Se connecterS'abonner en ligne

Le Royaume-Uni n'a plus les moyens financiers d'accentuer son atout "paradis fiscal"

Référence de l'article : MPR5854
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Olivier PASSET,Directeur des Synthèses,XERFI (28 Janvier 2017)

Le Royaume-Uni a choisi la voie du « hard » Brexit. C’est le terme consacré… mais non nécessairement exact. Disons plutôt un Brexit net, où le pays ne part pas de l’existant pour l’amender. Mais revoit l’ensemble de la copie des droits et devoirs réciproques qu’il entend développer avec l’UE.

Là où le Royaume-Uni laisse entrevoir

un Brexit dur,c’est lorsqu’il évoque la possibilité de jouer de son pouvoir de nuisance fiscale pour peser sur les termes de la négociation. Mais le Royaume-Uni peut-il vraiment devenir demain un paradis fiscal ?Il faut ici rappeler le contexte financier du Royaume-Uni, que l’on oublie trop souvent, à force de se focaliser sur la croissance et le chômage.

Le Royaume-Uni est d’abord un pays qui connaît un déséquilibre de son commerce extérieur abyssal puisqu’il approche aujourd’hui 7% de son PIB.

C’est considérable. Et lorsque l’on prend un abord plus large des échanges avec l’étranger,le déficit des transactions courantes demeure lui-même considérable (de l’ordre de 6% du PIB). C’est un record en Europe.L’excédent important dans les services

est en grande partie neutralisé par les fortes sorties de revenu primaire (revenu du travail et du capital liés aux investissements directs au Royaume-Uni), ou secondaire (transferts de revenus des travailleurs immigrés notamment).

L’arme de la fiscalité du capital,

déjà largement mobilisée par le passé, pour renforcer l’attractivité et la compétitivité britanniques, a dès lors déjà montré ses limites. Elle nourrit les entrées de capitaux certes. Mais elle induit des sorties de revenu considérables également. Penser ensuite que l’arme fiscale est susceptible de retenir les entreprises financières, ou de modifier leurs plans d’investissement, laisse dubitatif. Ces dernières réagissent aujourd’hui à la crainte d’une

perte du passeport financier européen, système qui permet aux entreprises financières implantées à Londres de vendre leurs produits financiers dans toute l’Europe.Or, dans ce cas d’espèce, la fiscalité ne peut pallier un frein d’activité qui est d’ordre réglementaire.

Il faut ensuite rappeler le contexte budgétaire britannique. En dépit d’un redressement graduel, le déficit public britannique demeure au voisinage de 4%, nettement au-dessus de la moyenne européenne. Cette situation ne permet pas encore de stabiliser la dette publique. Cette dernière frôle aujourd’hui les 90%. Précisément, parce que le gouvernement Cameron a déjà largement utilisé l’arme de la baisse de la fiscalité pour relancer son économie : baisse graduelle de l’impôt sur les sociétés britanniques à 20% à horizon 2015. Une mesure qui s’ajoute à des mesures d’exemption de cotisations patronales et d’exonération de l’impôt sur le climat.

Mais les effets de richesse induits, liés à cette politique fiscale pro-entreprise, a pour effet aussi de doper la consommation. Autrement dit, cette politique n’a en rien contribué à redresser le commerce extérieur.

Et de fait, avant même le Brexit, l’agenda politique britannique était déjà celui de la

consolidation budgétaire. S’y est ajouté de surcroît les programmes social et industriel du nouveau gouvernement. Autrement dit, le gouvernement ne dispose pas de marges de manœuvre financières. Cette situation minimise grandement la possibilité d’une stratégie de dumping fiscal offensif pour favoriser l’ancrage des investisseurs étrangers.

Enfin, la stratégie de paradis fiscal est une stratégie efficace pour un petit pays. Car les pertes fiscales sont facilement compensées par le grossissement de l’assiette fiscale lié à la localisation ou à l’optimisation d’entreprises étrangères. Ce n’est en revanche pas le cas pour un grand pays. Disons donc que nous n’en sommes qu’à l’heure du grand marchandage et des surenchères. Et s’il y a changement de modèle, côté britannique, l’option du paradis fiscal paraît peu probable. 

_____________________________________________________________________
Cet article est également disponible sous format Video :
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Olivier-Passet-Hard-Brexit-pourquoi-le-Royaume-Uni-ne-sera-pas-un-paradis-fiscal_3744397.html 
 
(Mis en ligne le 28 Janvier 2017)

Articles similaires
Les causes véritables du décrochage britannique...Le Brexit, un an après: un séisme politique qui...Londres : d'après Trevor Phillips, les...Royaume-Uni : 1707 - 2017Le 23 avril 1972, c'était le referendum sur...Royaume-Uni : le calme avant la tempêteLe Royaume-Uni va tomber dans une grave...Qui est vraiment Theresa MAY, le nouveau premier...Cameron: la défaite en chantant !Theresa MAY bien mieux que Michael GOVE comme...Qui est vraiment Boris Johnson, le...Brexit: ce qui va se passer maintenant....Le mauvais mélodrame insignifiant du BrexitBrexit: que vaut-il mieux, pour l'Union...Brexit: les Britanniques posent les bonnes...300 chefs d’entreprise britanniques se prononcent...Brexit: quelles différences entre Conservateurs...Sadiq Khan devient maire de LondresLes USA menacent le Royaume-Uni en cas de Brexit...Royaume-Uni : déficit annuel 2015 le pire depuis...Mini accord fiscal: Facebook accepte de payer un...D’abord, le FT, puis, le LSE, et maintenant le...Brexit-Cameron, tout penaud, va tenter de...Royaume-Uni : déficit commercial de 162 milliards...Brexit : discussions animées entre Cameron et...Quels sont les vrais résultats et conséquences...David Cameron : le choix risqué du référendumL’économie britannique : le modèle précaireRoyaume-Uni: les limites du dopageRoyaume-Uni : tous les chiffres sont au rouge...Royaume-Uni: la situation est plus GRAVE que...Royaume-Uni : voit-on les signes d’une vraie...L'Etat britannique hésite sur la méthode de...Les travaillistes promettent une discipline...La diplomatie et l'économie au menu de la...L'économie britannique échappe à une...La Grande-Bretagne dégradée par Fitch : bientôt...La BoE maintient son taux directeur et le montant...Fiche Pays : le Royaume-UniRoyaume Uni : la production manufacturière a...Changement de Gouverneur à la Banque...Démissions en cascade pour BarclaysRetour de la récession en Grande-Bretagne