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Kashagan : du cauchemar à la débâcle ?

Référence de l'article : MPK3591
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écrit par Aymeric de VILLARET,

Pas de redémarrage avant le deuxième semestre 2015 ! Kashagan, découverte majeure, qui devait produire en 2005, n’a produit que quelques milliers de barils en 2013 avant de s’arrêter. Le mythe tourne à la débâcle. Quelles seront les conséquences ? Des éléments de réponse en juin 2014.

Depuis le mois d’avril 2013, nous avons beaucoup écrit (7 articles exactement) sur cette découverte majeure réalisée en 2000 (avec des réserves de pétrole récupérables estimées à 13 Mds de barils) : Kashagan avait créé beaucoup d’espoirs, car ce gisement était la principale découverte réalisée depuis plusieurs décennies dans un monde à la recherche de nouveaux gisements de pétrole[1].Pour retrouver nos 7 articles publiés sur ce sujet, il vous suffit de saisir le mot « Kashagan » dans le moteur de recherche du Site La Synthèse on line.

Et lors de notre dernier commentaire du 19 janvier 2014, nous commentions les espoirs d’une solution temporaire pour essayer de redémarrer rapidement, afin de limiter les pertes de production et de rassurer l’Etat kazakh…

Mais force est de constater que les dernières nouvelles ne portent pas à l’optimisme nous amenant à parler maintenant, face à la dégradation de la situation, de débâcle…  

Ainsi après avoir titré en avril 2013 : « Mythe ou réalité ?», nous sommes passés :

1)      en octobre à : « Mythe ou cauchemar ? plutôt que Mythe ou réalité ? » 
2)      en novembre à : « de plus en plus un cauchemar… »
3)      en décembre : « Mythe ou cauchemar ? Peut-on espérer un redémarrage avant 2015 ? »
4)      et maintenant à l’occasion de la publication des résultats du 1er trimestre des groupes présents dans Kashagan nous passons à « Kashagan : du cauchemar à la débâcle ? »

Redémarrage au plus tôt au deuxième semestre 2015

En effet, il n’est plus question d’un arrêt temporaire, mais d’un arrêt de près de deux ans, si ce n’est plus…

Ainsi le 29 avril 2014, le ministre kazakh de l’Economie et du budget, Erbolat Dossayev, a annoncé que la production de Kashagan devrait reprendre au plutôt fin 2015.

C’est la première fois qu’un responsable kazakh reconnaît officiellement que la production ne redémarrera pas avant 2015, voir même 2016 !!

Ses remarques ont eu lieu le même jour que les commentaires de l’opérateur ENI, qui par l’intermédiaire de son futur Directeur Général Claudio Descalzi (actuellement responsable de l’Amont),  a indiqué, à l’occasion de la publication des résultats trimestriels, que le principal problème derrière l’arrêt du champ était relatif aux soudures et que le problème était pire que ce qu’ils pensaient au départ. Deux pipelines devant être remplacés, l’appel d’offres venant d’être lancé  ils devraient avoir en juin une idée du coût et du temps nécessaires à ce remplacement.

Ce qui est clair maintenant est que nous ne pouvons espérer une reprise de production avant le second semestre 2015 !

De son côté, Patrick de la Chevardière, directeur financier de Total, au cours de la conférence téléphonique du 30 avril consécutive aux résultats trimestriels du groupe français, n’a fait que répéter ce qu’a dit Claudio Descalzi, se référant justement aux propos de ce dernier.

Attendre juin 2014 pour en savoir plus

Donc comme l’a dit Claudio Descalzi, et c’est ce qu’a dit également le ministre kazakh, nous devrions savoir en juin 2014, la date probable de redémarrage de Kashagan et les coûts additionnels !!!

Coûts additionnels

Il est clair qu’aux coûts consécutifs aux changements de ces pipes, vont s’ajouter, et là on va entrer dans une phase nettement plus délicate :

1)      Les pénalités vis-à-vis de l’Etat kazakh
2)      Les renégociations nécessaires entre ce même Etat kazakh et le consortium. Rappelons que chaque dépassement de date pour la mise en production s’est traduit par une compensation vis-à-vis de l’Etat ou de la société pétrolière d’Etat KazMunaiGaz.

D’ores et déjà, le Département de l’Environnement a accusé le consortium en charge du projet de non-respect de la règlementation environnementale. Voir ci-dessous :

Réserves

A ce jour, le montant des réserves d’hydrocarbures mis dans les livres (booké en anglais) n’a pas été modifié dans les rapports annuels. Ainsi, ENI, qui donne ses réserves fin 2013 pour Kashagan, les a estimées à 565 millions contre 568 fin 2012.

On est en droit de s’interroger sur une baisse à venir, si le contrat avec l’Etat devait être revu…

Historique de Kashagan

Rappelons l’historique du 11 septembre 2013 à fin décembre :

1)      11 septembre 2013, avec 8 ans de retard, des coûts à ce jour quintuplés par rapport aux premières estimations, la production débute,
2)      Arrêt le 25 septembre,
3)      Redémarrage le 6 octobre, arrêt de nouveau le 10 octobre, soit juste 3 à 4 jours de production lors de cette seconde phase,
4)      24 octobre, NCOC indique qu’il faudra plusieurs semaines avant de redémarrer…sans plus de précisions….
5)      8 novembre : selon le WSJ, la production ne redémarrera pas avant 2014
6)      10 novembre : Christophe de Margerie, PDG de Total, un des partenaires de Kashagan, confirme que la production ne redémarrera pas avant 2014,
7)      5 décembre : les fuites de gaz seraient dues à des fissures consécutives à des faiblesses du fait de la forte concentration en H2S ; les tests en laboratoire pour remédier aux défauts pourraient prendre plusieurs semaines et les réponses à y apporter connues début 2014,
8)      7 décembre : Paolo Scaroni, Directeur général d’ENI, l’opérateur de Kashagan, indique qu’il espère un redémarrage du champ avant 2015…

Notons aussi que le consortium NCOC (North Caspian Operating Company) se devait de produire contractuellement à la fin octobre 75,000 barils par jour, afin de pouvoir être remboursé de ses coûts ultérieurs … ce qui n’a pas été le cas : le champ produisait 60,000 barils par jour, la veille du jour où il s’est arrêté.

Le consortium NCOC comprend actuellement l’entreprise d’Etat kazakhe KazMunaiGaz, l’italien ENI, l’américain ExxonMobil, l’anglo-hollandais RD Shell, le français Total, chacun 16,81%, le japonais Inpex avec 7,56% et le chinois CNPC qui vient de racheter la part de l’américain ConocoPhillips qui avait 8,4%.

Nota: cet article est également consultable sur le Site de l'Auteur: http://aymericdevillaret.wordpress.com/

(Rédigé le 30 Avril 2014)