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Le gaz de schiste ukrainien : un enjeu géopolitique mondial

Référence de l'article : MPU3658
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écrit par Aymeric de VILLARET,

L’Ukraine possède de vastes réserves de gaz de schiste dont une partie non négligeable à l’Est. Quelles conséquences si celles-ci étaient développées ? Et le pourront-elles ?
Oui, les hydrocarbures relèvent beaucoup de la géopolitique.

Depuis que la crise ukrainienne fait la une de l’actualité, on a beaucoup parlé dans la Presse des conséquences d’une interruption des livraisons de gaz russe à l’Europe (16% du gaz livré à l’Europe transite par l’Ukraine) et  des factures que l’Ukraine doit à la Russie avec sa dépendance forte au gaz russe.

Or, il s’avère que l’Ukraine est un pays qui aurait (même si moindres que la France…) de grandes réserves de gaz de schiste, avec une grande partie dans la région Est (voir annexe 2, p 6). Selon le rapport de l’EIA (Energy Information Administration) de 2013, elles lui conféreraient (hors Russie) le troisième rang européen :

Chevron et Shell présents en Ukraine : Chevron à l’Ouest, Shell à l’Est

Ces deux majors ont signé des accords de prospection en Ukraine dans le domaine du gaz de schiste, l’un avec Shell à l’Est en janvier 2013 sur le champ gazier de Yuzivska et l’autre avec Chevron à l’Ouest (zone d’Oleska) en novembre 2013.

Lors de l’accord signé avec Shell (PSA sur une durée de 50 ans) en janvier 2013, l’Ukraine espérait un début de commercialisation de ce gaz de schiste en 2017 ! L’accord opérationnel fut lui signé en septembre 2013.

Indépendance gazière de l’Ukraine ?

Il est évident qu’avant de forer, analyser l’impact de cette production à venir potentielle est difficile, et l’on voit toutes sortes de chiffres sortir, permettant même, selon certains, à l’Ukraine de devenir « indépendante » de la Russie à moyen terme :

Conclusion :

Bien sûr, nous n’en sommes pas là, et le bassin ukrainien pourrait ne pas être à la hauteur des espoirs.

Il n’en demeure pas moins que l’intérêt porté par des majors tels Chevron et Shell porte à réflexion. A cet égard, nous avons été quelque peu interpelés par l’article publié par La Voix de la Russie cette semaine -20 mai- et intitulé : « Les USA veulent-ils mettre la main sur le gaz de schiste à Slaviansk et Kramatorsk ? » Voir en annexe 3 p 7.

De même la lecture du Guardian du 10 avril dernier « Why US fracking companies are licking their lips over Ukraine » http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/apr/10/us-fracking-companies-climate-change-crisis-shock-doctrine soulève la question d’une invasion économique de l’Ukraine.

Ces deux points de vue se rejoignent dans un certain sens puisque « insinuant » une sorte de théorie du complot pour détacher l’Ukraine de la Russie au bénéfice des Américains.

Il n’est pas dans notre propos de prendre position ou partie, mais force est de constater que, comme nous le disions dans une de nos publications le 13 septembre dernier au plus haut de la crise syrienne : «Egypte, Libye, Syrie …Oui, le pétrole est une matière première géopolitique ! » http://aymericdevillaret.wordpress.com/egypte-libye-syrie-oui-le-petrole-est-une-matiere-premiere-geopolitique/ , les hydrocarbures (non seulement le pétrole, mais aussi le gaz) sont des matières premières géopolitiques ! L’économie rejoignant ou étant en avant de la politique…

(Rédigé le 22 Mai 2014)

Annexe 1 :Tableau de l’EIA sur les réserves de gaz de schiste dans le monde en 2011 et 2013

Annexe 2 : Bassin de DNIEPR-DONETS à l’Est de l’Ukraine

Annexe 3 : LA VOIX DE LA RUSSIE / Les USA veulent-ils mettre la main sur le gaz de schiste à Slaviansk et Kramatorsk ? par Ilia Kharlamov – 20 mai 2014

http://french.ruvr.ru/2014_05_20/L-operation-a-Slaviansk-et-Kramatorsk-un-moyen-pour-les-Americains-de-mettre-la-main-sur-les-reserves-de-gaz-de-schiste-5382/

