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Brésil : les promesses seront-elles enfin au rendez-vous ?

Référence de l'article : MPB3464
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écrit par Aymeric de VILLARET,

2014 : année du Brésil avec la coupe du monde de football et les regards tournés vers le pays…

Mais qu’en est-il pour le Pétrole ? Alors que le pays, depuis les découvertes des champs pré-salifères, devait être un eldorado avec des projections de croissance de production très optimistes, force est de constater que celles-ci se sont révélées plutôt décevantes.

Il suffit de regarder l’évolution ces dernières années des prévisions de production d’hydrocarbures de Petrobras (société nationale, en partie privée, du pays) pour le réaliser.

Ainsi début 2011, Petrobras (l’industrie du Pétrole au Brésil se confond avec celle de Petrobras) prévoyait une production de 2,980 kb/j de pétrole en 2014 alors qu’en ce mois de mars, ce n’est plus que 2,076 kb/j qu’il anticipe, soit 30% moindre !

Cet accès aux réserves pré-salifères s’est accompagné pour Petrobras de contraintes strictes vis-à-vis des investissements nécessaires: en échange de cet accès, un devoir notamment de fourniture de produits pétroliers aux brésiliens (les prix devant rester relativement stables malgré les aléas des cours du brut).

Associés à une formidable hausse des coûts, la performance boursière de Petrobras depuis cinq ans a été particulièrement décevante (-47% par rapport à ExxonMobil et même –68% par rapport à l’indice brésilien).

Pour 2014, Petrobras attend une croissance de +7,5% de sa production. Cette croissance sera-t-elle au rendez-vous ?

Le Brésil, un petit dans le monde du pétrole mais un grand demain ?

Selon les dernières données disponibles à ce jour au niveau mondial (2012 puisque 2013 ne l’est pas encore), le Brésil n’est pas encore un grand du pétrole.

En effet au niveau des réserves, selon la BP Statistical Review, il représentait (avec 15,3 Milliards de baril de pétrole) fin 2012, moins de 1% des réserves mondiales ; ce qui en fait le deuxième pays d’Amérique du Sud derrière le Venezuela.

Les données du Oil and Gas Journal (OCJ) sont proches avec 13 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole.

En revanche, son poids dans la production commence à peser quelque peu avec 3% (2,1Millions de barils/jour), au niveau du Venezuela…. malgré beaucoup moins de réserves….

Premier producteur d’énergie liquide en Amérique du Sud, grâce à l’Ethanol

En 2012, le Brésil, selon l’EIA (US Energy Information Administration), a produit 2,7 Mb/j de combustibles liquides dont 78 % de pétrole. Selon l’AIE (Agence Internationale de l’Energie) sa production de pétrole aura été de 2,16 Mb/j. L’autre principale source d’énergie est l’éthanol (production de 405,000 barils/jour en 2012).

Le Brésil se caractérise en effet comme le pays ayant beaucoup développé sa filière éthanol, bien avant la découverte des champs pré-salifères, de manière à avoir une certaine indépendance énergétique (voir page suivante).

Principaux acteurs sur le marché brésilien

Petrobras, qui est contrôlé par l’Etat, est l’acteur dominant avec des positions sur toute la chaîne pétrolière (Amont et Aval). Le groupe avait le monopole au Brésil jusqu’en 1997, moment de l’ouverture du secteur à la concurrence. RD Shell fut le premier groupe étranger à y produire du pétrole et depuis a été rejoint par Chevron, Repsol, BP, Anadarko, El Paso, Galp Energia, Statoil, BG Group, Sinopec, ONGC et TNK-BP. Un groupe brésilien a commencé également à y produire du brut, en l’occurrence OGX dans le bassin de Campos en 2011.

Brésil : Indépendance énergétique

Soucieux de son indépendance énergétique le gouvernement a eu comme objectif de long terme d’augmenter sa production domestique particulièrement dans le pétrole et l’éthanol.

