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Depuis 1991, la population active a progressé de 14,5% en France, contre 6,5% en Allemagne

Référence de l'article : MPF5640
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écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et des prévisions,XERFI (21 Oct. 2016)

Personne ne doute un instant que l’économie allemande soit nettement supérieure à celle de la France et de prendre comme principal témoin de cette supériorité le taux de chômage :

c’est un fait, à environ 4%, l’Allemagne est proche du plein emploi, alors que la France n’est toujours pas parvenue à casser le plancher des 10%, c’est plus du simple au double. Il n’y a donc, a priori, pas de match possible entre les deux pays, visiblement l’un sait créer des emplois et pas l’autre, c’est structurel, mais c’est faux. Il manque en effet un élément fondamental à l’analyse : l’évolution de la population active.

Car le chômage n’est rien d’autre qu’un résidu entre la population active et l’emploi. Population active que l’on retrouve une seconde fois au dénominateur du taux de chômage. Population active qui, de fait, constitue de loin la première source de variation du ratio. Or,cette variable décisive est systématiquement passée sous silence… c’est l’angle mort du commentaire du taux de chômage ! Car contrairement à ce que l’on croit, la population active est une variable qui bouge, qui bouge même beaucoup. Pour schématiser, plusieurs forces sont capables de la faire dévier. D’abord des forces structurelles, mais non nécessairement stables :

1/ les flux démographiques liés aux variations des soldes naturels et migratoires.
2/ Les modifications de la législation avec notamment les changements de l’âge du départ à la retraite.
3/ Et enfin, les effets sociologiques,  comme la féminisation de l’emploi dans les années 60-70 en France. Or, cette variable n’a pas évolué, mais vraiment pas évolué, de la même manière des deux côtés du Rhin. En prenant en compte les données depuis 1991, c’est-à-dire juste après la réunification,

la population active allemande a progressé jusqu’à aujourd’hui de 6,5%, l’équivalent de 2,6 millions personnes de plus à absorber par le marché du travail. Pour la France, le défi est de toute autre ampleur, la hausse de la population active approche les 14,5%, c’est 3,6 millions de personnes en plus à qui il faut trouver du travail ; 1 million de plus par rapport à l’Allemagne. C’est tout, sauf neutre. Une fois n’est pas coutume, il faut mettre les chiffres à plat : la France aura créé sur les 25 dernières années environ 2 millions 750 mille emplois, c’est autant que l’Allemagne, alors que la taille de notre économie est bien plus réduite. Un peu de statistique fiction :
 
si la population active française avait suivi la même trajectoire que celle de l’Allemagne et qu’elle ait conservé ses propres chiffres de créations d’emplois, elle serait à moins de 4% de chômeurs ! En faisant le raisonnement inverse, c’est-à-dire en appliquant à l’Allemagne la hausse de la population active française, son taux de chômage dépasserait les 11%. Nous sommes là à un front renversé. Bien sur ce que l’on attend d’une économie, c’est d’absorber la croissance de sa population active, mais il n’en demeure pas moins que la démarche comptable mesure l’effort à fournir. L’accueil massif d’immigrés sera donc bien pour l’Allemagne un défi de taille : ça passe ou ça casse !

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Cet article est également disponible sous format Video :
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Le-chomage-en-Allemagne-et-en-France-a-contre-emploi_3744135.html

(Mis en ligne le 21 Octobre 2016)

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