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Arabie Saoudite : ne pas refaire les erreurs du passé

Référence de l'article : MPA4007
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écrit par Aymeric de VILLARET (16 octobre 2014),

Le prix du baril continue de baisser et l’Arabe Saoudite ne semble pas réagir. Pourquoi ? Le fait-elle pour ne pas renouveler l’expérience des années 80 lorsque, face à la chute des cours du baril, elle coupa drastiquement sa production, jouant son rôle de « swing producer », mais in fine perdant à la fois tant en parts de marchés qu’en prix ?

Les prix du Brent continuent de chuter et l’on approche bientôt de la barre des 80$/baril.  Depuis le plus haut du 19 juin 2014 (lorsque Daech était aux portes de Bagdad), le cours a chuté de -31,5 $, soit -28%.

L’Arabie Saoudite ne veut plus jouer son rôle de responsable des cours du brut

De manière très nette, l’Arabie Saoudite apparaît comme souhaitant ne pas réagir. Différentes phrases attribuées à de nombreux responsables saoudiens, ainsi que l’annonce d’une baisse des prix à ses clients asiatiques, sont là pour en témoigner.

Même s’ils ne poussent pas les prix à la baisse, une « source » indique qu’ils seraient prêts à ce que le marché trouve son plancher et accepter des prix plus bas jusqu’à ce que d’autres au sein de l’OPEP agissent.

L’Arabie a beau avoir besoin, selon les estimations de Deutsche Bank, d’un baril à 93$ pour équilibrer son budget, le Royaume souffrirait moins d’un baril bas que la majorité des autres membres de l’OPEP, notamment l’Iran et le Venezuela.

Un ancien responsable de l’entreprise d’Etat Saudi Aramco, Sadad al-Husseini, analyse d’ailleurs la situation actuelle en expliquant que le message est : « N’attendez pas de nous que nous prenions sur nos épaules la responsabilité de diriger le marché mondial de pétrole ».

Et cela alors que l’Arabie Saoudite est reconnue comme « gérant » les marchés du pétrole : le Royaume possédant une « capacité disponible » de production de brut  (‘spare capacity’ en anglais), alors que les autres pays producteurs produisent (à l’exception parfois, mais nettement moindre, des Emirats Arabes Unis et du Koweït) au maximum de ce qu’ils peuvent.

Le parallèle avec les années 80

Le premier choc pétrolier de 1973 (suite à la guerre du Yom Kippur) suivi du second choc pétrolier de 1979 (consécutif à la révolution iranienne), entrainèrent une forte hausse des cours du baril.

Or cette même hausse –avec son impact sur la demande mondiale – associée aux découvertes de pétrole en Mer du Nord, engendrèrent d’un côté le ralentissement de la demande et de l’autre l’arrivée d’une nouvelle offre.

Face à cette arrivée, l’Arabie Saoudite choisit la stratégie de défense de prix et coupa de manière drastique sa production (voir graphique page suivante).

Elle passa ainsi, selon les chiffres de BP Statistical Review,  de 10 Mb/j, dans les années 1979 à 1981, à 3,6 Mb/j en 1985.

Les coupures des années 80 n’empêchèrent pas la chute du Brut

Mais cela n’empêcha pas les cours du baril de baisser et en 1986, ceux-ci tombaient dans la zone des 15$ -l’Arabie Saoudite se décidant alors à remonter sa production - alors qu’ils étaient proches des 40$ auparavant.

Il fallut cinq ans à l’Arabie Saoudite pour remonter sa production et reprendre les parts de marchés perdus : de 5,5 Mb/j en 1987, elle n’atteignit les 9 Mb/j qu’en 1991. Ainsi le Royaume avait-il perdu de 1986 à 1990, tant en volumes qu’en prix.

La grande erreur, selon certains, aurait été de continuer à couper la production pour maintenir les prix alors que, face à la nouvelle offre, il fallait trouver un nouvel équilibre pour les prix. Aller contre les marchés fut un non-sens.

Conclusion

Un certain parallèle avec aujourd’hui ?

Force est de constater que l’on peut trouver beaucoup de similitudes entre ce qui s’était passé lors des années 80 et aujourd’hui, avec :

1)      L’huile de schiste américaine prenant la place du pétrole de la Mer du Nord
2)      Un cours du baril élevé depuis un certain temps
3)      Une croissance de la demande faible.

Soit des marchés de pétrole passant d’un état de rareté à un état d’abondance.

Ainsi, l’Arabie Saoudite aurait intérêt, si l’on suit ce parallèle, à laisser les marchés s’autoréguler et laisser les autres pays producteurs, tant au sein de l’OPEP qu’en dehors, participer aux efforts de coupure nécessaires.

Il est trop facile de se reposer sur un leader…

Nota: cet article est également consultable sur le Site de l'Auteur : http://aymericdevillaret.wordpress.com/

 

(Rédigé le 16 octobre 2014)