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Scénario 2015 : Plus de croissance réelle, pas forcément nominale

Référence de l'article : MM4329
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écrit par Véronique RICHES-FLORES,Président,Riches Flores Research
 
 
 

Dans la suite de notre première publication sur le scénario 2015, nous abordons aujourd'hui ce qui est parmi les sujets les plus complexes des perspectives présentes : la combinaison d'une croissance plus forte en termes réels sur fond d'écrasement exceptionnel des taux d'inflation. Si, comme nous l’estimons, l’inflation n’excède pas 1,5 % cette année à l’échelle mondiale, alors la croissance du PIB nominal ne devrait pas dépasser 5,5 %, en effet ; il s’agirait d’une perte d’un point par rapport à 2014 mais, surtout, du taux de croissance le plus faible jamais enregistré depuis le début des années quatre-vingts, à l’exception de 2009. 

Les effets conséquences d’une telle configuration sont difficiles à prévoir. On peut toutefois en redouter un certain nombre de déceptions sur les enchaînements économiques et financiers à venir en matière d’investissement, de résultats des entreprises, de risque financier et immobilier, notamment. 



L'ensemble retient l’enthousiasme que pourrait susciter la révision à la hausse de nos perspectives de croissance réelle et entraîne au moins trois conclusions :

  • une incertitude persistante sur les perspectives du second semestre 2015 et sur les chances que le rebond de croissance post-contrechoc pétrolier débouche sur une amélioration durable de l’environnement économique mondial,
  • un contexte fragile face auquel les politiques monétaires devraient conserver un mode très accommodant de sorte que les taux d’intérêt resteront vraisemblablement très faibles là où ils le sont déjà et s’affaisseront probablement dans une large partie du reste du monde,  
  • un environnement propice à la multiplication de politiques de dépréciation monétaire qui risque fort de prolonger la période d’instabilité entamée ces derniers mois sur les marchés des changes internationaux.     

La croissance nominale reflue partout

S’il est rarement fait référence aux perspectives de croissance nominale, le contexte présent incite à attacher une importance particulière à cette spécificité du scénario 2015 dans lequel les gains de croissance réelle devraient être le plus souvent absorbés en termes nominaux par la chute du taux d’inflation. Ainsi, selon nos estimations, l’accélération à 3,8 % de la croissance du PIB réel américain autoriserait tout juste une croissance nominale de 4 % cette année, identique donc à celle de l’année dernière. En zone euro, cette dernière décélèrerait à 1,1 % au lieu de 1,7 %, sous l’effet surtout d’une forte baisse en Allemagne, de 2,3 % à 1,1 % ; au Royaume-Uni, elle fléchirait à 3,3 % au lieu de 4,5 % et au Japon à moins de 1 % après 3,1 %. Enfin en Chine, l’année 2015 devrait enregistrer la plus faible croissance nominale jamais connue depuis plus de vingt ans, estimée aux environs de 7,5 % sur la base du CPI.





Cette situation est susceptible de contrarier la mise en place des enchaînements positifs que suggèrerait, en temps normal, l’amélioration des perspectives de croissance consécutive à la chute des cours du pétrole, notamment par ses effets sur l’investissement et la situation financière des agents.
 

Un frein à la croissance des bénéfices et de l’investissement

·         Croissance des bénéfices entamée 

C’est d’abord en matière de bénéfices que l’environnement de très faible inflation pose question, l’absence de hausse des prix risquant de brider la croissance de ceux-ci en dépit de l’amélioration des perspectives d’activité et de la baisse des coûts énergétiques. Si tel est le cas, les résultats des entreprises pourraient décevoir.

·         Fragilisation des perspectives d’investissement

Un contexte de très faible inflation, qui plus est, de grande incertitude sur l’évolution générale des prix futurs, n’est pas des plus propices à l’investissement productif. La chute des taux d’inflation durant la première moitié de l’année risque en effet de nuire à la rentabilité escomptée des investissements futurs tout en renchérissant leur coût, via la hausse des taux d’intérêt réels qu’elle implique.    
Dans de telles conditions et après cinq années de croissance chaotique et globalement faible, les entreprises risquent de faire preuve d’un degré d’exigence particulièrement élevé avant de reprendre le chemin de l’investissement qui serait nécessaire à une nouvelle jambe d’expansion économique à l’échelle internationale. 
 

