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Russie - Ukraine : les enjeux du gaz pour l’Europe

Référence de l'article : MPR3872
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écrit par Aymeric de VILLARET,

Que n’a-t-on parlé ces derniers mois de la Russie, de son gaz, de ses exportations vers l’Europe, vers la Chine, du lobbying qu’elle exercerait pour éviter le développement du gaz de schiste en Europe…

Et si l’on y ajoute le désir d’indépendance des européens à la Russie, notamment à la lumière de la crise ukrainienne, qui serait même, selon certains, encouragée par les Etats-Unis, il n’y a presque pas de jours où l’on ne parle des conséquences de la domination actuelle de la Russie.

Quelles peuvent être les conséquences des sanctions prises par les pays occidentaux et des mesures de rétorsion des russes ? Comment (et surtout peut-on ?) du jour au lendemain supprimer une dépendance si forte au premier exportateur mondial de gaz ?

Pas évident de remplacer la Russie car, même si la montée du GNL (Gaz Naturel Liquéfié) peut apparaître comme une alternative, son coût est très supérieur et ce que pourra exporter les Etats-Unis ne constitue qu’une goutte d’eau par rapport aux besoins du marché européen. En outre, une grande partie des sources alternatives provient d’Etats susceptibles d’être sensibles un jour politiquement.

Oui, le gaz russe est un véritable enjeu… avec un besoin immense d’investissements pour continuer à le développer, voire l’étendre.

Un arrêt même temporaire des investissements tel qu’on le perçoit peut engendrer des conséquences non négligeables (retards, pertes de marchés) : les commentaires des compagnies pétrolières et parapétrolières occidentales impliquées dans le pays, effectués à l’occasion de leurs résultats du deuxième trimestre 2014, sont là pour le confirmer… Ainsi Total, suite à la destruction de l’avion malaysien MH 17, a indiqué avoir arrêté de monter sa participation au capital du gazier russe Novatek.

Les marchés ne s’y sont pas trompés et ont déjà commencé à sanctionner sévèrement certaines sociétés du fait justement du manque de visibilité (Technip près de -9% le 24 juillet, Total de l’ordre de -4% le 30 juillet). BP, de son coté, actionnaire à 20% de la société publique russe Rosneft, a souligné que de nouvelles sanctions occidentales pourraient avoir un impact négatif sur son activité et ses résultats à venir,  “sur ses relations avec Rosneft et son investissement dans l’entreprise”.

Business as usual

Mais les affaires continuent et on le voit bien avec ExxonMobil commençant en août à forer dans l’Arctique russe avec ce même Rosneft  et, de son coté, Rosneft se portant acquéreur de 30 % de la compagnie de services pétroliers North Atlantic Drilling (même si l’actionnaire majoritaire en demeure le norvégien Seadrill)….

En juillet, le PDG de Total Christophe de Margerie résumait bien l’avis des pétroliers occidentaux : «Peut-on se passer du gaz russe en Europe ? La réponse est non. Et est-ce qu’on a des raisons de s’en passer ? À mon avis, et je ne défends pas les intérêts de Total en Russie, c’est non ».

Force aussi est de constater que si les groupes pétroliers arrêtaient d’investir dans des pays sensibles géopolitiquement, où trouverions nous le pétrole et le gaz que nous utilisons tous les jours ?

C’est pourquoi il nous semble raisonnable de penser que, quel que soit la suite des évènements, la Russie continuera pendant des décennies d’être un très grand fournisseur d’hydrocarbures (pétrole et gaz) mondial et que les Occidentaux continueront de se servir auprès d’eux.

Sommaire

Page 1 : Résumé Conclusion
Page 2 : Sommaire
Page 3 : Russie et le gaz : deuxième mondial pour les réserves, deuxième pour la production mais premier pour les exportations !
Page 5 : Spécificités du marché du gaz
Page 6 : Des cours du gaz différents selon les régions
Page 7 : L’Europe, premier marché de la Russie pour le gaz
Page 8 : La position stratégique de l’Ukraine – interruptions cet hiver des livraisons de gaz ?
Page 9 : La Russie exporte près des trois quarts de son gaz vers l’Europe
Page 11 : Le marché russe dominé par deux acteurs : Gazprom pour le gaz et Rosneft pour le brut
Page 13 : Les alternatives pour la Russie et/ou pour Gazprom ?
Page 17 : Les alternatives pour l’Europe ?
Page 18 :  En attendant : « Business as usual »
Page 19 : Réaction des marchés à la crise et au manque de visibilité qu’elle crée
Page 20 : Conclusion : La Russie et l’Europe sont liés encore pour plusieurs décennies
Page 21 : Annexe 1. Gaz de schiste : le secrétaire général de l’OTAN est-il paranoïaque ?
Page 22 : Annexe 2. Réponse des différents groupes écologistes dont Greenpeace


