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Accord avec l'Iran : l'impact économique

Référence de l'article : MPI3093
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écrit par Aurélien DUTHOIT,Directeur d'études,XERFI

Et si l’Iran redevenait fréquentable ? Elu en Juin contre toute attente, le Président réformateur Hassan Rohani n’a eu de cesser d’envoyer des signaux d’apaisement envers l’Occident. On peut évidemment toujours deviser de la sincérité des intentions politiques de la République Islamique. Ce qui est certain en revanche, c’est que la politique de détente iranienne est largement le résultat de l’asphyxie économique dans lequel se trouve le pays.

Deux chiffres, forcément imprécis mais bien ressentis par la population iranienne, expliquent pour bonne partie la nouvelle politique de Téhéran. D’un côté, l’effondrement du rial iranien, de l’ordre de 50% face au dollar officiellement depuis le début de l’année, et bien plus encore si l’on remonte à 2011 et les sanctions de la communauté internationale. De l’autre côté, une inflation galopante de l’ordre de 40% sur la même période. En clair, le coût de la vie en Iran explose et affecte profondément le quotidien de la classe moyenne iranienne. La tension monte.

Dans un passé récent, la faiblesse du rial et l’inflation n’étaient pourtant pas tellement un problème, dans la mesure où le gouvernement achetait la paix sociale en subventionnant très largement les produits de première nécessité. Le problème aujourd’hui, c’est que le gouvernement iranien n’a plus les moyens de cette fuite en avant :

le secteur pétrolier, qui assure près des deux tiers des revenus de l’Etat iranien, est totalement aux abois. Retard technologique, manque d’investissement, embargo ont profondément asséché la manne pétrolière, et réduisent les marges de manœuvre du gouvernement.

La détente iranienne vise ainsi, pour très large partie, à relancer la machine pétrolière par une levée progressive des sanctions et un retour des investisseurs étrangers. Au-delà des conséquences positives sur l’économie iranienne et la situation au Moyen-Orient, voila qui serait de nature à bouleverser encore un peu plus des marchés de l’énergie déjà en ébullition.

Car l’Iran, ce n’est pas n’importe qui sur l’échiquier de l’énergie.

Remettre l’Iran dans le circuit, c’est potentiellement réinjecter des quantités pharaoniques de barils de pétrole et de mètres cubes de gaz naturel. L’Iran possède les quatrièmes réserves mondiales de pétrole derrière l’Arabie Saoudite, le Venezuela et le Canada. Un pétrole très intéressant, car autrement plus facile à exploiter  et rentable que les ressources non-conventionnelles de ces deux derniers pays par exemple.

L’Iran, c’est aussi les toutes premières réserves de gaz au monde, devant la Russie et le Qatar. Il s’agit là aussi de ressources facilement exploitables.

En abandonnant ses ambitions nucléaires, l’Iran pourrait ainsi se racheter une vertu. La levée des sanctions, combinée à la volonté affichée par le ministre du pétrole de favoriser l’investissement de majors étrangères, pourrait permettre à l’Iran de retrouver son rang. Le pays vise ni plus ni moins que 100 milliards de dollars en trois ans. De quoi alimenter encore plus l’offre disponible, et maintenir les prix du baril dans la bande des 100-120 dollars, ce qui est loin d’être une bonne nouvelle pour tout le monde. En voulant rentrer dans le rang, l’Iran risque ainsi paradoxalement de se faire encore plus d’ennemis.

(Mis en ligne le 29 Novembre 2013)

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