Se connecterS'abonner en ligne

Huile de palme : la Malaisie avertit Sapin et Touraine

Référence de l'article : MPM3989
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
Huile de palme : la Malaisie avertit Sapin et Touraine

Le label « sans huile de palme » est controversé : Contrepoints a pu avoir accès à une lettre du gouvernement malaisien, qui en est exportateur, adressée au gouvernement français.

L’huile de palme est le point de mire de nombreux censeurs depuis plusieurs années. Entrant dans la composition de pâtes à tartiner, pain, pâtisseries, préparations et cosmétiques, ce produit végétal abordable est attaqué de toutes parts, étant présenté comme responsable de risques cardio-vasculaires accrus pour ceux qui en consomment. Un certain nombre de marques industrielles, notamment dans le secteur de la grande distribution, profitent de cette suspicion ambiante en mettant en avant des produits sans huile de palme afin de se démarquer de leurs concurrents.

Cet étiquetage « garanti sans huile de palme » contrarie la Malaisie qui produit avec l’Indonésie plus de 85% de cette huile végétale. Cet agacement motive une lettre envoyée le 22 juin 2014 par Douglas Uggah Embas, ministre malaisien de l’Industrie de la plantation, à Marisol Touraine et Michel Sapin, respectivement ministre de la Santé et ministre des Finances français.

Dans ce courrier, dont Contrepoints a pu prendre connaissance, le gouvernement malaisien juge que « mettre en évidence des produits alimentaires avec la mention ‘garantie sans huile de palme’ équivaut à discriminer l’huile de palme sans nécessité. De plus, cet étiquetage côtoie d’autres indications comme ‘sans conservateurs’, ‘sans sel ajouté’ et ‘sans colorants’. Cela donne l’impression que le consommateur doit être informé de la présence d’huile végétale au même titre que ces additifs ».

Or, poursuit le ministre Douglas Uggah Embas, le gouvernement malaisien possède les preuves scientifiques que l’huile de palme convient à la consommation et est même bénéfique pour la santé. De plus, la production de cet ingrédient est essentielle à la survie des petits exploitants agricoles de ce pays d’Asie où ruralité signifie trop souvent pauvreté.

La lettre se fait alors plus saillante puisqu’est évoqué l’impact négatif que cet étiquetage discriminant choisi par les grandes entreprises de distribution françaises aurait sur les relations commerciales entre la Malaisie et la France. La France est, en effet, le 16ème partenaire commercial de la Malaisie avec 4,6 milliards d’euros d’échanges en 2012. La France ayant un excédent commercial important avec la Malaisie, les entreprises et l’État français pourraient être négativement impactés en cas de problèmes commerciaux avec ce pays d’Asie du Sud-Est.

À noter que cet étiquetage n’est pas seulement controversé en France mais aussi en Belgique, où les grandes entreprises industrielles et de distribution utilisant le label « sans huile de palme » sont vues comme pénalisant les industries locales utilisant cette huile végétale.

Le ministre malaisien rappelle que Jean-Marc Ayrault avait reconnu l’importance de l’huile de palme pour la Malaisie lors d’une visite officielle dans ce pays en juillet 2013. Le Premier ministre avait alors promis que la France n’introduirait aucune mesure discriminante envers l’huile de palme.

La missive se conclut sur un appel du ministre malaisien à ses homologues français à agir pour que la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes fasse respecter le droit français et européen qui serait violé par les grandes marques industrielles françaises discriminant l’huile de palme.

Article publié sur le Site Contrepoints.fr et reproduit ici avec l’autorisation de l’éditeur :
http://www.contrepoints.org/2014/10/07/183743-exclusif-huile-de-palme-la-malaisie-avertit-sapin-et-touraine

(Mis en ligne le 10 Octobre 2014)