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Les 7 points-clés du programme économique de Donald Trump

Référence de l'article : MPE5684
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écrit par Christian CHAVAGNEUX,(11 Novembre 2016)

Donald Trump sera le 45e Président des Etats-Unis. Il faut donc aller regarder de près ce qu’il a annoncé en matière économique lors de sa campagne. Son programme peut être résumé en quelques grandes mesures phares censées définir le futur de l’Amérique.

1/ Moins d’impôts

La fiscalité a été l’un des thèmes phares de la campagne. Sur ce point, Trump vise une réduction d’impôts de 4 400 milliards de dollars sur dix ans, soit l’équivalent chaque année de 6 % du total des recettes fiscales. Tous les Américains bénéficieront d’une baisse d’impôts avec le nombre de tranches d’imposition ramené de sept à trois (12-25-33 %). De plus, des réductions d’impôts seront offertes pour aider à l’éducation des enfants. Les plus fortunés sont privilégiés avec une diminution du taux d’imposition marginal pour la tranche la plus haute (de 39,6 % à 33 %) , ainsi que par la suppression de l’impôt sur les successions qui ne touche aujourd’hui que celles supérieures à cinq millions de dollars. L’Amérique de Trump a des chances de devenir encore plus inégalitaire.

Côté entreprises, le nouveau Président veut ramener le taux d’imposition sur les bénéfices de 35 % à 15 % pour toutes les sociétés. Il a également promis de proposer aux entreprises qui conservent une partie de leurs bénéfices à l’étranger, notamment dans les paradis fiscaux, de les rapatrier au taux d’imposition réduit de 10 %. Le coût fiscal d’une telle baisse d’impôt serait de l’ordre de 1 500 milliards de dollars.

2/ Plus de dépenses d’infrastructures

Donald Trump a annoncé un plan de développement des infrastructures de 1 000 milliards sur dix ans. Un crédit d’impôt sera offert aux entreprises privées qui lanceront des projets. Ceux-ci seraient financés avec du capital privé, à 85 % par de la dette. Il est certain que les Etats-Unis ont aujourd’hui besoin d’un effort en la matière qui pourrait démarrer dès 2017 et apportera un soutien à la croissance.

Le candidat a promis que sa politique budgétaire sera, au final, neutre grâce à 1 800 milliards de recettes supplémentaires issues du surcroît de croissance entraîné par les baisses d’impôts, 1 800 milliards de plus grâce aux autres mesures de relance de l’économie. Le tout est accompagné d’une baisse de 800 milliards des dépenses publiques, notamment par une diminution du nombre de fonctionnaires (mais incluant une hausse des dépenses militaires qui passeraient de 3 % du PIB à 6,5 %).

Si on retombe bien sur les 4 400 milliards de baisse d’impôts promise pour les ménages, le coût de la diminution de l’impôt sur les sociétés n’est pas pris en compte. De plus, selon les calculs de Florence Pisany, spécialiste de l’économie américaine à Candriam, il faudrait que l’économie américaine connaisse une croissance moyenne de 3,5 % au cours des 10 prochaines années pour obtenir ce résultat, ce qui paraît pour le moins incertain. Les plans budgétaires de Trump conduisent plutôt au final à un accroissement du déficit budgétaire et de la dette des Etats-Unis. Une situation supportable si la croissance est au rendez-vous, qui prend le risque d’un dérapage de la dette sinon.

3/ Arrêt de la lutte contre le changement climatique

Donald Trump a promis d’arrêter le plan climat de son prédécesseur qui visait en particulier à réduire l’activité énergétique liée au charbon (une mesure bloquée par la Cour suprême) pour engager à l’inverse une relance de l’investissement dans l’extraction de charbon, ainsi que du pétrole et du gaz offshore.

Les régulations environnementales seront remises en cause. Donald Trump veut retirer la participation des Etats-Unis à l’accord de Paris issu de la COP 21. Il a également suggéré durant sa campagne de relancer le projet d’oléoduc Keystone XL entre le Canada et les Etats-Unis.

