L’erreur anthropologique, maintes fois renouvelée au XXème siècle, a toujours débouché sur un cataclysme économique mais aussi sur les pires totalitarismes. Voilà qui n’a pas dissuadé le Venezuela de s’engager dans la « révolution bolivarienne » avec Hugo Chavez et son successeur Nicolas Maduro. Les premiers fruits du socialisme « revitalisé » sont déjà bien mûrs et le président de la Banque centrale vénézuélienne, Nelson Merentes, aux ordres du pouvoir politique, vient d’admettre que le pays traversait « une crise économique ».

La crise : inflation, contrôle des prix et pénuries

Une des manifestations de la « crise » concerne l’explosion des prix. Selon l’indice officiel des prix à la consommation, la hausse des prix a été de 57,3% entre février 2013 et février 2014, alors que dans les pays occidentaux l’inflation est quasi-nulle et que, dans les pays émergents, elle se situe entre 5 et 10%. Bien entendu, pour faire face à l’inflation, les prix ont été contrôlés ou bloqués. Mais une nouvelle fois la preuve a été faite que le contrôle des prix n’empêche pas les prix de monter, et encore plus vite. C’est à la fois la concurrence (via la liberté des prix) et une politique monétaire raisonnable qui empêchent l’inflation et non le contrôle des prix, surtout quand il s’accompagne d’une politique monétaire laxiste. Or la masse monétaire a progressé de 74% en un an au Venezuela !

Le contrôle des prix provoque des effets pervers. Bloquer les prix, c’est faire disparaître l’offre, découragée par le prix artificiel, tout en encourageant la demande : le résultat le plus tangible du contrôle, c’est la pénurie qui l’accompagne fatalement. Le gouverneur de la banque centrale a reconnu l’existence simultanée de pénuries et d’inflation. Les journalistes présents au Venezuela mesurent chaque jour cette réalité : les produits de base, comme les œufs, l’huile ou la farine de maïs, le papier toilette ou les poulets manquent. Ils constatent que les habitants du pays font en moyenne six à dix heures de queues par semaine. L’histoire du contrôle des prix, de l’Edit de Dioclétien à l’ordonnance du 30 juin 1945 en passant par la loi sur le maximum sous Robespierre montre que c’est le plus sûr moyen de faire disparaître les produits des étalages en créant une pénurie artificielle. Un indice de pénurie au Venezuela montre que près du tiers des produits manquent en magasin ! Même les hôpitaux manquent de tout et les coupures d’électricité sont fréquentes.

Les nationalisations se multiplient

Si la responsabilité incombe au gouvernement, cela ne l’empêche pas d’accuser « les spéculateurs et les accapareurs » : pendant la révolution française ou encore en URSS ou en Chine communiste, on pouvait condamner à mort pour « crime économique » : conséquence logique de la politisation totale de l’économie. Car le blocage des prix n’est qu’un élément qui intervient après bien d’autres. La révolution bolivarienne a consisté avant tout à nationaliser beaucoup d’entreprises, à commencer par le secteur pétrolier : les réserves pétrolières sont énormes et le pétrole représente 30% du PIB et 85% des exportations. En dépit de cette richesse, le pays est pauvre et n’a pas su en tirer parti, nationalisation et corruption l’ont dilapidée. Même les devises manquent, un comble pour un pays de l’OPEP.

Les nationalisations ont concerné aussi les télécommunications et l’électricité, puis le ciment (au prétexte que les sociétés l’exportaient, « créant » la pénurie de logement !) ; le commerce de détail a été à son tour nationalisé, comme la chaîne Exito (Casino) en raison de l’accusation portée contre elle… de favoriser la hausse des prix. Résultat : les prix montent encore plus vite et la pénurie s’y ajoute. Beaucoup de sociétés étrangères sont nationalisées ou purement expropriées, aussi bien américaines qu’italiennes notamment.

Certes, la manne pétrolière permet de faire couler l’argent à flots, mais elle n’a pas supprimé les bidonvilles. La prise en charge de toute aide par l’État, y compris la distribution alimentaire, entraîne tous les maux de la bureaucratie et ce n’est pas la surveillance par les « comités révolutionnaires locaux » qui arrange les choses. On distribue de l’argent, mais on ne produit plus : demande sans offre !

La tyrannie politique

Au-delà de la crise, la nationalisation de l’économie entraîne la perte des libertés publiques, à commencer par la prise en main de l’information : les médias d’opposition ont peu à peu été réduits au silence.

Une nouvelle fois se révèle la justesse de l’analyse de Jean XXIII : « L’expérience enseigne que là où fait défaut l’initiative privée surgit la tyrannie politique ; bien plus, la stagnation économique s’étend à de nombreux secteurs. Viennent alors à manquer nombre de biens de consommation et de services… ». (Mater et magistra, § 57) (…) « L’expérience et l’histoire l’attestent : là où le pouvoir politique ne reconnaît pas aux particuliers la propriété des moyens de production, les libertés fondamentales sont ou violées ou supprimées. Il est donc évident qu’elles trouvent en ce droit garantie et stimulant » (MM § 109).

Pourquoi se référer ici avec insistance à ces encycliques papales ? C’est que le Venezuela de Chavez, puis Maduro, est un pays très catholique, mais ses dirigeants ont rejeté la Doctrine sociale de l’Église catholique, que les évêques n’ont pourtant pas manqué de rappeler, jusqu’à se trouver dans le collimateur du régime. Avec le socialisme réel, la persécution religieuse suit la perte des libertés économiques puis civiles.

À la corruption s‘ajoute enfin une criminalité galopante, tandis que les troubles se multiplient, faisant des dizaines de morts. La répression fonctionne à plein. Ce ne sont pas les mesurettes récentes qui règleront le problème, comme la mise en place « de cartes électroniques de rationnement » (qui font penser à la formule de Lénine : « le communisme, c’est les soviets plus l’électricité »). Le Venezuela est 174ème sur 177 dans les indices de liberté économique. Après lui, il y a le Zimbabwe, Cuba et la Corée du Nord : un vrai carré magique. Le mur de Berlin n’est pas tombé partout !

Article publié à l’origine sur le Site Contrepoints.fr et reproduit ici avec l’autorisation de l’éditeur : http://www.contrepoints.org/2014/04/17/163153-venezuela-rien-compris-rien-appris

(Mis en ligne le 18 Avril 2014)
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