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L’Europe du Sud redémarre sur un champ de ruines

Référence de l'article : MMZ3242
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écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,XERFI

A trop se concentrer sur les chiffres de croissance, on en oublie les niveaux. Et pour l’Europe du Sud, le risque est de se laisser aveugler par l’illusion d’optique du dernier point.

Pour bien comprendre, je vais prendre trois indicateurs : le PIB, les ventes au détail et le chômage. Le PIB d’abord. Les institutions internationales s’accordent à prévoir un retour à la croissance en Europe du Sud.

Un rebond qui devrait permettre au Portugal, à l’Italie, à l’Espagne et à la Grèce de talonner la France dès cette année selon Bruxelles pour faire jeu égal ou mieux en 2015. Autant dire que les rythmes trimestriels de croissance vont être soutenus pour ces pays. Pourtant, cela ne doit pas nous faire oublier les niveaux d’où ils repartent et notamment l’écart qui les sépare encore de leur pic d’activité d’avant crise.

Pour la France, les cicatrices de la récession sur le PIB sont totalement effacées ou presque. Pour le Portugal et l’Espagne, les dégâts sont en revanche encore bien là avec un PIB inférieur de plus de 7% à son pic d’avant crise,l’écart étant encore plus marqué pour l’Italie sans parler du désastre grec, à environ 23% de précédent sommet. Alors oui, à 2,9% la prévision de croissance de la Commission européenne pour la Grèce en 2015 peut faire des envieux

Oui, mais même à ce rythme là, ce n’est qu’en 2023 que la Grèce retrouvera son niveau de richesse de 2007 ! Autre indicateur, celui des ventes au détail en volume, qui permet encore mieux de prendre la mesure de la dégradation du bien-être dans ces pays.

D’un côté, il y a la France qui a déjà retrouvé puis dépassé depuis longtemps ses niveaux d’avant crise. De l’autre, tous les pays du Sud, totalement distancés: de l’Italie qui est à près de 8% de son niveau de 2007, en passant par le Portugal et l’Espagne, respectivement à 15 et 26% pour terminer une fois de plus avec la Grèce à près de 31%. Pour prendre toute la mesure de la casse humaine et sociale de ces économies, il faut encore parler du chômage. En Espagne et au Portugal, la décrue est maintenant bien enclenchée.

En un an, le nombre de Portugais au chômage a ainsi baissé de 10%. Une inversion de la courbe qui peine à se concrétiser en France où le chômage a encore augmenté de 2,1% sur un an. C’est indéniable, la dynamique penche en faveur du Portugal. Mais si on met ce chiffre en perspective, on voit un taux de chômage en novembre dernier de 10,8% en France et de 15,5% au Portugal. Ce taux est de 26,7% pour l’Espagne et de 27,7% pour la Grèce, rappelons-le. Une casse humaine dont le taux de pauvreté porte la marque. Le taux de pauvreté, c’est quoi ? C’est la proportion de la population totale qui vit avec 60% du revenu médian, celui qui sépare la population en deux.

En Espagne, cela concerne 21,8% de la population, en Grèce 21,4%, viennent ensuite l’Italie à près de 20% et le Portugal à 18%, très loin derrière la France et la Norvège qui ferme le banc.

Alors oui, l’Europe du Sud redémarre mais sur un champ de ruines, avec en arrière-plan un tissu productif exsangue, des compétences détruites et une population appauvrie. Il est bon de le rappeler avant que quelques économistes hypnotisés par la magie du dernier chiffre, n’érigent en modèle le jeu de massacre que l’on dénomme avec froideur « ajustement ».

(Mis en ligne le 24 Janvier 2014)