La presse ukrainienne et les experts basés à Kiev accusent Moscou de soutenir des soi-disant séparatistes au Sud-est du pays, en motivant ce soutien par la présence des réserves de gaz de schiste que la Russie aurait l’intention de « mettre en valeur ». En même temps, la société Burisma Holdings, dont le fils du vice-président américain Joe Biden ainsi que plusieurs autres citoyens américains sont entrés au Conseil d’administration, a reçu l’autorisation de développer les gisements, qui se trouvent dans les environs de Slaviansk et Kramatorsk.

La propagande américaine et les personnalités politiques ukrainiennes mises sous sa tutelle ont opté pour une tactique bonne, mais plutôt banale, argumentant que l’attaque constitue la meilleure défense. Moscou apparaît ainsi non seulement comme un agresseur aux manières impériales, mais aussi comme un agresseur âpre au gain. Selon les Américains, pour Moscou, il ne s’agit pas d’un pays, d’un territoire duquel peuvent être extraites des matières premières. Dans les meilleures traditions de l’époque soviétique, les tabloïds de Kiev réalisent la commande américaine en publiant sur leurs pages des récits de l’intervention directe russe dans les affaires d'un pays indépendant. Et cette intervention n’a même pas pour but de sauver les habitants russophones, mais d’avoir uniquement le contrôle des réserves naturelles. Ce qui est d’autant plus curieux, c’est que les experts les plus radicaux ont pris la liberté de dire que le gaz de schiste en Ukraine va changer la carte énergétique du monde entier et permettra non seulement à ce pays, mais aussi à toute l'Europe, de réduire la dépendance des livraisons du gaz naturel venant de Russie. Les experts pro-américains ont tendance à oublier que la Russie possède d’énormes réserves d’hydrocarbures bon marché rien qu’en Sibérie et en Extrême-Orient. Quel pourrait-être son intérêt dans ce projet illusoire d’extraction de gaz de schiste ? Toutefois, si l’on prend en compte le projet de Washington visant à forcer le Vieux Monde à renoncer au partenariat énergétique avec la Russie, toutes les choses se mettent à leur place. C’est une équation avec que des connues, et tous les arguments sont bons pour y parvenir.

La proposition des Américains d’inonder l’Europe avec leurs ressources gazières s’est avérée encore plus illusoire et a lamentablement échoué. Ayant réfléchi rationnellement, les Européens n’y ont tout simplement pas cru. Maintenant, un nouveau projet dont le nom de code est « La grande révolution de schiste » a lieu en Ukraine. Selon certaines informations, les régions de Slaviansk et de Kramatorsk seraient vraiment riches en gaz de schiste, et c’est dans ces régions que se produisent les combats les plus violents dans le cadre de l’opération punitive des forces ukrainiennes. Est-ce une coïncidence ? Peu probable. N’est-ce pas pour cette raison que le conseil de direction de Burisma est composé presque uniquement de citoyens américains ? Ils envisagent sérieusement de mettre la main sur ces réserves d’hydrocarbures, et n’est-ce pas la raison pour laquelle ils blâment Moscou ?

Le président du conseil d'administration de cette société est l'Américain Alan Apter, et un autre membre de l'équipe de direction est un ami de la famille du secrétaire d'Etat américain John Kerry, Devon Archer. Biden Junior s’est donc retrouvé en bonne compagnie avec ses concitoyens et des partisans qui partagent ses idées. Il faut rappeler que sous le couvert de la lutte pour la sainteté de la démocratie, les Américains faisaient de bonnes affaires après les interventions militaires en ex-Yougoslavie et en Irak. L’Ukraine n’a pas eu besoin d’une telle intervention, car Kiev réalise tous les ordres des Américains à la lettre. Les discours sur l’agression russe vont coïncider avec des nominations dans d’autres sociétés énergétiques ukrainiennes. L’appareil administratif de Washington est très important ... et chacun de ses membres a de la famille.

Nota: cet article est également consultable sur le Site de l'Auteur: http://aymericdevillaret.wordpress.com/

(Mis en ligne le 23 Mai 2014)