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Blocages des facs : l’ultra-gauche et LFI tentés par un mai 18 ?

Référence de l'article : MPF6755
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écrit par Frédéric MAS,Docteur en philosophie politique,(31 Mars 2018)

 

Les violences se multiplient dans les facs suite aux blocages organisés par l’ultra-gauche pour protester, du moins est-ce "l'excuse officielle", contre la loi ORE promulguée le 8 mars dernier.
 
À Montpellier, le doyen et un professeur de droit ont été mis en examen pour leur participation supposée – l’enquête est en cours – à un déblocage violent de la fac de droit sur fond d’exaspération des étudiants.

À Lille, deux plaintes ont été déposées contre des militants d’extrême-gauche suite aux tensions provoquées entre des factions d’extrême-droite et de l’ultra-gauche venue bloquer la fac de Lille II.
Les individu.e.s mobiles scandaient notamment "Flics, Fachos, Hors de nos facs, ont répondra chaque fois qu'on nous attaque", ou encore "Du Rail au Mirail, on bloque tout" en passant par "Lille 2, première fac de droit, révolutionnaire".
 
À l’université de Nantes, après avoir bloqué des bâtiments pendant plusieurs jours, une assemblée générale organisée par quelques centaines d’étudiants « grévistes » a décidé d’interdire son accès pour protester contre la « sélection » à l’université.
 
Le scénario se répète à l’université de Tolbiac à Paris, ou encore au Mirail à Toulouse : une poignée de militants s’arroge le droit de parler au nom de tous les étudiants en mimant la démocratie, bloque l’accès à l’université sous prétexte de combattre la réforme et, ce faisant, participe à leur niveau à la dégringolade de la réputation des universités françaises, et à la mobilisation de leur sparring partner d’extrême-droite.

LE CARNAVAL RÉVOLUTIONNAIRE, TRADITION FRANÇAISE

Le blocage des universités est une tradition pour les groupuscules d’ultra-gauche qui fourmillent sur les campus, en particulier dans les facultés de Sciences humaines. On se souvient par exemple de l’occupation de la Sorbonne en 2006 dans le cadre des protestations contre le CPE, qui avait à la fois ravagé l’université et provoqué le retrait de plusieurs universités étrangères partenaires, soucieuses de préserver la réputation de leur enseignement.

Dans la plupart des cas, la méthode est la même : des membres extérieurs à l’université, s’appuyant sur des groupuscules aux revendications obscures, organisent des « assemblées générales » qui ne représentent qu’elles-mêmes pour ensuite trouver des médias suffisamment complaisants pour les considérer comme des porte-paroles légitimes de la « communauté universitaire ».

Instrumentalisant l’ignorance et la passivité d’une partie des étudiants, l’ultra-gauche fait ensuite pression sur les pouvoirs publics pour faire passer son agenda égalitariste, au détriment de l’avenir et de la qualité des diplômes des universités qu’elle parasite.

L’UNEF, « syndicat » étudiant autrefois proche du PS, s’est ces dernières années aligné sur les revendications des ultras pour ne pas perdre la main face à ses concurrents, le tout sous prétexte de « défendre le service public » qu’il rend synonyme de massification de l’enseignement supérieur à marche forcée.

UN COUP DE POUCE AUX GRANDES ÉCOLES… JUSQU’À UN CERTAIN POINT

Alors que les factions d’ultra-gauche encouragent à la non sélection à l’entrée des universités, mais aussi au passage automatique pour les masters dans le domaine de la recherche, les grandes écoles prospèrent en appliquant les solutions inverses, ce qui leur garantit non seulement la plus grande motivation de leurs étudiants, et un taux d’insertion professionnelle incomparable avec la fac, à l’exception bien sûr de certains établissements (médecine).

Ce n’est pas anodin, dans un pays dont le taux de chômage, en particulier des jeunes diplômés, est bien supérieur à celui de ses voisins européens. Le seul signal fort que ce genre d’agitation sur les campus renvoie au monde du travail se fait au bénéfice des filières qui peuvent se dégager de l’égalitarisme mortifère des facs de masses et au détriment des étudiants qui travaillent dans l’espoir de trouver un véritable emploi, contrairement aux agitateurs professionnels et autres entrepreneurs politiques qui se veulent étudiants à vie ou qui se recaseront comme permanents dans les associations et partis politiques.

