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Qui sera le prochain Gouverneur de la Banque centrale chinoise ?

Référence de l'article : MPC1537
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écrit par Jean-François di MEGLIO,Président,Asia Centre, Paris

Qu’on se rassure, cet article ne prétend pas donner la réponse à l’une des questions soulevées par le récent changement d’équipe dirigeante en Chine. Le jeu des devinettes n’est utile que pour autant qu’il permette de définir les différents scénarios possibles selon la réponse à la question.

Dans le processus de sélection tout à fait « top down » qui va s’enclencher à la suite de l’identification des « sept nouveaux maîtres du Parti », connus depuis le 8 novembre dernier, le choix du prochain Gouverneur est critique et obéit aux mêmes règles d’opacité que celles qui viennent de prévaloir pour le Bureau politique. Naturellement, des noms peuvent circuler et des suppositions antérieures peuvent finalement être confirmées. Cependant, il serait vain de tirer argument de tel ou tel évènement pour percer à jour le mystère de la décision finale.

Bilan du Gouverneur Zhou Xiaochuan et spéculations sur l’avenir…

Le mandat du gouverneur sortant aura duré dix ans, puisqu’il a pris ses fonctions au moment de l’arrivée de l’équipe dirigeante désormais partante, en 2002. Il faut noter la coloration fortement politique du poste. Parmi les prédécesseurs de Zhou, Zhu Rongji, qui a cumulé pendant deux ans, entre 1993 et 1995 le poste de Vice-Premier ministre et de gouverneur, a confirmé l’importance de ce levier de pouvoir fondamental dans le système chinois qu’est une banque centrale permettant d’accélérer ou de ralentir le rythme des réformes financières dans un secteur où il reste tant à faire.  C’est bien lui qui a donné la première impulsion permettant la remise en ordre des banques chinoises, étape indispensable (mais comme on le voit, toujours pas suffisante) dans la modernisation de l’économie. En termes de rang officiel, il était placé très haut, en tant que membre de l’élite, le « Bureau permanent », qui vient d’être ramené à sept personnes, comme à l’époque où y siégeait Zhu. Son successeur Dai Xianlong, sans être un personnage de rang plus modeste, ne siégeait qu’au « Politburo », composé de 25 membres. L’interprétation de sa « mise à l’écart », lorsque quittant la Banque centrale, il devint le chef de la municipalité autonome de Tianjin, a été assurément un tournant dans la vie de l’institution financière, mais le poste pris par Dai à sa sortie pouvait permettre d’interpréter cette sortie comme une évolution tout à fait honorable. Cela dit, quitter une position au sein du Bureau politique rang, c’était jusqu’ici perdre la possibilité de diriger la Banque centrale, et c’est ce qui vient d’arriver à Zhou Xiaochuan, annonce du changement de tête à la « PBoC », qui interviendra donc d’ici à avril 2013. Pour autant, les successeurs présumés Guo Shuqing et Shang Fulin ne siègent pas encore dans le bureau politique. On ne saurait interpréter ce phénomène comme une perte d’influence de la Banque centrale, et les prétendants les mieux placés, selon le « South China Morning Post » de Hong Kong, ont eu des responsabilités éminentes. Il est néanmoins probable que la personnalité nommée fera preuve d’encore moins d’indépendance dans la gestion de ce véritable trésor et de ce moteur indispensable de la réforme qu’est la banque centrale. Que laisse Zhou Xiaochuan derrière lui ? Incontestablement une image internationale forte, car ses propos ont toujours eu un retentissement large en dehors des frontières de la Chine et de son poste même. C’est par ailleurs son mandat qui a vu, du point de vue des évolutions de la devise chinoise, les évolutions les plus marquantes puisqu’en juillet 2005 : trois ans seulement après son entrée en fonction il a contribué à changer des règles de fixation du cours de la devise qui dataient de plus de dix ans. Les derniers mois de son mandat, par ailleurs, ont confirmé clairement qu’il se situait dans le camp de la réforme rapide sur le terrain du régime des changes et du système financier chinois. Ses dernières déclarations parlent ouvertement de la nécessité de rendre la devise chinoise convertible.

Guo Shuqing, ou Shang Fulin, ou un outsider ?

Qui lui succédera donc ? On pourrait emprunter, pour commenter les pronostics, la phrase de l’économiste Yu Yongding, membre de l’Académie des Sciences sociales et néanmoins penseur libre et agitateur d’idées nouvelles : selon lui, Guo Shuqing serait « le meilleur successeur », mais Shang Fulin est « le plus probable ». Ce commentaire en dit long. Guo Shuqing est le plus jeune des deux, il n’a « que » 56 ans. Il a, comme Shang Fulin, occupé la présidence d’une grande banque nationale (il a dirigé la China Construction Bank ou CCB) avant de diriger l’agence dépendant de la Banque Centrale en charge des réserves de change, la SAFE, et de devenir vice-gouverneur de la PBOC. Il a justement succédé à Shang Fulin à la tête de la CSRC, qui est l’autorité régulatrice des marchés. Le rythme des réformes, loin d’être achevées, qu’il a imposées dans les marchés des titres, a été beaucoup plus rapide que ce qu’il était du temps de Shang Fulin. Ce dernier, qui a dirigé la Banque de l’Agriculture, avant de succéder précisément à Zhou Xiaochuan, le Gouverneur sortant, à la tête de la Commission bancaire chinoise, la CBRC, est plus âgé. Son rôle à la CBRC, on peut en juger d’après l’absence quasi-totale de réforme significative du système bancaire ces dernières années, a été avant tout de le protéger de tout risque d’implosion causée par les mauvais crédits, même si son « track record » à la tête de la Banque de l’Agriculture n’apparaît pas comme un modèle de rigueur (elle a été la dernière des banques d’Etat à avoir nécessité une recapitalisation massive avant sa cotation).

D’autres candidatures sont possibles, et l’élu sera peut-être issu d’une autre institution. A ce stade, il semble que rien, d’après les clivages opérés autour des positions plutôt réformistes de Zhou Xiaochuan, de la relative frilosité ambiante des réformes en matière financière, dont nous nous faisons souvent l’écho ici, ne puisse pronostiquer cependant, quelle que soit la personnalité choisie finalement, une évolution rapide des marchés chinois.


(Mis en ligne le Vendredi 30 Novembre 2012)
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