Il faut voir en en effet que la consommation d’énergie primaire au Brésil a augmenté de plus d’un tiers dans la dernière décennie du fait d’une forte croissance économique.

Les deux axes de développement sont donc :

1)      la filière éthanol sur laquelle le gouvernement s’est penché dès les années 70 afin de limiter la dépendance du pays aux importations de pétrole et utiliser les surplus de canne à sucre. Aujourd’hui, le Brésil est le deuxième producteur et consommateur mondial derrière les Etats-Unis
2)      et surtout le pétrole dont les découvertes des pré-salifères en 2006 ont changé les perspectives du pays et donné beaucoup (peut être trop ?) d’espoirs.

Mission donnée à Petrobras : fournir le marché brésilien en produits pétroliers d’où nécessité d’un équilibre Amont-Aval

Pour avoir cette indépendance énergétique pétrolière, le Brésil s’appuie sur une entreprise pétrolière de taille mondiale Petrobras dont il est le principal actionnaire (61% de droits de vote et dont il doit garder selon la loi le contrôle)

En tant qu’entreprise nationale, même si son capital a été ouvert à des investisseurs brésiliens et internationaux, Petrobras a comme mission de fournir le marché brésilien en produits pétroliers.

Cette forte hausse de la demande brésilienne à venir implique la nécessité de construire et/ou adapter des raffineries sur le territoire brésilien :

Ainsi comme le montre le graphe ci-avant il existe un équilibre entre la production et le raffinage, alors que ce n’est pas le cas, globalement pour les autres groupes pétroliers intégrés :

En échange de ce « devoir », Petrobras a un accès privilégié aux blocs d’exploration d’hydrocarbures brésiliens.

Les deux bassins principaux pétroliers au Brésil sont ceux offshore de Campos et de Santos (pré-salifères) situés au large de la côte sud-est du pays :

La nouvelle réforme datant de 2010 pour les réserves des pré-salifères confirme la main-mise de Petrobras sur le marché brésilien en lui donnant un minimum de 30% de parts dans tous les projets et lui conférant le rôle de seul opérateur.

Problématique de Petrobras, bras armé de l’état brésilien

Cela coûte cher et nécessite beaucoup d’investissements… pour un groupe Petrobras dont la structure doit rester brésilienne alors qu’il est déjà fortement endetté et dont la division Aval est plus là pour « servir les brésiliens » que pour faire des profits…

Ainsi la division RTM (Refining Transformation & Marketing) confrontée à un cours du baril élevé, a creusé ses pertes en 2012. En 2013, selon les normes IFRS, cette division est toujours restée en pertes, même si la situation a été légèrement moins dégradée.

Selon le plan stratégique de Petrobras quinquennal 2014-2018, c’est 220,6 Mds $ que Petrobras doit investir dont 70%  dans l’Amont pétrolier (153,9 Mds $) mais aussi près de 40 Mds $ dans l’Aval…pour justement répondre à son rôle de fournisseur de produits pétroliers du marché brésilien.

Comme le disent certains politiciens au Brésil dont par exemple au congrès Raul Henry : « la loi actuelle impose à Petrobras une obligation que la compagnie ne peut assumer ». C’est pourquoi il propose des changements afin de lui donner moins de contraintes après que 2012 ait été la pire année au niveau des profits pour Petrobras du fait d’une production de pétrole stagnante et d’une hausse du coût de ses importations de produits pétroliers nécessaires pour livrer le marché brésilien.

Une ouverture des marchés brésiliens libérerait Petrobras au niveau financier mais la question de l’outil de raffinage/distribution ne serait pas pour autant résolue à moins d’accepter d’avoir des prix à la pompe suivant plus les cours mondiaux… ce qui en l’état actuel des choses semble difficile.

Ou bien alors demander aux pétroliers ayant accès aux nouveaux blocs, d’assurer ces prix à la pompe brésilienne….