 

Russie et le gaz: deuxième mondial pour les réserves, deuxième mondial pour la production, mais premier mondial pour les exportations !!

Depuis 2009, avec la montée de sa production de gaz de schiste, les Etats-Unis ont dépassé la Russie en tant que premier producteur mondial de gaz.

Ainsi, selon les dernières statistiques disponibles pour 2013, les Etats-Unis et la Russie sont de loin (plus de trois fois plus) les premiers producteurs mondiaux de gaz naturel :

Ainsi selon les dernières statistiques disponibles sur 2013, les Etats-Unis et la Russie sont de loin (plus de trois fois plus) les premiers producteurs mondiaux de gaz naturel.

Deuxième pour les réserves

Au niveau des réserves, l’Iran est le premier, juste devant la Russie, alors que les Etats-Unis, malgré leur rang de premier producteur mondial, ne possèdent que le tiers de la Russie :

*bcm (billion cubic meters ; en anglais, milliards de mètres cubes)
**Tcf (Trillion cubic feet ; en anglais, trillions de pieds cubes)

Mais premier pour les exportations !

La Russie est de loin le plus grand pays exportateur, devant le Qatar qui, grâce à l’essor du GNL, a doublé en 2011 la Norvège.

Au travers de ce graphique, on comprend mieux le poids dominant dans le marché du gaz de la Russie, du Qatar et de la Norvège.

Le gaz (c’est une Lapalissade, mais il est bon de le rappeler), de par son caractère non liquide, n’est pas transportable facilement avec (comme nous le développons dans les pages suivantes) des conséquences sur les marchés avec, à l’inverse de celui du pétrole, création de marchés régionaux (principalement Europe, Etats-Unis, Japon).

A noter que, malgré le fait qu’il soit devenu en 2012 le premier pays au niveau de réserves de gaz mondiales, l’Iran n’exporte que très peu, car ses champs (surtout celui de South-Pars, aux réserves partagées avec le Qatar –Northfield-) ne sont pas (ou très peu) développés.

*bcm (billion cubic meters ; en anglais, milliards de mètres cubes)

Spécificités du marché du gaz

Le marché du gaz est divisé en trois marchés majeurs alors que celui du pétrole est mondial ; le fait que le gaz ne soit pas liquide, à l’inverse du pétrole, impliquant des contraintes de transport.

Lorsque celui-ci est découvert dans des endroits loin des lieux de consommation, il n’est développé que si des moyens de transport peuvent être créés (gazoducs, trains de liquéfaction) et également que si les producteurs aient une « certaine » garantie, vu les investissements considérables (gazoducs, usines de liquéfaction) nécessaires, que leur gaz sera vendu. Cela implique des clients un engagement sur la durée (allant jusqu’à 30 ans) avec la mise en place de contrats « Take or Pay *».

C’est ainsi que se sont développés les trois marchés majeurs :

1)      Europe fournie principalement par gazoducs (Russie, Norvège, Libye et Algérie). Le Qatar prend une part de plus en plus importante en exportant son GNL (Gaz Naturel Liquéfié). A noter que plus du 1/4 du gaz consommé en Europe provient de la Russie dont l’exportation est assurée par un seul acteur Gazprom. Historiquement, les prix sont indexés sur les cours de produits pétroliers avec un retard de l’ordre de 6 à 9 mois.
2)      Amérique du Nord avec Etats-Unis : les prix répondent plus à la logique offre/demande. Avant la découverte des gaz de schiste, ceux-ci étaient en ligne avec les cours européens et les acteurs pétroliers, forts de la croissance de gaz attendue, cherchaient à développer des trains de GNL dans des différentes zones géographiques mondiales, où il y avait du gaz, pour exporter vers les Etats Unis. Aujourd’hui, le marché s’est complètement retourné avec un continent qui, de déficitaire, va devenir excédentaire. Cette perspective y a entraîné une chute de gaz, d’autant que les Etats-Unis ne peuvent, à l’heure actuelle, pas exporter.
3)      Marché asiatique avec surtout le Japon, la Corée du Sud et Taïwan : il s’agit d’un marché de GNL, ces pays ne possédant pas de gazoducs. Les prix y sont plus élevés qu’en Europe et quasiment à parité du pétrole. L’accident de Fukushima a accentué la demande de GNL dans la mesure où une grande partie de l’électricité provenait des centrales nucléaires.

