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François Hollande toujours aussi content de lui

Référence de l'article : MPF5978
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écrit par Philippe BILGER,Magistrat honoraire, Président de l'Institut de la parole, Ancien avocat général à la Cour d'assises de Paris,(23 Mars 2017)

 

Le président de la République se contente de peu. Je suis fasciné de voir à quel point le pouvoir rend indulgent à l'égard de soi et vous fait prendre les vessies d'une gestion médiocre pour les lanternes d'un quinquennat qui aurait été réussi.

François Hollande a déclaré à Crolles, dans un discours à la tonalité testamentaire, avec sa syntaxe si particulière : "La France, elle est plus forte qu'il y a cinq ans" (Le Monde).
Il a égrené avec amertume ce qui, selon lui, aurait mérité d'être mis en avant par Benoît Hamon et Emmanuel Macron et qui ne l'a pas été. Sur les plans industriel, éducatif, écologique, économique et social.

Il a brossé de la France une image idyllique à la fin de son mandat : si certaines de ses appréciations sont incontestables - par exemple, l'économie créant des emplois à nouveau -, il est clair qu'il enjolive pour l'essentiel en surestimant des frémissements positifs tardifs et des réductions trop attendues et en tenant pour des avancées des régressions majoritairement dénoncées, notamment le bilan éducatif.
Certes il est de bonne guerre qu'un président rassemble, surtout quand il a été contraint de ne pas se représenter, ce qui pourra faire passer un plat indigeste pour une recette réussie.

Une France plus meurtrie et écartelée que jamais

L'honnêteté aurait dû l'inciter à déplorer l'extrême lenteur avec laquelle les rares effets estimables sont survenus.
Elle aurait pu aussi le conduire à s'interroger sur la validité et l'efficacité de la politique mise en œuvre sous son autorité si une vision partisane n'avait pas exclu une telle lucidité. En tout cas il est clair qu'il a rendu plus désirables que jamais d'autres projets pour la France.

Surtout, n'est-il pas limité d'appréhender l'état d'un pays sous le seul angle quantitatif alors que l'essentiel se passe ailleurs, dans des tréfonds immatériels, et qu'à l'évidence à cette aune-là la France n'est pas plus avancée qu'il y a cinq ans et peut-être même plus meurtrie et écartelée ?
Il ne s'agit pas de mettre au passif de ce quinquennat le terrible terrorisme qui a frappé notre pays même si en amont trop de naïveté a dominé et, en aval, a prévalu trop longtemps le verbe plus qu'une résistance vigoureuse et sans complaisance.

Le mandat de François Hollande devait être consacré à la jeunesse et viser au rassemblement de tous les citoyens pour faire oublier, paraît-il, l'exacerbation sarkozyste.
La jeunesse a été sacrifiée, elle est dans une colère souvent violente.
La société est éclatée, écartelée, les élites déconsidérées, le peuple férocement et sans nuance contre les gouvernants et toutes les institutions officielles.

On ose mettre en lumière quelques milliers de jeunes gens aveuglés qui, en faveur de Théo sanctifié contre toute évidence, protestent contre les violences policières et une police scandaleusement présumée coupable.

Le désordre et la violence devenus le plus court chemin pour obtenir gain de cause

Sur le plan international, la France a du mal à faire entendre sa voix - il ne suffit pas d'interventions militaires pour la rendre cohérente, réaliste et respectée - et nous avons un président de la République traité avec mépris par certains pays, comme la Pologne récemment.
Les nominations choquantes ne cessent pas de s'accumuler et le fait du Prince a réduit à rien les anaphores de 2012.

Avec une honteuse démagogie l'état de droit a été dévasté avec une double grâce présidentielle pour la même coupable.
En matière de sécurité et de sauvegarde de la tranquillité publique, le deux poids deux mesures a atteint des sommets et on peut soutenir que la faiblesse a été matraquée et la force intimidante ménagée et parfois flattée.
On a laissé sévir - si j'ose dire - une ministre de la Justice qui durant quatre ans n'a eu pour soutiens que le président de la République et une gauche plus éprise d'idéologie que de démocratie. Le peuple bien sûr dernier servi !

Et quel champ de ruines politiques ! Une gauche en miettes, deux extrêmes gauches officielles si proches l'une de l'autre, un Front national en amplitude durant cinq ans à cause d'un réel qui l'a porté et d'une administration de celui-ci qui l'a accru au point de ne plus rendre inconcevable sa victoire à l'élection présidentielle. Un président de la République contraint de jeter l'éponge et combattu férocement par une multitude des siens malgré, selon lui, son excellent bilan !
L'école quotidiennement attaquée avec la perception pas si fausse d'une absence d'autorité et d'un Etat en faiblesse chronique.

Etrange sentiment que sous François Hollande tout est permis et qu'on a le droit de tout se concéder. Que le désordre et la violence ne sont pas des interdictions mais des facilités.
Une France en résumé déboussolée, crispée, inquiète, indécise, perdue. Un deuxième tour plausible entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen ! Une fraîcheur novatrice contre une tentation dangereuse!
J'exagère ? Peut-être. Et, de grâce, qu'on ne me ressorte pas pour la centième fois que j'ai voté pour lui en 2012. Entre une virtualité et une déception, il y a un quinquennat !
Le président de la République m'a trop tenté.
Avec son "tout va très bien". Pas d'autre choix que de le relativiser avec "mais à part ça? " !

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Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
http://www.philippebilger.com/ 
 
(Mis en ligne le 23 Mars 2017)

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