Une exacerbation du risque assorti aux pays émergents

Si la baisse quasi-généralisée de l’inflation peut avoir des effets bénéfiques sur la demande domestique des pays émergents elle risque également de se révéler source de diverses complications dans des situations de surendettement caractérisé et de survalorisation de certains actifs, notamment immobiliers que connaissent de très nombreuses économies en développement.

  


Indolore tant que les perspectives de croissance des revenus futurs restent soutenues, une telle situation devient plus risquée dès lors que cette condition n’est plus accessible. 
En exacerbant les situations de surendettement, la forte désinflation de 2015 est donc synonyme de risque financier accru, souvent accentué par une surévaluation immobilière dans de nombreux pays. 
L’environnement des pays émergents devient dès lors particulièrement complexe, affecté, d’une part, par les dégâts qu’occasionne la perte de revenus pétroliers pour les pays producteurs, de l’autre, par l’insuffisance d’inflation et les risques financiers qui s’y rattachent. 
 

Des taux d’intérêt durablement bas

Me scénario qui se profile laisse bien peu de place à une normalisation du niveau des taux d’intérêt. Au-delà des effets attendus de la chute de l’inflation sur les politiques monétaires, les risques financiers assortis aux développements en cours ont tout lieu d’accentuer la prudence des banquiers centraux. Sauf dans les cas, du Brésil et de la Russie où les pressions sur les devises obligeront vraisemblablement à maintenir un cap monétaire très restrictif, c’est sans doute à  une généralisation de politiques très accommodantes qu’il faut s’attendre cette année à l’échelle mondiale. 
 

Une tentation « dévaluationniste » imparable

Les marges de manœuvre et l’efficacité des politiques monétaires risquant somme toute d’être assez limitées, le contexte de l’année 2015 pourrait susciter un intérêt croissant pour les dévaluations compétitives, également perçues comme reflationnistes. Alors que la remontée du dollar réduit ce risque dans un premier temps, le mouvement reste insuffisant pour contrer l’appréciation réelle des devises émergentes face au yen et à l’euro. Un tel contexte est assurément propice à une montée en puissance des tentations dévaluationnistes dans les pays en développement. La Banque populaire de Chine pourrait être parmi les premières à initier ce mouvement, au risque cependant de déclencher une spirale de dépréciations spontanées ou orchestrées dans bon nombre de pays d’Asie. 
Le risque d’instabilité croissante sur les marchés des changes internationaux semble donc particulièrement élevé dans le contexte présent et à même de propager une forte volatilité sur l’ensemble des marchés financiers. 
Un tel environnement pourrait être source d’une stabilisation du cours de l’euro au-dessus de 1,15 USD, après la dégringolade de la devise européenne de ces derniers mois, une hypothèse renforcée par la révision à la baisse des anticipations de hausse des taux de la Fed.

Un scénario, à tous égards, fragile !

Qu’il s’agisse de ce dernier point ou des autres éléments clés du scénario, on retiendra des perspectives 2015 qu’elles sont entachées d’un degré exceptionnel d’incertitude, tant sur le plan économique fondamental que financier, fragilisant considérablement l’exercice prévisionnel. Sur fond de risques géopolitiques, par ailleurs, d’une rare densité, le moins que l’on puisse dire en ce début d’année est que 2015 ne s’engage pas sous les meilleurs auspices. 

contact@richesflores.com

Nota : ce texte, rédigé le 8 Février, est la version résumée pour La Synthèse on line d’une Note beaucoup plus détaillée, disponible sur le Site RichesFlores Research :

http://www.richesflores.com/blog/2015/01/21/scenario-2015-2-plus-de-croissance-reelle-pas-forcement-nominale/

(Mis en ligne le 9 Février 2015)

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