*Contrat « Take or Pay » : engagement du client d’enlever une quantité minimale de produit. Ce qu’il ne prend pas, il doit le payer, d’où le nom de « Take or Pay », «Prendre ou Payer » en français.

Des cours du gaz différents selon les régions

Conséquence de ces spécificités du gaz et de la montée en puissance du gaz de schiste aux Etats-Unis, les prix, qui évoluaient quasiment en phase entre les Etats-Unis et l’Europe, se sont complètement décorrellés en 2009-10 :

En ce qui concerne plus particulièrement la Russie, dont les prix sont régulés avec comme producteur principal Gazprom, les prix y sont même inférieurs à ceux des Etats-Unis :

L’Europe, premier marché de la Russie pour le gaz

Comme nous venons de le voir, les marchés du gaz sont régionaux.

En ce qui concerne les importations, l’Europe importe environ le tiers de son gaz de la Russie :

De ces importations de gaz, environ la moitié (de 40 à 50%) transite par l’Ukraine :

La position stratégique de l’Ukraine – interruptions cet hiver des livraisons de gaz ?

L’Europe est très dépendante de la Russie, et la carte, ci-dessous, montre la position stratégique de l’Ukraine :

Le gaz livré par la Russie passant en partie par l’Ukraine, les Russes « craignent » que « le gaz livré par Gazprom pour l’Europe soit illégalement prélevé par l’Ukraine pour ses propres besoins » a déclaré fin août le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak.

Alexandre Novak a même considéré la situation « hautement critique à l’approche de la saison de chauffage ».

De là à subir une interruption de l’approvisionnement cet hiver, il y a un pas que certains observateurs n’hésitent pas à franchir.

Notons cependant que les stockages sont actuellement à des niveaux record (87% en moyenne en Europe contre 80 % habituellement) grâce à un hiver doux.

N’oublions pas également que les Etats-Unis n’importent plus de gaz et que les cargaisons de GNL, en partance vers l’Asie, pourraient être reroutées vers l’Europe, à la différence des précédentes crises avec l’Ukraine de 2006 et 2009 (époque où les Etats-Unis n’avaient pas encore développé leur gaz de schiste).

La Russie exporte près des trois quarts de son gaz vers l’Europe

Si l’Europe est très dépendante de la Russie, pour la Russie les liens sont encore plus forts dans la mesure où la Russie exporte majoritairement (72% en 2013) vers l’Europe :

Constatons également que l’Ukraine a un poids relativement important (11%) dans ces chiffres alors que la France ne représente que de 3 à 4%, soit une très faible partie de l’Europe.

En ce qui concerne les prix de vente, soulignons que ceux-ci sont nettement inférieurs dans les anciens Etats de l’Union soviétique :

Le marché russe dominé par deux acteurs : Gazprom pour le gaz et Rosneft pour le brut

Deux entreprises dominent le marché russe et ces deux sociétés appartiennent majoritairement à l’Etat : Gazprom pour le Gaz et Rosneft pour le pétrole :

Rosneft devenu champion mondial du brut

De fait, Rosneft a fortement grandi avec les acquisitions successives de Yukos et plus récemment de TNK-BP.

Inutile de préciser que ces deux acquisitions majeures ont été faites avec l’aval des pouvoir politiques russes : 1) Yukos en juin 2007 après tous les problèmes fiscaux rencontrés après l’arrestation de Mikhail Khodorkovsky 2) TNK-BP en mars 2013, après les ennuis rencontrés par BP non seulement suite à l’explosion de la plate-forme Macondo dans le Golfe du Mexique, mais aussi, et surtout, suite aux difficultés pour le pétrolier britannique à opérer librement en Russie. BP possède maintenant environ 20 % de Rosneft.