4/ Moins de commerce international

Un autre grand thème de la campagne a porté sur le commerce international. Pour Trump, c’est l’une des causes des problèmes d’emplois aux Etats-Unis. Le candidat a annoncé vouloir condamner la Chine pour manipulation de son taux de change et vol de propriété intellectuelle, imposer des droits de douane sur les produits chinois (jusqu’à 45 %) et mexicains (jusqu’à 35 %) afin de favoriser l’achat de produits locaux.

Il a également annoncé la fin des grands accords commerciaux : il veut renégocier l’Alena avec le Canada et le Mexique, sortir du Partenariat transpacifique avec les pays d’Asie. Nul doute que le TAFTA est également mort dans ce contexte.

Les Etats-Unis pourraient ainsi contribuer aux forces actuelles allant dans le sens d’une démondialisation. Mais les multinationales américaines devraient faire entendre leur voix.

5/ Moins d’immigrés

Les propositions radicales du candidat n’ont pas suffi à mobiliser le vote de l’électorat issu de l’immigration. Il souhaite expulser l’ensemble des immigrés illégaux et bâtir un mur à la frontière mexicaine. Il veut également renforcer les contraintes liées à l’accueil de migrants légaux.
Il paraît probable que les entrepreneurs américains, qui utilisent cette main-d’œuvre, feront passer le message au nouveau Président de ne pas y aller trop fort en la matière.

6/ Une couverture santé privatisée

Le nouveau Président a annoncé vouloir supprimer l’Obama Care, c’est-à-dire le programme obligatoire de couverture santé qui a bénéficié à 20 millions d’Américains ces dernières années.
Il souhaite le remplacer par des assurances privées subventionnées par l’Etat et promouvoir des comptes d’épargne santé individuels.

7/ Remettre en cause la régulation financière

Le candidat a clairement indiqué son souhait de remettre en cause la nouvelle régulation financière issue de la crise. Mais il n’a pas donné de détails concrets à ce stade au-delà d’un positionnement général visant à libérer la finance de tout contrôle étatique. Les institutions financières qui ont dépensé des centaines de millions de dollars pour obéir aux nouvelles normes et accru de dizaines de milliards de dollars leurs fonds propres sont plus en quête d'aménagements que d'une nouvelle révolution.

Nul doute que le nouveau Président reprendra le combat des élus républicains qui bloquent le plus possible les pouvoirs du nouveau Bureau de protection financière des consommateurs, capable de limiter le pouvoir des banques créancières dans leurs relations avec leurs clients en difficulté. Ils souhaitent sérieusement encadrer ses prérogatives, voire le supprimer, arguant du fait que les contrôles du Bureau empêcheraient les banques locales de distribuer des crédits immobiliers et aux PME.

L’autre piste évoquée consiste à établir un contrôle politique plus serré de la banque centrale. Deux postes de gouverneurs sont à pourvoir et nul doute que le nouveau Président y pourvoira avec des fidèles. La présidente Janet Yellen aura donc du fil à retordre dans un environnement politique hostile à son institution et le renouvellement de son mandat en février 2018 paraît désormais largement incertain.

Le Président Donald Trump dispose d’une majorité totale à l’Assemblée et au Sénat, ce qui ne s’était pas produit aux Etats-Unis depuis 1928. Il dispose donc de toute la latitude politique nécessaire pour mettre en œuvre son programme. Il y a de fortes chances pour que les républicains modérés qui refusaient de s’allier à Trump changent d’avis ou fassent profil bas.

La majorité sénatoriale va permettre à Trump de nommer le membre manquant de la Cour suprême qui sera donc également conservatrice, permettant tous les changements possibles. Néanmoins, certaines propositions du candidat vont à l’encontre des intérêts des entreprises et il faudra suivre de près la mobilisation et l’influence politique des pouvoirs économiques privés.
Les premières nominations aux postes clés du gouvernement et les premiers mois de 2017 diront jusqu’où le Président souhaite être fidèle au candidat.

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Article reproduit en licence CC BY NC SA avec l'autorisation de l'éditeur :
http://www.alterecoplus.fr//programme-economique-de-donald-trump-sept-themes-cles/00012567
 
(Mis en ligne le 11 Novembre 2016)
 

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