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Les 4 impasses du capitalisme actuel

Référence de l'article : MG6352
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écrit par Olivier PASSET,Directeur des synthèses,XERFI (29 Septembre 2017)

Dix ans après la crise de 2007-2008, le capitalisme contemporain n’a toujours pas retrouvé un régime stable de croissance. Je ne veux parler ici pas des stigmates persistants de la crise. Mais plutôt prendre la mesure des problèmes irrésolus. Si la crise de 2008 pouvait faire figure de crise du régime de croissance mondialisé initié dans les années 80, force est de constater, que les grandes nations du monde échouent à mettre en place un régime stabilisant.

La première impasse, concerne l’incapacité de nos économies avancées à distiller les fruits de la croissance. Chacun s’accorde sur le constat que la courbe de Phillips a fait son temps : les salaires demeurent inertes, y compris dans les pays qui se rapprochent du plein emploi. Fruit d’une concurrence interrégionale de plus en plus âpre et d’une levée des protections des salariés, d’origine réglementaire mais aussi technologique, les salaires demeurent sous pression...notamment ceux de la classe moyenne, les plus exposés à la révolution numérique.

Et dans un monde où le rapport de force pénalise structurellement les salariés, le cycle est de moins en moins produit par l’oscillation du pouvoir d’achat. La croissance se traduit instantanément en profits supplémentaires, que les marchés convertissent en surcroît de valorisation des actifs. In fine ce sont les effets de richesse qui règlent le tempo des économies.

Et la croissance, dont a extirpé le moindre souffle inflationniste, court, aujourd’hui comme hier de bulles en bulles, qui grossissent puis éclatent…. Avec des banques centrales qui oublient leur mission originelle et deviennent malgré elles, les principales instances de réglage de la croissance, et notamment les grands amortisseurs de crise quand les bulles éclatent.

La seconde impasse, concerne la difficulté d’asseoir la fiscalité des pays avancés sur des bases stables, non délocalisables, aussi bien pour financer la composante socialisée de l’économie, que pour mieux répartir les revenus. Or les effets de richesse induisent par nature de gros biais de distribution des fruits de la croissance en faveur des détenteurs de patrimoine, et notamment sur les plus gros détenteurs. Autrement dit sur une infime minorité la plus riche. Il suffit d’avoir en tête le fait que 1% de la population la plus riche à travers le monde détient la richesse des 99% restants. Et l’on prend la mesure du biais de distribution qu’induit ce régime de croissance que Michel Aglietta a qualifié de patrimonial en son temps. Un biais de distribution qui anémie les débouchés et qui exacerbe la concurrence par les coûts à chaque récession et l’incitation à robotiser les process.

La troisième grande impasse, c’est la tendance à la polarisation de l’emploi, partout dans les économies développées. Qui creuse la fracture entre une élite mobile, et un essaim de petits jobs de services. Cette fracture a cassé l’espoir de l’ascenseur  social et la narration heureuse du capitalisme.

Et puis il y a enfin, ce sentiment de perte de boussole en termes de finalité. Nos comptables nationaux peinent de plus en plus à mesurer la croissance, confrontés à de nouveaux systèmes d’échange via les plateformes, à de nouveaux modes de tarification, à une informalité grandissante du travail. Et surtout, si l’on sait que cette grandeur fétiche de l’après-guerre n’est plus l’alpha et l’omega du bonheur, n’émerge toujours pas un indicateur aussi fédérateur qui internaliserait les préoccupations environnementales et qualitatives de nos sociétés.

Bref, 10 ans après la crise, force est de constater que peinent à éclore de nouvelles conventions qui stabiliseraient le capitalisme et qu’à défaut d’un nouveau régime de croissance nous demeurons  dans un régime de gestion à vue de l’après-crise. 

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Cet article est également disponible sous format Video :
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Olivier-Passet-Les-4-grandes-impasses-du-capitalisme-mondial_3745049.html 
 
(Mis en ligne le 29 Septembre 2017)