Soulignons comme le montre le premier tableau ci-dessus que Rosneft voit son poids dans le gaz être particulièrement renforcé par ces deux acquisitions et de ce fait devient un concurrent de Gazprom.

D’ailleurs Rosneft ne s’en cache pas puisque dans ses présentations stratégiques, il annonce clairement son intention d’augmenter sa part de marché dans le gaz en Russie :

Les alternatives pour la Russie et/ou pour Gazprom ?

La Russie aujourd’hui exporte son gaz vers l’Europe principalement par gazoducs.

Elle se doit donc de :

1)      Rééquilibrer ses exportations vers l’Asie et notamment la Chine,
2)      Développer ses capacités de liquéfaction afin de pouvoir diversifier ses exportations,
3)      Critiquer le gaz de schiste de manière à s’opposer à tout développement en Europe
4)      Ne pas négliger pour autant le non conventionnel, notamment dans l’huile.

Rééquilibrer ses exportations vers l’Asie

C’est ainsi qu’en mai 2014 Gazprom a signé avec la Chine après quinze ans de négociations un contrat pour y exporter 38 milliards de m3 de gaz par an sur trois décennies pour un montant record de l’ordre de 400 milliards de dollars. Le gaz devrait commencer à être exporté en 2018 -2019.

En 2013, la Chine a consommé environ 170 milliards de m3 de gaz et les attentes sont de 420 milliards à l’horizon 2020.

Selon Vladimir Poutine, la Russie investira 55 milliards de dollars et la Chine 22.

Développer ses capacités de liquéfaction afin de pouvoir diversification d’exportation

La Russie possède des ressources encore non découvertes notamment dans la péninsule de Yamal qui avance dans l’océan arctique

Et si celles-ci sont très difficiles à développer (conditions climatiques), de nombreux projets existent encore sur la péninsule.

Cependant, comme on l’a vu sur d’autres projets en dehors de la péninsule de Yamal (nous pensons à Chtokman en Mer de Barents), l’arrivée du gaz de schiste américain en a limité l’intérêt économique.

L’Australie s’est également lancée dans beaucoup de projets.

Ne pas négliger le non conventionnel

La Russie, forte de ses réserves, n’a pas développé ses réserves de gaz de schiste.

En revanche, la filiale de Gazprom dans le pétrole, Gazprom Neft, prévoit avec l’aide de l’américain Halliburton, d’extraire 300 millions de tonnes d’huile de schiste d’ici 2020.

Le bassin principal serait celui de Bajenov aux réserves considérables.

Même s’il s’agit de pétrole et non de gaz, la Russie commence du coup à s’intéresser au non conventionnel.

Critiquer le gaz de schiste de manière à s’opposer à tout développement en Europe
… voir favoriser le séparatisme en Ukraine ….

Si l’on croit les principales études, l’Europe possèderait de nombreuses ressources de gaz de schiste ; ce qui limiterait, si elles étaient développées le poids de la Russie et sa maitrise du marché.

Soutien aux écologistes en Europe

En juin dernier, répondant à des questions sur ce sujet, le secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen,  a accusé Moscou de vouloir maintenir  la dépendance européenne au gaz russe en soutenant  l’opposition au gaz de schiste en Europe.  Il a parlé d’un lobby des services russes en charge d’aider les groupes environnementaux européens pour lutter contre la fracturation hydraulique.

(Voir page 21, en annexe 1, l’interview de Fogh Rasmussen et page 22, en annexe 2, la réaction des écologistes à ces accusations).

Face aux réserves de gaz de schiste que posséderait l’est de l’Ukraine, Moscou encouragerait le séparatisme ukrainien

Cela rejoint également les intentions prêtées par certains à Moscou d’encourager le séparatisme de l’est de l’Ukraine de manière à empêcher le développement du gaz de schiste (champ de Yuzuvska) qui serait important dans cette région. Denis Pushilin, le chef autoproclamé de la République populaire de Donetsk, en mai, a déclaré que la République populaire de Donetsk avait interdit l’exploitation du gaz de schiste sur son territoire.

Les alternatives pour l’Europe ?

