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Les Allemands furieux contre la baisse des taux

Référence de l'article : MPA3062
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écrit par Aurélien DUTHOIT,Directeur d'études,XERFI

La baisse des taux directeurs de la BCE a fait des vagues en Allemagne. 

Dans un consensus assez inhabituel, politiques, économistes et journalistes ont pratiquement tous condamné la décision de Francfort de ramener les taux directeurs à 0,25%. Vu de France, l’indignation allemande est incompréhensible quand on connait la purge que traversent les pays du Sud de l’Europe, et les risques de déflation qui se précisent. Vu d’Allemagne pourtant, c’est bien la décision de Mario Draghi qui n’est pas comprise.

La première crainte de l’Allemagne, c’est de voir se former une bulle sur le prix des actifs alors même que les marchés de capitaux croulent déjà sous les liquidités. Une perspective assez lointaine en France, mais bien tangible en Allemagne, notamment dans l’immobilier.

Comme on le voit sur ce graphique, les prix de l’immobilier ne cessent d’augmenter au niveau national, et explosent littéralement dans certaines des villes les plus importantes comme Stuttgart, Duesseldorf, Francfort et Munich, avec parfois des taux de croissance à deux chiffres et un impact sur le montant des loyers. Le coût du logement était l’une des questions centrales des dernières élections, où un gel des loyers avait même été évoqué. La question est d’autant plus épineuse que l’Allemagne est majoritairement un pays de locataires.

La deuxième crainte de l’Allemagne, c’est que cette politique de taux faible n’attaque l’épargne des Allemands. Là encore, il s’agit d’un sujet ultra-sensible pour deux raisons. 

La première, c’est que les ménages allemands sont peu endettés et disposent d’une épargne abondante qu’il faut rémunérer. Cette politique des taux bas rapporte peu, voire entame l’épargne des ménages en termes réels. Rappelons que l’inflation en Septembre s’était élevée à 1,4% sur un an outre-Rhin. La deuxième raison à cela, c’est que le régime des retraites en Allemagne est mixte et comprend une part de capitalisation. En moyenne, environ 10% du montant des retraites provient de fonds investis, une part qui ira en grandissant au fur et à mesure que le taux de remplacement du système public diminuera. Pour leur avenir, les Allemands ont ainsi tout intérêt à ce que les rendements ne baissent pas.

La troisième crainte de l’Allemagne, c’est que cette baisse des taux ne traduise la mainmise des pays du Sud de l’Europe sur la politique monétaire. Il s’agit là d’une rhétorique bien connue en Allemagne, qui s’exprime à des degrés divers. 

Du côté des plus modérés, on trouve une frange des eurosceptiques et d’influents économistes comme Hans-Werner Sinn, pour qui la BCE va beaucoup trop loin en jouant les pompiers de l’euro en se substituant au Fonds européen de stabilité financière. La politique des taux bas ne serait qu’un pis-aller qui ne réglerait en rien les problèmes de compétitivité du sud de l’Europe. Du côté des plus radicaux en revanche, à l’image du parti Alternative fuer Deutschland, on y voit le symbole de la signature et des capitaux allemands qui iraient renflouer le tonneau percé des pays laxistes d’Europe du Sud. Là encore, il s’agit d’un discours largement entendu à l’occasion des dernières élections, même si le parti ArD n’a finalement eu aucun représentant au Bundestag.

En un mot comme en cent, pour ce qui est de la politique monétaire, jamais les intérêts de l’Allemagne n’ont été aussi opposés à ceux du Sud de l’Europe.

(Mis en ligne le 22 Novembre 2013)
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