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Que donne la comparaison des patrimoines des ménages européens, selon plusieurs méthodes ?

Référence de l'article : MMZ7462
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écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et de la prévision,XERFI (1er Avril 2019)

C’est un énorme pavé dans la mare :



avec un peu moins de 61 000 euros de patrimoine net médian, les ménages allemands sont moins riches que les Français 113 300 euros, qui le sont moins que les Espagnols, eux-mêmes devancés par les Italiens. Que les Luxembourgeois écrasent le classement avec près de 440 000 euros, cela n’étonnera personne, mais pour le reste, il y a de quoi rester pantois. Même les Grecs avec 65 000 euros apparaissent plus fortunés que les Allemands. C’est à front renversé de ce que semble indiquer le simple bon sens, c’est-à-dire le lien plus ou moins fort entre niveau de développement d’une économie et niveau de richesse de ses ménages.

Il ressort pourtant très clairement que ce sont les pays du Sud qui ont vécu les pires difficultés économiques avec la grande récession, qui ont été assistés par les autres, qui présentent le niveau de richesse des ménages le plus élevé. Le paradoxe est total. Pourtant, ce classement, incontestable établi par la Banque centrale européenne, il faut

  • le nuancer,
  • le clarifier et
  • le dépasser.



Première nuance à apporter, l’étude est basée sur une méthode d’enquête déclarative. En d’autres termes, ce sont les ménages qui évaluent-eux-mêmes leur patrimoine et des biais d’estimations sont probables, mais ce n’est finalement pas là l’essentiel.

A cela s’ajoute, la définition même du patrimoine retenue dans l’étude qui n’intègre pas les droits à pension qui dans certains pays peuvent représenter une part importante de la richesse.

Il faut ensuite être très clair. Les chiffres portent sur le niveau de richesse par ménage et non par habitant, or plus un ménage compte de membres, plus son patrimoine a mécaniquement tendance à être élevé.



Sans grande surprise, c’est dans le sud de l’Europe (Chypre, Portugal, Grèce, Espagne et Italie) que la taille des ménages est la plus grande et dans le nord qu’elle est la plus réduite. Toutefois, même ainsi corrigé, les Allemands font encore partis des plus pauvres de la Zone euro, toujours loin derrière les « riches » Espagnols ou Italiens. Cette anomalie



tient pour beaucoup à un seul fil, celui de la diffusion de la propriété immobilière, la principale composante du patrimoine des ménages, qui est bien plus importante en Espagne, ou plus 8 ménages sur 10 sont propriétaires, qu’en Italie près de 7 sur 10, qu’en France (59%) et qu’en Allemagne où le taux de propriétaires tombe quasiment à 44%. A quoi s’ajoutent des écarts de prix très marqués, notamment au détriment de l’Allemagne. La richesse moindre des Allemands combinent donc faible taux de propriétaires et sous-valorisation du parc. Un détour sur le patrimoine net médian des seuls propriétaires permet de corriger le premier biais.



La hiérarchie européenne des richesses s’en retrouve alors profondément modifiée. En resserrant l’analyse sur le quatuor des principales économies de la Zone euro, ce sont les ménages français qui ressortent en tête devant les Allemands (nettement rehaussés), les Italiens et les Espagnols. Cet indicateur garde cependant la trace des écarts de valorisation.
 
Pour bien comprendre la position allemande une analyse du patrimoine net moyen et non plus médian est également nécessaire. Si un ménage allemand sur deux ne dispose que moins de 61 000 euros, le patrimoine net moyen lui s’élève à plus de 214 000 euros, soit comparable avec celui de ses plus proches voisins.

En d’autres termes, la concentration est excessivement forte en haut de la distribution, signe d’un pays très inégalitaire, du fait notamment des niveaux élevés de patrimoine atteints par les ménages du Mittelstand, détenteurs de leur outil de travail. Cette observation incite à dépasser la seule notion de patrimoine des ménages pour déterminer le patrimoine global (individuel, collectif et productif) des habitants (détenu directement ou indirectement).
 
En se calant sur la méthodologie de Markus Glabel, on peut mesurer le stock de capital par habitant d’un pays corrigé de la position extérieure nette (donc du capital ou des dettes détenus par les résidents à l’étranger).



Avec cette méthodologie, le bon sens reprend le dessus. En haut de l’affiche, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Belgique et l’Autriche.
La France comme à son habitude est dans une position intermédiaire avec l’Italie un cran en dessous. Plus loin derrière, l’Espagne, la Grèce et le Portugal ferment la marche.

Le pavé dans la mare peut faire couler beaucoup d’encre et servir de prétexte à fustiger les pays du sud soit disant assistés. C’est une erreur car c’est bien au nord que la richesse se concentre, selon une structure qui laisse entendre qu’il y a primauté au capital productif et collectif.

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Cet article est également disponible sous format Vidéo :
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Une-comparaison-du-patrimoine-des-Europeens_3747077.html 
 
(Mis en ligne le 1er Avril 2019)