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La Guyane: pour l'un, c'est une île, pour l'autre, c'est un peuple

Référence de l'article : MPF6040
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écrit par Maître Stanislas FRANCOIS,Avocat,(14 Avril 2017)

Ce début de printemps est florissant : voici qu’en mars 2017 sont apparus l’île et le peuple de Guyane. Jeudi 29 mars 2017, Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, a présenté ses excuses au « peuple guyanais ». L’emploi du mot peuple pour désigner une composante de la nation a de quoi faire bondir ! Les synonymes ne manquaient pourtant pas et le ministre aurait pu s’adresser à la population de la Guyane, à ses habitants, à nos compatriotes guyanais, etc. Non, les excuses ont été adressées au « peuple ». Si l’emploi de cette expression est choquant, c’est tout simplement qu’en France, il n’existe qu’un seul peuple : le peuple français.

Déjà, le 2 mars, Hollande parlait du "peuple corse"... : une deuxième bombe à fragmentation ultérieure ?

Avant elle, le 2 mars dernier, devant l’Assemblée de Corse, François Hollande avait fait la même erreur. Grande première. Le chef de l’État a prononcé les mots « peuple corse » ! Venant d’un président de la République, c’est grave. En principe, le terme peuple associé aux qualificatifs régionaux est utilisé par les mouvements indépendantistes, ceux-là mêmes qui remettent en cause la souveraineté de l’État. En commettant cette erreur, c’est comme si le chef de l’État voulait saper les fondements même de sa propre légitimité.
 
Ce chef de l’État, qui nous avait déjà démontré qu’il n’était plus le chef, nous prouve maintenant qu’il n’a plus d’État.Si, en France, le Président a des allures de monarque, c’est bien le peuple qui est souverain.

L’article 1er de la Constitution dispose que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». L’indivisibilité est ainsi la première valeur de la République.

Le Conseil constitutionnel a mis en œuvre ce principe d’indivisibilité en 1991. Une loi avait été adoptée par le Parlement et l’article 1er faisait référence au « peuple corse, composante du peuple français ». Elle a été censurée au motif qu’elle méconnaissait tant le principe d’égalité devant la loi sans distinction d’origine que celui de l’indivisibilité de la République. Autrement dit, en France, faire référence à un autre peuple que le peuple français est inconstitutionnel. L’indivisibilité de la République est une notion viscéralement attachée à l’identité de la France, à tel point que c’est une valeur constitutionnelle.

Lorsqu’en 2015, à quelques semaines des élections régionales, le président de la République avait souhaité que la France ratifiât la Charte européenne des langues régionales, les principes d’indivisibilité de la République et d’unicité du peuple s’y sont opposés. Ils ont une application très concrète. À l’origine, ils permettent d’assurer l’égalité des citoyens devant la loi et de faire obstacle au communautarisme.

Alors, que signifie un message au peuple guyanais ? Que les Guyanais ne sont pas nos compatriotes, qu’ils ne sont pas aussi français que les habitants de métropole ? Les mots ont un sens, ils ont également une portée. Venant de responsables publics, représentant le peuple français, au-delà d’une petite faute juridique apparaît une énorme bourde politique.

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Article reproduit en licence CC BY NC SA avec l'autorisation de l'éditeur :
http://www.bvoltaire.fr/guyane-ile-peuple/?mc_cid=7de10b36b9&mc_eid=e4617e9091 
 
(Mis en ligne le 14 avril 2017)
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