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Ukraine: la partition, c'est le bon sens ET ce sera bon pour la sécurité européenne

Référence de l'article : MPU5105
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écrit par Jean-Baptiste de VARAX,(29 Janvier 2016)

Le maintien de l’intégrité territoriale de l’Ukraine n’est pas dans l’intérêt de l’Occident.

Un événement en chassant un autre, du moins dans l’instant médiatique, la crise ukrainienne est passée au second plan. Les occidentaux plaident toujours pour le maintien de l’intégrité territoriale de l’Ukraine et refusent obstinément de lever les sanctions prises à l’encontre de la Russie, tandis que les Russes consolident leurs positions dans le sud et l’est du pays. Mais la stratégie occidentale pèche sur au moins deux points : le maintien de l’intégrité territoriale de l’Ukraine n’est pas dans leur intérêt et surtout les empêche de saisir une opportunité unique de régler d’autres questions pendantes depuis la chute de l’URSS dépassant le cadre ukrainien.

Le maintien de l’intégrité territoriale de l’Ukraine n’est pas dans l’intérêt des Occidentaux

Les États-Unis et l’Union européenne font du maintien de l’intégrité territoriale de l’Ukraine leur objectif principal vraisemblablement dans l’espoir d’intégrer le pays dans son ensemble à la sphère occidentale.

Admettre la partition du pays reviendrait à étendre moins loin que prévu la « nouvelle frontière » de l’Union pour cette dernière, de l’OTAN pour les États-Unis. La superficie du pays, son ouverture sur la mer Noire, ainsi que la qualité de ses terres agricoles, font du « grenier à blé » de l’Europe orientale un enjeu de première importance. Néanmoins il n’est pas certain que le maintien de son intégrité présente un intérêt pour les Occidentaux. En effet deux zones d’influence y coexistent depuis plusieurs siècles.

Au nord-ouest, la Pologne, puis l’empire d’Autriche ont fait de l’Ukraine un prolongement de l’Europe centrale. La ville de Lviv, ancienne capitale de la Galicie autrichienne, est beaucoup plus proche, y compris dans son architecture, de Cracovie ou de Budapest qu’elle ne l’est de Moscou.

Le sud-est a été progressivement reconquis par la Russie, née à Kiev avec le baptême du Prince Vladimir, sur les Ottomans à la fin du XVIIIème siècle. La population, très majoritairement orthodoxe, parle le russe. Les villes d’Odessa et de Sébastopol, fondées par Catherine II, symbolisent cette Ukraine qui n’a jamais été qu’une partie de l’empire russe.

Cette différence entre le nord-ouest et le sud-est a été régulièrement soulignée lors des élections opposant « pro-occidentaux » majoritaires au nord-ouest et « pro-russes » majoritaires au sud-est. Le maintien de l’intégrité territoriale de l’Ukraine ne mettrait pas fin à ce dualisme générateur d’instabilité, préjudiciable au développement du pays. Ce maintien permet également à l’influence russe de s’étendre au-delà de sa sphère « naturelle » qu’est le sud-est du pays. Dans la perspective d’une adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, le maintien de l’intégrité du pays aurait un coût supérieur, in fine, à celui d’une partition. En effet, une région comme le sud-est du pays est plutôt moins développée que le nord-ouest. Il faudrait donc y effectuer des investissements très importants. Si le contribuable russe souhaite les financer, le contribuable européen ne devrait pas avoir à s’en plaindre. La partition permettrait donc de créer deux ensembles relativement homogènes ne gaspillant plus leurs forces dans la recherche de l’hégémonie. Une Ukraine ancrée en Europe centrale d’une part, et des provinces rattachées et mises en valeur par la Russie, à ses frais, d’autre part.

Une opportunité de régler des questions pendantes depuis la chute de l’URSS

L’Ukraine n’est pas le seul endroit où le règlement de la succession de l’URSS crée des difficultés. Aussi la crise ukrainienne aurait-elle pu être l’occasion d’un règlement plus vaste incluant notamment Kaliningrad et la Transnistrie.

Königsberg, capitale du duché de Prusse, fut annexée par l’URSS à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale devenant Kaliningrad. À la suite de l’effondrement de l’URSS Kaliningrad est devenue une enclave russe en Lituanie. Les leçons de l’Histoire montrent que les enclaves sont souvent des « casus belli ». Lorsque les États-Unis avaient envisagé de déployer un bouclier anti-missile en Europe centrale, la Russie envisageait une réplique depuis Kaliningrad, qui depuis 2004 constitue également une enclave dans l’Union européenne. Cette enclave est donc beaucoup plus menaçante pour l’Europe centrale qu’une avancée russe en Ukraine. Par conséquent la ratification par les Occidentaux de l’annexion du sud-est de l’Ukraine par la Russie en contrepartie du rattachement de Kaliningrad à la Lituanie ou à la Pologne avec le soutien financier de l’Union européenne constituerait une amélioration pour la sécurité collective de l’Europe.

Mais Kaliningrad n’est pas la seule enclave née de la chute de l’URSS. Entre la Moldavie et la Roumanie, la Transnistrie revendique toujours son rattachement à la Russie. Il s’agit d’une « zone grise » non reconnue par la communauté internationale. Une annexion par la Russie, couplée à celle du sud-est de l’Ukraine pour assurer une continuité territoriale, permettrait de faire disparaître un foyer de tension, d’autant plus dangereux que difficilement contrôlable.

Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :
http://www.contrepoints.org/2016/01/28/236809-la-crise-ukrainienne-une-opportunite-pour-la-securite-de-leurope
 
(Mis en ligne le 29 Janvier 2016)