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Royaume-Uni : déficit annuel 2015 le pire depuis 1948 ! (Chiffre officiel)

Référence de l'article : MPR5271
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écrit par Daniel RICHECOURT,(4 avril 2016)

 

C’est une bombe qu’a fait exploser l’ONS (équivalent britannique de l’INSEE) jeudi 31 mars : le Royaume-Uni vient de connaître le pire déficit de la balance des paiements depuis 1948. En effet, au cours du 4ème trimestre 2015, le déficit a atteint 32,7  milliards de livres, soit 7% du PIB....
 
L’ONS a en effet publié son Rapport sur la balance des paiements britannique, à la fois pour le quatrième trimestre 2015, et pour l’année toute entière.
 
Ce Rapport de 45 pages (que vous pourrez obtenir en cliquant sur le lien ci-dessous, au bas de cette page) commence par un résumé d’une page, intitulée « Main points ». Si vous ne deviez, Cher lecteur, ne lire qu’une page, ce serait celle-là.
 
Pour nos (rares) lecteurs non anglophones, voici la traduction et les points considérés comme essentiels par l’ONS (« Office for National Statistics ») :
 
1.      La balance des paiements a atteint un déficit de 32,7 milliards de £ au quatrième trimestre 2015, soit une aggravation de 12,6 milliards de £ sur le T3, résultat qui correspond à un ratio de 7% du PIB. Pour l’année complète, le déficit s’élève finalement à 96,2 milliards de £, soit 120 milliards d’euros, ce qui représente un ratio de 5,2% du PIB 2015.

2.    Les 12,6 milliards de £ d’aggravation du déficit sont dûs aux facteurs suivants :
a)    Les exportations de marchandises sont en recul de 0,9milliard
b)   Les importations de marchandises sont en hausse de 0,6 milliard
c)    Les exportations de services sont en recul de 0,5 milliard
d)    Les importations de services sont en augmentation de 1,3 milliard
e)    Le déficit des revenus primaires s’est aggravé de 7,3 milliards
f)      Le déficit des revenus secondaires s’est aggravé de 2,0 milliards
g)    Les autres postes de la balance des paiements ont connu des variations peu significatives, puisque la variation nette s’est établie à un recul de 0,1 milliard
h)   Au total, le déficit annuel, qui était déjà de 5,0% du PIB en 2014 (92,5 milliards), s’est encore aggravé à 5,2% en 2015.
 
Ces mauvais chiffres amènent à se poser quelques questions.
 
Tout d’abord, peut-on espérer une révision des chiffres dans quelques mois qui les améliorent quelque peu ? Malheureusement non. En effet, lorsque ces chiffres sont révisés, c’est toujours dans le sens d’une détérioration des premières estimations. Voici, à ce sujet, le tableau publié en page 22 dudit rapport :



 

 
Par ailleurs, il est dommageable pour la réputation de ceux qui préparent le Budget que dans la version présentée aux Communes le 16 mars 2016, il était écrit, à la page 136 dudit Budget,  dans la colonne 2015, pour le déficit de la balance des paiements " 4,3% " : pas très sérieux  de passer de 4,3% dans un document officiel rendu public le 16 mars, pour passer ensuite à 5,2% dans un autre rapport officiel publié le 31 mars, soit à seulement deux semaines d’intervalle…
 
Ensuite, est-ce que 2015 n’est qu’un mauvais exercice, la pente des dernières années étant en amélioration ? Malheureusement non, comme le montre ce graphique, extrait de la page 7 :
 

 
 
Les déficits annuels correspondants sont les suivants :
2013 : -4,5%
2014 : -5,0%
2015 : -5,2%
 
Si l’on fait une comparaison internationale, le Royaume-Uni se classe 196ème sur les 197 Pays suivis et classés par le CIA Wordl Factbook. Seul en effet, les USA font pire dans le monde avec un déficit de la balance des paiements de 461 milliards de dollars (mais pour les USA ce n’est pas grave, car leur devise nationale, le dollar, est celle du commerce international d’une part, et que, d'autre part, rapporté à leur PIB, cela ne fait que 2,7%).