Mais la dévalorisation des diplômes des facs porte aussi atteinte aux écoles, parce qu’elle met en danger les lieux de recherches et de production des savoirs qui sont au cœur de l’enseignement supérieur. À un certain stade, la non sélectivité atteint aussi la qualité de la recherche, et fait chuter universités et grandes écoles dans les classements internationaux.

LES DEUX MENSONGES DU CARNAVAL RÉVOLUTIONNAIRE

Le carnaval révolutionnaire qui sévit à chaque fois qu’approchent les examens repose sur deux mensonges entretenus savamment par la propagande et la complaisance des médias comme des politiques.
Le premier porte sur l’ignorance de la concurrence dans l’enseignement, qui doit se comprendre au regard de la compétition qui se joue tous les jours sur le marché du travail. Les employeurs utilisent les diplômes comme des signaux en termes de compétences et d’employabilité, ce qui se répercute bien évidemment sur les salaires et les postes proposés à la sortie des études.

À force d’associer les universités au laxisme généralisé, bien souvent au détriment des étudiants et des enseignants motivés et dévoués, les diplômes délivrés en viennent à ne valoir que le prix du papier sur lesquels ils sont imprimés. Qui osera prétendre qu’un master 2 en sociologie à Nanterre a la même valeur que le diplôme de n’importe quel IEP de province aux yeux d’un employeur ?

Mais la compétition en matière d’enseignement supérieur n’est pas seulement nationale, elle est aussi mondiale. Force est de constater que la réputation des universités françaises dans les classements internationaux n’est pas très élevée, ce qui est un scandale quand on sait à quel point les différents gouvernements prétendent depuis 40 ans faire de l’Éducation nationale une priorité.
Le second mensonge propagé par l’ultra-gauche porte sur la « gratuité » de l’enseignement supérieur, qui serait la garantie des « droits » de l’étudiant à l’éducation après l’obtention du bac. Le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche s’élève à 24,5 Md€ selon le projet de loi de finances de 2018, les ressources provenant essentiellement de l’État et des collectivités locales, c’est-à-dire de l’ensemble de la population française.

Les frais d’inscription à la fac oscillent entre 122 euros pour la licence à 260 euros pour le doctorat, ce qui signifie qu’une grande partie des frais de fonctionnement des établissements se fait à la charge de l’ensemble des contribuables ; et cela bien sûr sans compter l’attribution de bourses sur critères sociaux, qui pousse vers l’université bon nombre de jeunes fréquentant les amphis en attendant de trouver mieux sur le marché du travail.

En dissociant clairement les payeurs (les contribuables) et les usagers des services publics d’éducation (les étudiants), il devient possible pour l’ultragauche de vendre la fable d’un enseignement qui ne coûte rien à personne au plus grand bénéfice de tout le monde, jusqu’à encourager un phénomène bien connu des économistes, celui du « passager clandestin ». Si l’enseignement pour l’étudiant ne coûte pratiquement rien, et qu’il peut même bénéficier de bourses pour suivre des cours en attendant mieux, il a de plus grandes incitations à s’inscrire pour éviter de passer tout de suite par la case « marché du travail » ou « pôle emploi ».

C’est même là le miracle de l’université de masse, où les facs sont engorgées par des étudiants qui n’y ont pas nécessairement leur place, au grand dam de ceux qui y sont par choix, comme des enseignants qui souhaiteraient éviter de faire de la garderie en lieu et place de leurs cours. On imagine assez facilement que ces « passagers clandestins » sont une proie facile, et un véritable terreau de recrutement pour les pseudo-révolutionnaires de campus.

