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Avec "les kwassa-kwassa amènent du comorien", Macron surclasse tous ses prédécesseurs

Référence de l'article : MPF6149
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écrit par Eric VERHAEGHE,ENA, Ancien Président de l'APEC, Ancien Administrateur de l'ACOSS, de la CNAV, de l'UNEDIC,(6 Juin 2017)

La mauvaise blague de Macron sur les kwassa qui « ramènent du comorien » installe le mépris social au pouvoir, comme les révélations de Valérie Trierweiler avaient dévoilé le mot terrible de François Hollande pour les « sans dents ». Il n’aura pas fallu beaucoup de temps pour découvrir qu’Emmanuel Macron est empli de la morgue pour le petit peuple.

Mais quelle mouche a bien pu piquer le Président pour qu’il évoque avec autant d’inhumanité devant une caméra de télévision les Comoriens morts dans la traversée vers Mayotte? En dehors d’un ancrage du mépris social si profond que son expression serait devenue un automatisme inconscient, ou une forme de banalité quotidienne – comme si tout le monde le partageait, on ne lui voit pas d’explication.

Les Comoriens sont-ils des choses?

Dans la phrase « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du comorien », on voit bien le message qui passe. Le Comorien n’est pas un humain, c’est une chose, un objet, un animal, un poisson de pêche…
On en reste interloqué. On estime à plusieurs milliers le nombre de Comoriens noyés dans la traversée depuis 20 ans. Cette hécatombe n’a rien de risible. Elle appelle un minimum de compassion.

On n’ose imaginer les conséquences si cette phrase était sortie de la bouche de Jean-Marie Le Pen. Mais là, elle est tout simplement venue d’un Président de la République qui a fait campagne contre la haine et a enjoint, il y a un mois, aux Français de voter pour lui au nom des principes d’humanité.

On n’est plus ici dans le simple registre du cynisme politique. On est au-delà, dans la duperie, l’imposture. Entre la pêche aux Comoriens morts et le détail des chambres à gaz, on peine à voir la différence de nature. Sauf que Jean-Marie Le Pen était la honte de la vie politique, le pestiféré, alors qu’Emmanuel Macron obtiendra sans doute une majorité à l’Assemblée Nationale, après avoir obtenu 20 millions de suffrages le 7 mai.

Le mépris social, vrai visage du Boboland

Si l’on admet l’hypothèse qu’Emmanuel Macron est d’abord l’émanation des bobos parisiens, et des bobos de quelques autres villes, alors on comprend mieux à quoi servent les interminables leçons de morale qui émanent de ces milieux.

Facialement, les bobos interdisent toute forme de malveillance. La vie du bobo est organisée autour de la culture de l’excuse: un crime commis par un Celte est monstrueux, mais le même crime commis par un musulman devient la preuve de la discrimination des minorités et la manifestation de l’irresponsabilité humaine.
Cette façon discrète de ne pas reconnaître le principe de responsabilité aux « minorités visibles » a enfin son explication avec Emmanuel Macron. En fait, pour le bobo, le Noir, l’Arabe, le Musulman n’est pas un homme comme lui. L’universalité n’existe pas. Le Comorien, par exemple, n’appartient pas vraiment à l’espèce humaine. Il est un objet, une chose.

Mais on pourrait dire la même chose de ces banlieusards qui roulent dans de vieilles voitures polluantes, ou de ceux qui prennent les voies sur berge pour rentrer chez eux. Quelle horreur, toute cette plèbe…

Le macronisme est-il une réaction nobiliaire?

On avait cru voter pour la tolérance contre le mépris. On avait cru voter pour l’ouverture sur le monde contre le repli. On a en fait voté pour un Président qui justifie ses propos méprisants par « un humour de mauvais goût ».

Mais même dans les milieux où l’humour gras, raciste, homophobe ou islamophobe est pratiqué, il n’est pas sûr que quelqu’un se serait hasardé à railler des pauvres hères morts en pleine mer. Qui trouve cela drôle?
En réalité, la sortie d’Emmanuel Macron ne relève pas de l’humour. Elle relève de la haine ordinaire, de l’indifférence méprisante pour le sort des petites gens.

Comme François Hollande, plus peut-être que lui (qui avait, en Corrèze, pris le pli de serrer la main de ces petites gens), Emmanuel Macron ne ressent aucune empathie pour les pauvres, les sans-grades, les gueules cassées de l’histoire qui poursuivent des chimères au péril de leur vie. Ces gens-là ne sont pas de la même race que lui.
C’est en ce sens que le macronisme n’est certainement pas un modernisme. Il est une réaction nobiliaire. Il est la forme de la reprise en main de la société par les élites économiques de ce pays, par le gouvernement profond, qui est bien décidé à gagner une sournoise lutte des classes savamment dissimulée par le marketing politique du nouveau Président.

Savamment dissimulée, mais insuffisamment quand même, puisque son sentiment de triomphe est tel, aujourd’hui, que sa parole se libère et dissipe ses ambiguïtés.

« Je sais la colère, l’anxiété, les doutes qu’une grande partie d’entre vous ont aussi exprimés : il est de ma responsabilité de les entendre, en protégeant les plus fragiles, en organisant mieux les solidarités, en luttant contre toutes les formes d’inégalité ou de discrimination, en assurant de manière implacable et résolue votre sécurité, en garantissant l’unité de la nation.

Car derrière chacun des mots que je viens de prononcer, je sais qu’il y a des visages, des femmes et des hommes, des enfants et des familles, des vies entières. Il y a vous et les vôtres
 ». Emmanuel Macron,  Allocution du 7 mai 2017.

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Article paru sur Entreprise.news :
http://eric-verhaeghe.entreprise.news/2017/06/04/mepris-social-apres-les-sans-dents-de-hollande-les-kwassa-de-macron/

(Mis en ligne le 6 Juin 2017)

 
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