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Les évolutions des règles boursières en Chine : indications-clés de la politique monétaire et financière ?

Référence de l'article : MPC1708
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Les évolutions des règles boursières en Chine : indications-clés de la politique monétaire et financière ?
écrit par Jean-François di MEGLIO,Président,Asia Centre, Paris

Comme nous le rappelons souvent dans cette rubrique, les options restent largement ouvertes en ce qui concerne la future organisation chinoise d’un système bancaire, financier et monétaire qui demeure pour l’instant tout à fait « unique », et, malgré tout en décalage (et cela d’autant plus que la crise de l’€ semble s’estomper à l’ouest) avec le reste du monde. En résumé, sur la base d’une ligne de fracture séparant les partisans de l’ouverture du compte de capital (sans doute la Banque centrale, en tout cas jusqu’ici et sous les auspices de son Gouverneur sortant, Zhou Xiaochuan) face à une ligne politique plus temporisatrice, sinon conservatrice, incarnée par les régulateurs et endossée par le niveau politique de la supervision. Les changements issus du XVIIIème Congrès du mois de novembre dernier ont bien semblé confirmer la force relative du courant conservateur. Deux annonces concernant le marché boursier au cours de la semaine écoulée tendraient à confirmer, non sans paradoxe, cette interprétation.

La première série d’annonces concerne les marchés boursiers « périphériques ». On sait qu’en Chine, outre le principal marché, les actions « A » (libellées en devise locale, accessibles soit aux résidents, soit aux non-résidents détenteurs d’un permis de « qualified financial institutional investor, permis relativement parcimonieux et difficiles à avoir, mais qui n’ont même pas été utilisés à plein par leurs détenteurs), il existe un marché à Shenzhen et un marché « B » ouvert lui aux non-résidents. Ce marché, un peu en miroir du marché de la devise « convertible » CNH à Hong Kong dans un autre domaine, a longtemps été celui qui portait les espoirs de libéralisation, jouant le rôle d’une incitation à investir dans les entreprises cotées en Chine, et portant la promesse implicite d’une fusion à court ou moyen terme avec le marché « A ». Cependant, le marché des actions « B » est resté très réduit, ne représente que moins d’un dixième du marché principal (la capitalisation boursière « A » elle-même ne représentant même pas 40% du PIB chinois, moins de 2 000 milliards d’€) et le marché de Shenzhen ne s’est développé que très difficilement et lentement.

File d’attente de 900 dossiers d’IPO

La reprise de la croissance de l’index « A », qui a perdu près de 50% de sa valeur en quatre ans, explique peut-être les nouvelles mesures, qui tendent à étouffer les espoirs de fusion entre marché « A » et marché « B ». Concrètement,  le mois dernier, une compagnie chinoise de navigation a reçu l’autorisation de convertir ses actions « B » en actions cotées à Hong Kong. Ceci découle de décisions portant sur la capacité à opérer un tel transfert, mais aussi sur la capacité (relevant de la Banque centrale) à transférer des actifs régis par le contrôle des changes en actifs monétaires « libres ». Deux autres compagnies, dont un promoteur immobilier (Vanke) sont aussi en lice, et la firme d’audit Deloitte a estimé que 40% des listings « B » pourraient « passer la frontière ».

Dans le même temps, on se souvient peut-être que le contexte boursier très défavorable en Chine des années précédentes, mais qui s’est prolongé surtout en Chine en 2012, à contre-cycle des autres marchés boursiers, a créé une file d’attente très longue considérable (environ 900 sociétés candidates à l’IPO en attente de traitement). Il a été désormais prévu de démultiplier les forces destinés à évaluer les candidats : quinze commissions ont été créées qui passeront au peigne fin les comptes des sociétés en attente de réponse à leur demande de cotation. Il est estimé que les réponses parviendront après le Nouvel an chinois, soit au mois de mars, mais que probablement le quart des candidats se désistera de lui-même, car les conditions d’examen et d’approbation s’avèrent strictes.

Hong Kong sera favorisé par rapport à Shangaï

Que retenir de ces décisions et de ces évolutions ? Elles nous paraissent très riches d’enseignements :

  • Comme on pouvait le deviner depuis quelque temps, le « modèle taiwanais » d’ouverture du compte de capital par l’admission progressive d’investisseurs étrangers (par la voie de l’agrandissement et surtout de l’utilisation) des quotas QFII ne sera pas suivi, pas plus que celui de la fusion des actions « A » et « B » de Shanghai. Au contraire, tout pointe vers une forme de « malthusianisme » ou en tout cas d’effet voulu de raréfaction et d’ « assainissement » d’un marché shanghaien qui n’est pas tout à fait un marché boursier comme les autres (du fait de sa relative illiquidité, du fait de son côté « captif », de nombreuses actions étant détenues par des actionnaires individuels souvent liés aux sociétés cotées, ou à des institutions agissant parfois comme une « main invisible »). Le marché shanghaien, porté aussi par une possible reprise de la croissance de l’index dans un contexte domestique et international plus porteur, reprendrait progressivement un chemin prometteur, sans pour autant établir des ponts avec l’extérieur. Ceci permettrait aussi d’absorber progressivement les quotas étrangers non utilisés, par le retour de la confiance des investisseurs internationaux.
  • En revanche, les sociétés chinoises désireuses d’attirer des fonds étrangers ne le feraient plus à Shanghai mais à Hong Kong (« H  shares »), et donc en devise convertible, ou en tout cas non chinoise (le HK dollar), difficile à rapatrier.  C’est donc clairement une indication que, comme on l’entend de plus en plus, les sociétés attractives et en croissance en Chine sont incitées à lever des fonds qui, le cas échéant, leur permettront une expansion internationale. Lorsqu’elles émettront les prospectus expliquant les raisons de ces levées de fonds, on devrait logiquement voir la traduction de ces ambitions. Elles sont elles-mêmes totalement en ligne avec :
  1. la politique de diversification des actifs des compagnies chinoises, mais aussi de ceux de leurs actionnaires qui sont les fondateurs et qui sont des personnes physiques, de plus en plus désireuses de détenir des avoirs à l’étranger
  2. le report d’une politique consistant à « re-convertir » des avoirs détenus à Hong Kong en devises ou en « CNH », de façon à éviter de trop gonfler les liquidités détenues en Chine.

II s’agit ici d’interprétations sous-tendues par une lecture (cohérente avec nos articles de 2012) d’une forme de conservatisme dominant des autorités monétaires chinoises, en rupture avec l’optimisme qu’avait suscité la création du CNH, devise jumelle, convertible, et « non-résidente » du CNY, la devise domestique chinoise. Ces interprétations seront à confirmer, mais elles sont en ligne aussi avec le relatif immobilisme concernant la réforme financière domestique en Chine. Même si l’économie et en particulier les échanges avec l’extérieur (voir l’article de Romain Lafarguette et Zhou Hewei cette semaine) indiquent que la reprise est peut-être là, les autorités monétaires chinoises resteront très prudentes, avant de profiter de cette confiance qui revient, pour la transcrire dans une attitude réformatrice plus agressive que celle qui avait prévalu, au-delà des dissensions internes, pendant les cinq, sinon les dix, dernières années.

 
(Mis en ligne le Vendredi 11 Janvier 2013)
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