Ce classement faisant plusieurs pages, nous publions ci-dessous seulement  les 20 plus grands déficits :


 

(Source : Cia World Factbook)
 
Le lecteur observera que figurent dans les derniers une majorité de Pays frappés par la « malédiction des matières premières », surtout quand le prix de celles-ci vient à baisser, comme c’est le cas actuellement. Mais cette explication ne joue pas pour le RU. En fait, pour nos amis britanniques, la malédiction, c’est de s’être spécialisé dans deux activités dont le potentiel décroît continûment : le secteur Banque/ Finance, attaqué de toutes parts par les Fintechs, de nouvelles contraintes réglementaires, et un horizon de taux très bas, ainsi que le secteur de l’assurance, pénalisé par la préférence des grands Groupes pour des schémas d’auto-assurance entre filiales d’un même Groupe, sans parler du (très lent) démantélement des schémas d'optimisation ou d'évasion fiscale dont le RU s'est fait la spécialité. 
 
Dernière question : cette situation est-elle dangereuse pour le Royaume-Uni ?

Oui, comme toujours lorsque les déficits des balances des paiements continuent de s’accroitre, un cercle vicieux finit par s’enclencher : le taux de change de la devise commence à se dégrader dans un premier temps, puis, dans un second temps, les taux d’intérêt long terme se mettent à augmenter, ce qui ralentit la croissance, puis, dans un troisième temps, les taux courts se mettent à grimper dangereusement.
 
Pour le Royaume-Uni, c’est le premier temps qui a démarré : la livre sterling a déjà perdu 14,4% en quatre mois contre euro (1er décembre 2015 : 0,70 et 1er avril 2016 en fin de journée : 0,8020).  


(Source : investing.com)

Bien entendu, l’autre facteur de méfiance est le risque de Brexit : mais ces deux risques se nourrissent l’un l’autre. En effet, si le RU venait à quitter l’UE, le déficit de la balance des paiements s’accroitrait très vigoureusement pendant les premières années, avant qu’une forte dévaluation de la devise ne permette de rétablir partiellement  le déficit de la balance commerciale. Rappelons à ce sujet que le Royaume-Uni a établi en 2015  son record historique pour la balance des biens : un déficit de 162 milliards d’euros !
 
Jusqu’où pourrait aller la chute de la livre sterling ? Pour le site américain  spécialisé en géopolitique et économie internationale STRATFOR, qui vient de consacrer fin Mars un très long article au Royaume-Uni, et qui cite l’étude de Goldman Sachs prévoyant une chute de 20% de la livre en cas de Brexit,  la devise britannique pourrait donc tomber ensuite à environ 0,96 contre euro si les prévisions de GS sont justes :

. “While the United Kingdom has had a deficit since at least the mid-1980s, over the past few years it has grown to a level unseen since 1989. Historically, such high deficits have been harbingers of disaster, since they reflect capital flowing out of a country, increasing that country's reliance on foreign capital, whether in the form of investment or debt, for its survival. If foreign actors' willingness to invest in that country or buy its debt diminishes, it is liable to see its currency depreciate” [….]

”According to a report released in February by U.S. investment banking firm Goldman Sachs, a vote in favour of exiting the bloc in the United Kingdom's June referendum would immediately decrease the value of the pound by about 20 percent
”.

C’est également ce que pense plusieurs professionnels interrogés par La Synthèse on line : d’ici le référendum de Juin,  la livre peut atteindre 0,87 ou 0,88 et, ensuite, en cas de victoire du Brexit, il est vraisemblable que, au cours des 12 mois qui suivront, la livre sterling reverrait ses plus bas historiques  contre euro, à savoir les 0,9804 atteints en décembre 2008…..

(Mis en ligne le 4 avril 2016)
 
 
 
Document mis en Annexe :
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