En l’état actuel des choses, celles-ci paraissent limitées. On le voit d’ailleurs à la « relative » tiédeur des mesures de rétorsions des européens et surtout à la résistance des principaux exportateurs de gaz russe (Allemagne) pour appliquer ces mesures.

Fin août, Maria van der Hoeven ,de l’IAE (International Energy Agency), le reconnaissait en précisant qu’il fallait du temps et que ceux qui espéraient que les exportations de gaz des Etats-Unis dans le futur compenseraient le gaz russe rêvaient, car le gaz n’est pas encore là et qu’il arrivera à un certain prix.

Le consultant Wood Mackenzie indiquait aussi dans un rapport en juin : « Notre vue à long terme est que la relation gazière Europe-Russie continuera par nécessité ».

Le Directeur Exécutif du gazier norvégien Statoil a également déclaré : « L’Europe et la Russie seront des partenaires énergétiques pour les prochaines décennies à venir. C’est fondamental ».

En attendant : « Business as usual »

Si l’on considère, comme nous venons de le décrire que, quelque soit l’issue de la crise actuelle en Ukraine, l’Europe aura besoin de la Russie et la Russie de l’Europe pour encore de nombreuses décennies, on comprend devant les gigantesques réserves que possède la Russie, le désir de tous les grands groupes pétroliers mondiaux de continuer, voir même de développer, leur collaboration.

Comme nous l’écrivons dans le titre de cette page : « Business as Usual »

Constatons également que si les groupes pétroliers arrêtaient d’investir dans des pays sensibles géopolitiquement, où trouverions-nous le pétrole et le gaz que nous utilisons tous les jours ?

En juillet le PDG de Total Christophe de Margerie disait que l’investissement en Russie est de long terme même si l’on peut en limiter la dépendance de l’Europe :

« Peut-on se passer du gaz russe en Europe ? La réponse est non. Et est-ce qu’on a des raisons de s’en passer ? À mon avis, et je ne défends pas les intérêts de Total en Russie, c’est non ».

« On a un problème cet hiver si on a une coupure et qu’il fait froid, c’est clair. Derrière, beaucoup de solutions sont en train de se monter pour éviter le problème de l’Ukraine, y compris par la Russie », a déclaré Christophe de Margerie en citant l’exemple du gazoduc Nord Stream, construit en 2011 pour contourner l’Ukraine sous la mer Baltique. « Le Nord Stream a été créé pour éviter le transit de gaz russe via l’Ukraine et non pas pour en empêcher les livraisons ».

Exxon Mobil commence à forer du pétrole dans l'Arctique russe

Le premier pétrolier américain a commencé début août ses forages pétroliers avec son associé russe Rosneft.

Vladimir Poutine a déclaré à l’occasion :

« Aujourd'hui, le moteur du succès commercial, c'est une coopération internationale efficace". "Les entreprises, et notamment les sociétés russes et étrangères, réalisent tout à fait que, malgré certaines difficultés politiques actuelles, le pragmatisme et le sens commun prévalent et que nous sommes satisfaits d'entendre cela ».

Rosneft prend 30 % de North Atlantic Drilling

Et même Rosneft vient de se porter acquéreur de 30 % de la compagnie de services pétrolière américaine (cotée à New York) North Atlantic Drilling.

Le norvégien Seadrill en demeure néanmoins l’actionnaire majoritaire.

Réaction des marchés à la crise et au manque de visibilité qu’elle crée

Les marchés financiers détestent l’incertitude, même s’ils disent très souvent qu’ils investissent pour le long terme.

Ainsi le mois de juillet, avec les premières annonces des conséquences de la crise ukrainienne avec particulièrement la menace d’arrêts d’investissements en Russie, a-t-il été marqué par des réactions boursières fortes lors de ces annonces.

C’est ainsi que l’action Technip a chuté de près de 9% le 24 juillet malgré de bons résultats trimestriels, du fait notamment des incertitudes sur le projet Yamal (voir page 14)

De même pour Total dont le titre a baissé de l’ordre de -4% le 30 juillet lors de ses résultats trimestriels : Patrick de la Chevardière, directeur financier, évoquant des possibilités de retard toujours sur ce même Yamal, alors que la Russie devrait être d’ici 2020 la première source de production du Groupe.

