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Pourquoi ce quinquennat Hollande est-il si mal vécu ?

Référence de l'article : MPF5413
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écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et des prévisions,(3 Juin 2016)

C’est peu de dire que le Français moyen a mal vécu le dernier quinquennat. Il suffit

de suivre la cote de popularité présidentielle pour en prendre la mesure. Alors pourquoi un délabrement aussi profond et continu de l’opinion ?  D’abord parce que le niveau de vie du Français moyen, c’est à dire des personnes

disposant d’un revenu proche du revenu disponible médian, a baissé d’environ 2% depuis 2012, alors qu’il s’était élevé de 1,3% en moyenne par an du milieu des années 90 à 2009. Pour être précis, je parle ici de ceux

dont le revenu est compris entre les 30% les plus démunis et les 30% les mieux rémunérés. Pour être plus concret encore entre 1 239 euros et 1 912 euros pour une personne seule, ou 3 189 euros et 4 781 euros pour un couple avec deux enfants Certes le recul précède l’arrivée de François Hollande, mais avec l’accumulation des années de baisse, la défiance c’est installée. D’autant, que les classes moyennes des tranches inférieures ont vu se rapprocher le seuil de pauvreté. A cela s’ajoute le sentiment que les hauts revenus eux s’échappaient. C’était vrai au début de la crise, ce n’est plus le cas avec l’évolution de la fiscalité mais l’impression reste. Autre grief, l’évolution du chômage.

Sa progression a été très brutale, principalement chez les hommes, passant chez les employés de 6,5% en 2008 à 11,3% en 2014, record de la série qui débute en 1982. La trajectoire est identique du côté des ouvriers qualifiés. Et à près de 20%, le taux de chômage des ouvriers non-qualifiés reste quasiment accroché à son sommet historique atteint en 2013. Avec un tel palmarès, on ne peut pas être surpris de la défiance des classes moyennes, car l’emploi est le premier rempart contre la pauvreté. La crainte de se retrouver au chômage, la peur du déclassement s’est ainsi généralisée ces dernières années. Mais d’autres éléments sont également venus agacer le Français moyen.

Il y a d’abord le taux du livret A qui fait du rase-motte à 0,75% depuis août 2015. Bien entendu, avec une inflation devenue négative ce n’est pas si mal en termes réels, mais l’affichage nominal compte plus. Le calcul est simple : le livret moyen est d’environ 4 000 euros, à 2,25% en 2012 cela rapportait 90 euros d’intérêts. A 0,75%, la même épargne ne rapporte plus que 30 euros. C’est trois fois moins, c’est trois fois rien. Idem pour ceux qui ont placé leur épargne dans l’assurance vie. Les rendements des fonds en euros ont fondu pour tomber à 2,30% net des frais de gestion en moyenne en 2015. Et avec des OAT coincé à 0,5% environ depuis le début de l’année, la tendance va se poursuivre et le plancher des 2% sera perforé. Autrement dit, le français moyen, face à un revenu en berne, n’a même plus la consolation d’une épargne qui fructifie facilement. Même les prix de l’immobilier ont pesé sur le moral des petits détenteurs de patrimoine :

entre le 1er trimestre 2012 et le 1er trimestre 2016, les prix en province ont reculé de 6%, malgré leur légère remontée depuis deux trimestres.

La pilule est d’autant plus amère qu’ils avaient flambé de 114% depuis 2000. En d’autres termes, pour ceux arrivés sur le marché entre 2008 et 2012, il a fallu payer très cher un bien qui s’est dévalorisé. Baisse du niveau de vie, baisse de la rémunération de l’épargne, baisse de la valorisation du patrimoine, hausse du chômage et risque de déclassement la coupe est pleine et voilà bien pourquoi le Français moyen a si mal vécu ce quinquennat. 

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Cet article est également disponible sous format Video :
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Un-quinquennat-Hollande-si-mal-vecu-par-le-francais-moyen_3521.html

(Mis en ligne le 3 Juin 2016)

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