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Le premier conflit mondial en Afrique (troisième partie)

Référence de l'article : MMA4791
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écrit par Bernard LUGAN,Historien,(22 Août 2015)

(NDLR: Avec ce troisième article,  consacré cette fois-ci à l'Afrique Orientale, nous reproduisons la fin d’une série de trois articles (*) relatant le  premier conflit mondial en Afrique, écrits par Bernard Lugan, un Africaniste réputé (**).

Le 4 août 1914, quand la guerre fut déclarée, l'Union sud-africaine, Dominion britannique, se trouva automatiquement engagée dans le camp anglais et son armée fut chargée de conquérir la colonie allemande du Sud- Ouest africain, l'actuelle Namibie.

En Afrique du Sud, l'entrée en guerre rouvrit de profondes blessures. La population d'origine britannique accepta la mobilisation comme un devoir patriotique, alors que les Afrikaners se divisèrent. Certains, suivant en cela le Premier ministre de l'Union, le général LouisBotha et le général Ian Smuts,son ministre de la Défense, affirmèrent leur solidarité avec la Grande-Bretagne. D’autres, alignés sur la position du général Hertzog, fondateur du Parti national, prônaient la neu- tralité tant que le pays n’était pasattaqué.

Au mois de septembre1914,le Parlement du Cap accepta la demande britannique de lever une armée afin d’envahir le Sud-Ouest africain allemand. Le colonel Manie Maritz, commandant le régiment sud-africain stationné à proximité de la frontière allemande, entra alors en rébellion et décida de s’allier aux Allemands. Son  but  était la revanche de la guerre des Boers et la proclama- tion de l'indépendance de l'Orange et du Transvaal. Maritz rassembla son régiment et donna une minute à ses hommes pour décider s'ils acceptaient de le suivre dans la rébellion. Sur un effectif de 1 000 soldats, 940 entrèrent en dissidence et le colonel Maritz proclama la République. Au total, 12 000 combattants le rejoignirent et ils marchèrent sur Pretoria.
 
Une nouvelle guerre des Boers était donc sur le point d'éclater.Pour les Britanniques, la situation était particulièrement grave, car ils risquaient de devoir affronter Boers et Allemands coalisés. Le gouvernement de Londres fut à ce point inquiet qu'il envisagea de dérouter les trente mille hommes du contingent australo-néozélandais en route pour les Dardanelles et de les faire débarquer en Afrique du Sud.

Le 12 octobre, Louis Botha proclama la loi martiale et il marcha à la rencontre des rebelles qu'il battit. Maritz continua seul la lutte, mais, en janvier 1915, pressé par les forces loyalistes, il fut contraint de trouver refuge en territoire allemand [1].Larébellion était écrasée.Les irréductibles de la cause boer qui avaient pensé que l'Allemagne allait vaincre l'Angleterre et qu'ils avaient là l'occasion rêvée de prendre leur revanche de la guerre des Boers,avaient perdu.

 
La campagne du Sud-Ouest africain débuta ensuite. La disproportion des forces était telle que les Allemands  ne pouvaient que tenter de retarder une défaite inévitable. Ils alignaient 1 600 soldats d'active composant la garnison et trois à quatre mille réservistes issus d'une population de 12 000 colons.Le 9 novembre 1914,le colonel Joachim von Heyderbreck qui commandait les Allemands trouva la mort en manipulant une grenade  et il eut pour successeur le colonel August-Viktor Franke,un héros de la guerre des Herero (1904-1905).
 
Au mois d’avril 1916, trois colonnes sud-africaines, fortes de 42 000 hommes au total, pénétrèrent en territoire allemand. Le 12 mai, le général Botha occupa le poste de Windhoek abandonné par les Allemands repliés à Tsumeb. Le 22 mai, Omaruru était prise et le 28 ce fut le tour d’Otjiwarongo tandis que le plateau du Waterberg était investi.

Dans la région de Rehoboth, des indigènes massacrèrent des colons allemands, puis ils vinrent proposer leur coopération au général Botha qui les renvoya  après qu’il leur eut fait savoir que cette guerre ne les concernait en rien, car c'était une affaire entre Blancs. Le 1er juillet, Otavi était contrôlé par les Sud-Africains  et le 8, c'était au tour de Tsumeb (voir la carte ci-dessous).



La prise de Tsumeb ruina les espoirs de ceux qui nourrissaient le projet de continuer la guerre et qui, dans ce but, avaient décidé, en passant par la bande de Caprivi, de rejoindre l'Afrique-Orientale où le colonel von Lettow-Vorbeck  résistait  aux  Alliés [2].  Ils  ne  le pouvaient donc plus et, comme ils n'avaient aucune possibilité de retraite, le 9 juillet à deux heures du matin, le Dr Seitz, gouverneur du territoire,capitula.

Les prisonniers allemands étaient au nombre de 204 officiers  et  de  3 166  hommes  de  troupe.  LesSud-africains les démobilisèrent  sur place  et le  colonel Franke passa le restant de la guerre dans une ferme.  Les Allemands qui le désiraient furent rapatriés en 1919, mais une majorité choisit de demeurer sur le territoire.
 

[1] Le 5 mai 1915,fuyant devant l'avance des troupes sud-africaines,il se réfugia en Angola où les Portugais l’internèrent. 


[2]  La campagne de ce dernier sera étudiée dans le numéro du mois de mai 2015 de l'Afrique Réelle.

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(*) Pour lire le premier et le deuxième article de ce triptyque, cliquer sur les liens ci-dessous:

http://www.lasyntheseonline.fr/macro/civilisations_et_culture/le_premier_conflit_mondial_en_afrique_i,31,4525.html

Et :

http://www.lasyntheseonline.fr/macro/monde_continents_et_regions/afrique/le_premier_conflit_mondial_en_afrique_deuxieme_partie,31,4636.html

(**) : Bernard LUGAN est universitaire. Il est professeur à l'Ecole de Guerre et aux Ecoles de Saint-Cyr-Coëtquidan. Il est expert auprès du TPIR (Tribunal Pénal international pour le Rwanda) et il publie l'Afrique Réelle, lettre d'information par internet: http://bernardlugan.blogspot.fr/

(Mis en ligne le 22 Août 2015)