De son coté, BP, actionnaire à 20% de la société publique russe Rosneft, a souligné que de nouvelles sanctions occidentales pourraient avoir un impact négatif sur son activité et ses résultats à venir,  “sur ses relations avec Rosneft et son investissement dans l’entreprise”. Cependant son cours n’en a pas pour autant été plus impacté. Il faut aussi reconnaître que BP est « catalogué russe » depuis plus longtemps que Total avec l’acquisition de TNK en 2003.

En 2013, la production russe a contribué à 30% à celle totale du groupe BP.

Conclusion : La Russie et l’Europe sont liés encore pour plusieurs décennies

Quoiqu’on en dise, c’est un fait de l’histoire, du fait de tous les gazoducs posés au travers du continent, que la Russie et l’Europe sont liés encore pour de nombreuses décennies.

Le pétrole et le gaz sont des matières premières importantes ayant été à de nombreuses utilisées comme moyens de pression politiques.

De nombreuses guerres au Moyen Orient proviennent justement de l’accès à ces ressources (guerre Iran-Irak, guerres du Golfe et d’autres).

Aussi, il peut apparaître dans cette logique, normal que les russes puissent utiliser l’arme du gaz vis-à-vis de l’Europe.

En attendant, rassurons-nous, les affaires continuent entre les majors russes (Gazprom) et américains (ExxonMobil). ExxonMobil vient même de commencer (août) à forer dans l’Arctique russe avec ce même Rosneft.

Remarquons également que si les groupes pétroliers arrêtaient d’investir dans des pays sensibles géopolitiquement, où trouverions nous le pétrole et le gaz que nous utilisons tous les jours ?

En conclusion, il nous semble raisonnable de penser que, quel que soit la suite des évènements Russie-Ukraine, la Russie continuera d’être pendant de nombreuses décennies un très grand fournisseur d’hydrocarbures (pétrole et gaz) mondial et que les Européens continueront de se servir majoritairement auprès d’eux.

Annexe 1 : Gaz de schiste : le secrétaire général de l’OTAN est-il paranoïaque ? Politis.fr

par Lena Bjurström- 26 juin 2014

On pouvait imaginer Vladimir Poutine retors, mais à ce point... Selon le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, les militants anti-gaz de schiste européens seraient infiltrés par les services russes, dans le but de « maintenir la dépendance européenne vis-à-vis des importations de gaz ». Le secrétaire général a confié ses craintes à un think-tank britannique à Londres, le 19 juin, rapporte le journal The Guardian.

http://www.theguardian.com/environment/2014/jun/19/russia-secretly-working-with-environmentalists-to-oppose-fracking

Rien de très officiel donc, puisque l’Organisation de l’Atlantique Nord n’a pas souhaité reprendre ces remarques et s’est empressé de préciser qu’il ne s’agissait que de l’opinion toute personnelle de M. Rasmussen.

Les remarques n’en ont pas moins agacé plus d’une organisation militante. 125 associations et ONG ont ainsi, ce jeudi, écrit une lettre ouverte, à peine sarcastique, au secrétaire général de l’OTAN pour dénoncer ces allégations. N’oubliant pas de la transmettre en copie à Jean-Claude Junker, candidat à la présidence de la Commission européenne, et aux présidents du Parlement européen et du Conseil européen, Martin Schulz et Herman van Rompuy.

« Le travail de l’OTAN dépendant fortement de collecte de renseignements détaillés et précis, nous espérons que votre déclaration extraordinaire sur le mouvement européen contre la fracturation hydraulique est étayée par des preuves »

« S’il y a effectivement des groupes qui s’opposent à la fracturation, et qui travaillent en secret avec la Russie contre les intérêts des peuples européens, nous aimerions aussi savoir qui ils sont, ajoutent les associations, Par conséquent, nous attendons avec impatience de recevoir une preuve de vos accusations ou des excuses publiques. »

La semaine dernière, Greenpeace ironisait déjà : « L’idée que nous sommes les marionnettes de Poutine est tellement incroyable que l’on se demande ce qu’ils fument à l’OTAN. »

Annexe 2 :réponse des différents groupes écologistes dont Greenpeace

Nota: cet article est également consultable sur le Site de l'Auteur: http://aymericdevillaret.wordpress.com/

(Mis en ligne le 5 Septembre 2014)

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