LA VEULERIE DES POUVOIRS PUBLICS ET LA MAUVAISE GOUVERNANCE DES UNIVERSITÉS

L’université française paie aussi 40 ans de complaisance de la part des pouvoirs publics, qui la considèrent comme une voie de garage bien pratique pour dégonfler les chiffres du chômage des jeunes, déjà extraordinairement élevés en Europe.

Non seulement l’université permet d’absorber momentanément une fraction non négligeable de ces jeunes en âge de travailler, mais elle est devenue l’armée de réserve de la gauche de la gauche grâce à une très remarquable négligence des élites politiques, qui, curieusement, s’occupent essentiellement de la qualité des grandes écoles dont ils sont issus et dans lesquelles ils inscrivent leur progéniture. La sélection par tirage au sort sous le gouvernement Hollande illustre à l’extrême le choix du non choix, la volonté de ne rien faire pour ménager les intérêts politiques et syndicaux en présence tout en prenant soin de refiler le problème au gouvernement suivant.

Non seulement la fac n’est aux yeux de nos gouvernants qu’une voie de garage pour des classes moyennes sans perspective d’avenir ou en voie de déclassement, mais elle est devenue le lieu de marchandage de toutes les tribus gauchistes et des syndicats pour s’octroyer des postes de représentation et des subventions de leurs actions méritoires en faveur du déclassement du pays.
En cause ici ce formidable appeau à désordre qu’est la gouvernance « démocratique » des universités, avec son empilement de conseils totalement inexistants dans les grandes écoles, mais qui permettent, dans la grande tradition du syndicalisme révolutionnaire, d’inciter et de subventionner des milliers d’organisations et de permanents, payés pour  promouvoir des politiques publiques les plus inutiles et les plus dommageables à l’enseignement.

FAIRE RESPECTER L’ÉTAT DE DROIT ET RENDRE LES UNIVERSITÉS AUTONOMES

Face au désordre orchestré par les officines d’ultra-gauche, la solution à court terme passe par le rétablissement des cours sur les campus. La fin de la récréation doit être sifflée, au plus grand bénéfice des étudiants et des personnels qui veulent travailler dans des conditions de travail acceptables. À plus long terme, c’est la question de la sélection, de la responsabilisation des étudiants et de la gouvernance des universités qui doivent évoluer, pour répondre aux attentes de ses usagers, comme de ceux qui mettent la main à la poche, pour qu’un jour les étudiants se retrouvent sur le marché du travail en position de force.

Sélectionner à l’entrée de la fac sur des critères de compétence n’est pas une « discrimination sociale », mais une urgence pour les élèves comme pour les professeurs motivés, ceux qui ont fait des sacrifices parce qu’ils savent qu’une formation qui a véritablement de la valeur ne s’obtient pas par l’ancienneté ou l’opération du Saint Esprit. C’est à cette condition que la qualité des enseignements comme des diplômes peut s’améliorer.

Ce n’est pas parce que l’enseignement en faculté est presque gratuit qu’il ne vaut rien. Il semblerait normal d’impliquer un peu plus les étudiants dans leur scolarité en augmentant les frais d’inscription, et de faire supporter le coût de l’enseignement à ses premiers bénéficiaires au lieu de le disperser sur la majorité de la population française.

Là encore, l’ultra-gauche tempêtera : « Sélection par l’argent ! ». Non, il s’agit de limiter l’emploi de l’argent des autres pour réduire les phénomènes de passager clandestin. C’est ainsi que fonctionnent la plupart des universités dans le monde. Enfin, la gouvernance des universités doit être réformée afin qu’elle soit plus efficace et moins dépendante des marchandages des factions et des syndicats, qui pèsent comme un poids lourd et rendent impossible toute réforme.
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[Voici quelques photos et quelques tweets significatifs d’une « certaine époque » dont, visiblement, certains ont la nostalgie. Ces tweets et photos font partie de l’article de M. Frédéric MAS. Ils ont été regroupés à la fin pour faciliter la lecture de l’article (NDLR)].




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Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :

https://www.contrepoints.org/2018/03/31/313016-blocages-des-facs-la-reputation-des-universites-premiere-victime-de-lultra-gauche 
 
(Mis en ligne le 31 Mars 2018)

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