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Ukraine : palladium et maïs constituent les principaux risques

Référence de l'article : MPU3543
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écrit par Frédéric LASSERRE,Président,BELACO CAPITAL
Jusqu’à présent, pour évaluer les risques économiques d’une aggravation de la crise ukrainienne, tous les observateurs ont surtout souligné l’importance de la Russie sur les marchés de l’énergie. Avec respectivement 13% et 14% des productions mondiales de pétrole et de gaz naturel, dans l’hypothèse d’embargos réciproques entre les pays occidentaux et la Russie, l’impact sur les cours serait d’évidence significatif. Toutefois, la probabilité d’un tel scénario peut être relativisée pour au moins deux raisons. D’abord sur le pétrole, parce que les Etats-Unis et l’Opep disposent de capacités de production pouvant permettre de compenser les exportations russes à destination de l’Occident. Sur le gaz ensuite, parce que là aussi il serait possible d’importer du Gaz Naturel Liquéfié si, comme en 2009, la Russie venait à interrompre ses exportations. Enfin, dans les deux cas, l’importance des revenus d’exportations d’énergie pour la Russie est telle qu’on se demande laquelle des deux parties serait finalement la plus sanctionnée.


Faut-il en déduire qu’il n’existe aucun risque d’embargo et d’impact possible sur les cours des matières premières ? D’évidence non. D’abord parce que, même sans annonce, la simple éventualité se traduit par une prime de risque déjà intégrée dans les cours. Ensuite, parce que la Russie est aussi un grand producteur de métaux industriels et précieux. Dans la longue liste (cuivre, aluminium, nickel, or, platine, palladium), s’il nous fallait choisir celui qui serait à la fois le plus dommageable pour les pays occidentaux et le moins couteux en termes de recettes d’exportations pour la Russie, nous choisirions sans hésiter le palladium. Petit métal précieux indispensable à la fabrication des pots catalytiques automobiles, et surtout peu disponible en dehors de la Russie. Le seul autre producteur majeur est l’Afrique du Sud mais qui, hasard malheureux, connaît une situation de grève interminable dans ses mines au point que ses producteurs vont sans doute devoir eux-mêmes acheter du palladium sur le marché pour honorer leurs contrats.

Mais pour nous, l’impact de la crise ukrainienne n’est pas forcément à chercher uniquement dans les risques d’embargos. En effet, l’Ukraine est elle-même un grand producteur de céréales puisqu’elle représente plus de 6% des exportations mondiales de blé et surtout plus de 16% de celles de maïs.Or, sans parler d’embargos, les agriculteurs ukrainiens ont déjà commencé à réduire leurs exportations de blé et surtout de maïs. Leur motivation est purement financière. Leurs stocks de céréales sont valorisés en dollars puisque destinés à l’export. Or, la Hryvnia ukrainienne a déjà perdu plus de 30% de sa valeur face au dollar. En n’exportant pas, les agriculteurs ukrainiens cherchent donc seulement à se protéger contre une dévaluation plus forte encore de leur monnaie nationale. La même logique que les agriculteurs argentins avaient appliquée lors de l’effondrement du peso en janvier dernier…


(Mis en ligne le 16 avril 2014)