Se connecterS'abonner en ligne

Kashagan : Oui, il existe du pétrole plus facile à extraire !

Référence de l'article : MPK3714
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Aymeric de VILLARET,

Et maintenant, pas de reprise de la production avant 2016.Et des milliards de dollars de coût de réparation.Décidément la mise en œuvre de Kashagan au Kazakhstan, la plus grande découverte de pétrole de ces dernières années (13 milliards de barils) tourne à une véritable débâcle.

Des milliards de dollars de coûts supplémentaires, et pas de production avant 2016…

Comme l’avait dit fin avril, Claudio Descalzi, Directeur Général d’ENI depuis mai – le groupe pétrolier italien étant opérateur du champ --, les éléments de réponse commencent à apparaître sur une estimation des coûts nécessaires pour faire redémarrer le champ de Kashagan, arrêté depuis septembre 2013 après une production de moins d’un mois et un retard de 8 ans :

Selon le WS Journal en date du 10 juin http://online.wsj.com/articles/production-at-kazakhstans-kashagan-oil-field-halted-until-2016-1402400700# , « remplacer les deux pipelines connectés à l’île artificielle offshore coûterait plusieurs milliards de dollars ». 

En outre, alors que les partenaires du projet pensaient en avril que la production pourrait reprendre au S2 2015, il semblerait, selon les mêmes sources, que vu le mauvais état des pipelines, il n’y ait pas de production maintenant avant 2016.

Un nouveau « managing director » en provenance d’ExxonMobil

Ce nouveau retard (mais est-ce le dernier ?) intervient à un moment où de nombreuses spéculations ont surgi après que Stéphane de Mahieu (d’ExxonMobil) ait été nommé « managing director » du consortium en charge du projet, amenant certains à penser que ExxonMobil pourrait du coup en devenir l’opérateur à la place de l’italien ENI.

D’autres coûts surement à ajouter

Il est clair qu’aux coûts consécutifs aux changements de ces pipes, vont s’ajouter, et là on va entrer dans une phase nettement plus délicate :

1) Les pénalités vis-à-vis de l’Etat Kazakh
2) Les renégociations nécessaires entre ce même Etat kazakh et le consortium. Rappelons que chaque dépassement de date pour la mise en production s’est traduit par une compensation vis-à-vis de l’Etat ou de la société pétrolière d’Etat KazMunaiGaz.

Quid des estimations des réserves ?

A ce jour, le montant des réserves d’hydrocarbures mis dans les livres (booké en anglais) n’a pas été modifié dans les rapports annuels. Ainsi, ENI estime ses réserves pour Kashagan à fin 2013 à 565 millions contre 568 fin 2012.

On est en droit de s’interroger sur une baisse à venir, si le contrat avec l’Etat devait être revu. Pour mémoire lors d’une précédente révision du contrat, les partenaires du consortium ont dû céder une part de leur participation à KazMunaigaz (entreprise d’Etat kazakhe), pour un prix modéré.

Notes sur Kashagan

Le consortium NCOC (North Caspian Operating Company) en charge de Kashagan comprend l’entreprise d’Etat kazakhe KazMunaiGaz, l’italien ENI, l’américain ExxonMobil, l’anglo-hollandais RD Shell, le français Total, chacun 16,81%, le japonais Inpex avec 7,56% et le chinois CNPC qui vient de racheter la part de l’américain ConocoPhillips qui avait 8,4%.

Notons que le consortium se devait de produire contractuellement à la fin octobre 2013, 75,000 barils par jour, afin de pouvoir être remboursé de ses coûts ultérieurs … ce qui n’a pas été le cas : le champ produisait 60,000 barils par jour, la veille du jour où il s’est arrêté.

Historique de Kashagan

Rappelons l’historique du 11 septembre 2013 à fin décembre :

1) 11 septembre 2013, avec 8 ans de retard, des coûts à ce jour quintuplés par rapport aux premières estimations, la production débute,
2) Arrêt le 25 septembre,
3) Redémarrage le 6 octobre, re arrêt le 10 octobre, soit juste 3 à 4 jours de production lors de cette seconde phase,
4) 24 octobre, NCOC indique qu’il faudra plusieurs semaines avant de redémarrer…sans plus de précisions….
5) 8 novembre : selon le WSJ, la production ne redémarrera pas avant 2014
6) 10 novembre : Christophe de Margerie, PDG de Total, un des partenaires de Kashagan, confirme que la production ne redémarrera pas avant 2014,
7) 5 décembre : les fuites de gaz seraient dues à des fissures consécutives à des faiblesses du fait de la forte concentration en H2S ; les tests en laboratoire pour remédier aux défauts pourraient prendre plusieurs semaines et les réponses à y apporter connues début 2014,
8) 7 décembre : Paolo Scaroni, Directeur général d’ENI, opérateur de Kashagan, indique qu’il espère un redémarrage du champ avant 2015…

Conclusion

La saga Kashagan ne peut que mettre en lumière les difficultés du secteur du pétrole et rappeler qu’il existe du pétrole facile et du pétrole moins facile !

Nota: cet article est également consultable sur le Site de l'Auteur: http://aymericdevillaret.wordpress.com/

(Mis en ligne le 13 Juin 2014)