Enchères stratégiques sur Libra ; les prochaines étant dans deux trois ans

Devant toutes ces réserves que possède le Brésil, les enchères relatives à l’exploitation du gisement de Libra (au large de Rio) en octobre 2013 furent extrêmement intéressantes dans la mesure où c’étaient les premières après la loi de 2010 et donc un test vu la taille du champ.

Considéré comme le plus vaste du Brésil, ce dernier couvre 1.500 km², et les réserves enfouies sont estimées entre 8 à 12 milliards de barils de brut avec une production pouvant atteindre 1,4 Mb/j alors que le Brésil aujourd’hui produit un peu plus de 2 Mb/j :

L’enjeu était politiquement si important que le FUP (Federacion Unica de Petroleos) avait même lancé un mouvement de grève pour empêcher ces enchères.

Peu de candidats à cet appel d’offres (seuls deux groupes occidentaux, présents dans le seul consortium ayant fait une offre, ont montré un intérêt – RD Shell et Total-) alors que le marché pensait que les chinois seraient les plus offrants, vu leur appétit de pétrole et leur moindre souci de la rentabilité.

Selon l’ANP (Agence de pétrole brésilienne), les investissements nécessaires au développement de ce champ seront d’au moins 280 Mds $. En outre le consortium devra verser au gouvernement brésilien environ 7 Mds $ à la signature du contrat.

Il semblerait que ce soient tous ces coûts qui aient dissuadé les autres majors dont les américains d’enchérir sur Libra.

L'exploitation du plus grand gisement pétrolier du Brésil a été attribuée à un consortium formé par le Brésilien Pétrobras (40% ; soit 10% de plus que le pourcentage imposé), Shell et Total (20% chacun) et les chinois CNPC et CNOOC (10% chacun).

En conclusion, cet appel d’offres montre bien le dilemme que représente le Brésil avec ses fortes réserves mais chères à développer, donc sujettes à des interrogations quant à leur rentabilité future.

Politique et Economie sont-elles compatibles ou qu’en pensent les marchés ?

Force est de constater que si Petrobras a accès à des ressources considérables, même si les marchés financiers aiment la croissance, ceux-ci pénalisent depuis un certain temps son cours de bourse :

Cette sous-performance boursière se retrouve tant par rapport aux pétrolières occidentales cotées à New York (ExxonMobil) que par rapport à son marché local :

Ainsi sur la place de Sao Paulo en cinq ans, le cours de Petrobras a été divisé plus que par deux alors que le marché montait de près de 16%, soit une sous-performance de 68% !

Conclusion : les promesses seront-elles au rendez-vous ?

De nouveau cette année (à l’occasion de la mise à jour de son plan stratégique), Petrobras (et les prévisions de l’AIE sur le Brésil vont dans la même direction) a annoncé une belle hausse de sa production (+7,5% !).

Peut-on le croire ?

En effet les chiffres de l’AIE sur janvier et février (ainsi que ceux donnés par Petrobras) indiquent une nouvelle baisse de production suite à des fermetures d’unités sur le bassin de Campos. Et même si neuf projets ont commencé en 2013 (dont cinq produisent actuellement), les espoirs souvent déçus du passé prêchent pour la prudence.

A noter que le groupe, en ligne avec tous les majors (voir notre lettre mensuelle de mars La fin des super majors ? ou de l’histoire du Pétrole…http://aymericdevillaret.wordpress.com/la-fin-des-super-majors-ou-de-lhistoire-du-petrole/) vient de réduire ses investissements futurs de 236,7Mds $ (plan 2013-2017) à 220,6 Mds $, avec comme principal changement une baisse des dépenses dans l’Aval, ce qui est loin de déplaire aux investisseurs.

Nota: cet article est également consultable sur le Site de l'Auteur: http://aymericdevillaret.wordpress.com/

(Rédigé le 25 Mars 2014)
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