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C’est quoi, l’Union européenne à 27, c’est-à-dire sans le Royaume-Uni ?

Référence de l'article : MMU5464
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écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et des prévisions,XERFI (1er Juillet 2016)

La question est ici de déterminer de combien va être amputée l’Europe après le départ du Royaume-Uni/

D’abord, d’une partie de sa population. Le Royaume-Uni est un grand pays, c’était le 3ème par la taille avec ses quasiment 65 millions d’habitants, derrière l’Allemagne et la France. Avec le Brexit, la population de l’Union européenne passe de 509 millions environ à 444 millions d’habitants. L’Europe reste bien entendu un grand marché, mais il vient d’un coup de se réduire de 13%. Le Royaume-Uni, c’est aussi une grande puissance économique : aux coudes à coudes avec la France, l’économie britannique était suivant les années en 2ème ou 3ème position toujours derrière une Allemagne hors d’atteinte. C’est donc une part importante de la richesse européenne qui disparait : l’Europe passe d’un PIB de 14 600 milliards de dollars à 12 000 environ : c’est une amputation de 18% de la puissance économique européenne. Pour bien saisir l’importance de ce choc :

en agrégeant les PIB de la Pologne, de la République tchèque, de la Roumanie, de la Hongrie, de la Bulgarie, de la Slovénie, de la Slovaquie et des 3 Etats Baltes, soit une liste longue de 10 pays, on ne reconstitue qu’à peine 43% du PIB britannique. Pour enfoncer le clou, avec le Royaume-Uni, l’Europe à 28 était la première puissance économique mondiale devançant de peu les Etats-Unis,

sans le Royaume-Uni, elle glisse à la seconde place et se retrouve avec un PIB qui représente environ 90% de celui de l’Oncle Sam. C’est un fait, la force de frappe économique de l’Europe s’est affaiblie.

La richesse moyenne par habitant passe aussi instantanément de 28 750 euros à 27 170, en recul de 5,5%. L’Europe ressort donc plus pauvre. Avec, le départ du Royaume-Uni, c’est aussi le poumon financier européen qui lâche les amarres. La City, c’est LA place financière européenne, la seule capable de rivaliser avec Wall-Street ou la bourse de Tokyo et contrer la montée de Shanghai, Shenzen ou de Hong Kong.

Quelques chiffres pour se rendre compte : la City, c’est 4% du PIB britannique, ce sont aussi des milliers d’emplois directs, hautement qualifiés dans la finance avec la présence en masse de sièges sociaux d’établissements financiers. Mais la City, c’est aussi tout un écosystème de services à forte valeur ajoutée : l’audit, le conseil, les professions juridiques, les services informatiques. Il y a aussi d’énormes retombées fiscales, les sociétés financières s’acquittant d’environ 40 milliards d’euros d’impôts. Et il ne faut croire que cela sera profitable à Paris ou à Francfort. Si mouvements de délocalisation, il y a, ils s’effectueront d’abord vers le grand large. Mais cela serait une erreur de limiter à la finance, l’impact sur l’économie européenne :

c’est un fait selon les données d’Eurostat, sur les 10 dernières années, la finance britannique c’est environ 23,5% de la valeur ajoutée générée par la finance européenne. Mais c’est aussi, on le sait peu, près de 12% de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière. C’est aussi environ plus de 6% de la richesse créée par l’agriculture qui disparait. Avec le Brexit , c’est aussi l’Europe de la défense qui prend un sale coup. Avec la France, le Royaume-Uni était le seul pays d’Europe à pouvoir projeter des forces à l’extérieur et à disposer d’une dissuasion nucléaire, conditions pour que l’Europe puisse faire figure de « petit » gendarme du monde.

Il suffit de regarder les dépenses militaires des 28 états membres de l’Union Européenne pour se faire une idée : pour la France, c’est 47 milliards d’euros environ au coude à coude avec le Royaume-Uni (45). Un cran en dessous se trouve l’Allemagne (35 milliards) et l’Italie (23). En-deçà, ce n’est même pas la peine de regarder, car ces 4 pays assurent à eux seuls plus de 72% de l’ensemble. Autrement dit, les 24 autres pays concourent à moins de 28% de l’effort global. Avec le retrait des britannique, les dépenses militaires de l’Europe sont amputées de 21% !  Avec le Brexit, la configuration économique de l’Europe change et il faut bien en avoir conscience, l’Europe s’est brutalement affaiblie le 24 juin dernier.

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Cet article est également disponible sous format Video :
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Alexandre-Mirlicourtois-L-Europe-amputee-EU-UK-=-how-much-_3630.html

(Mis en ligne le 1er Juillet 2016)